L’innovation et ses exponentielles

«Exponentielle» – au même titre que «renouvelable», cet adjectif est devenu nom commun dans le jargon étatsunien de l’innovation. Il désigne les domaines qui ont démontré une évolution vertigineuse, ceux où le maître mot est vitesse. Un vrai raz-de-marée.

Il y a encore quelques années, des technologies émergentes telles que le graphène, la génomique, les robots, la réalité virtuelle, l’intelligence artificielle, etc. prenaient de vitesse la loi de Moore. A savoir que leurs performances relatives au coût (et à la taille) faisaient plus que doubler tous les douze à dix-huit mois. On assiste désormais aux effets de ces mêmes technologies sur les industries, sur les modèles d’affaires ainsi que sur les stratégies d’entreprises.

Lors d’un récent sommet organisé par Singularity University à Boston, Jennifer McNelly, présidente du conseil de compétitivité des Etats-Unis, martèle: «Nous devons investir sur le long terme et se distancer du modèle traditionnel des venture capitalists [qui choisissent systématiquement un retour sur investissement à court terme].»

Ce message est à méditer car le défi est de taille : trouver de nouveaux moyens de financement afin de répondre aux besoins, ainsi qu’au rythme extrêmement soutenu – exponentiel – du développement technologique.

«Nous allons devoir mettre en place de nouvelles mesures incitatives afin de passer de «start-up» à «scale-up» en termes de production industrielle.» rajoute-t-elle. Et celles-ci devront é également être mises instaurées par les politiques.

Les «exponentielles» représentent des opportunités et il est nécessaire de ne pas laisser nos peurs s’y cristalliser. L’animateur radio Tom Ashbrook lançait la semaine passée: «L’innovation : elle n’est pas tout le temps bienvenue mais elle s’invite quand même chez vous.» Conscient de ce constat, il est donc indispensable  de souligner que d’énormes retombées sont à attendre du côté de la santé, de l’éducation, des matériaux, des modèles d’affaires et j’en passe.

Toutefois, il est légitime devant ce tsunami de nouveautés de se demander comment intégrer  de telles avancées dans les entreprises actuelles? La question est pertinente car la nécessité d’assimiler les opportunités qu’offre cette intense période sera la seule façon de se prolonger la durée de vie d’une entreprise. Rappelons un fait, l’espérance de vie d’une grande entreprise dans le fameux «S&P 500» est passée de 33 ans en 1965 à 20 en 1990 et les analystes suggèrent 14 ans en 2026.

Comme le mentionnait Geoff Tuff de Deloitte par rapport à la stratégie que doit adopter une société: «Il est judicieux de méthodiquement prévoir les étapes à suivre afin d’avancer dans ce brouillard d’opportunités.» La marche à suivre suggérée est la suivante:

  • Etudier certaines «exponentielles» liées à son industrie et envisager leurs les conséquences
  • Explorer leurs potentiels
  • Expérimenter avec des prototypes
  • Etre programmatique: le temps est révolu de ne se fier qu’à son inspiration dans le monde de l’innovation.

Pour beaucoup, le défi est colossal et la nécessité d’une plus grande collaboration est primordiale. La Confédération se doit aussi de participer à ces efforts en contribuant à l’accompagnement ainsi qu’au soutien des entreprises dans cette transition brutale due aux exponentielles.

Pour tous, l’important est de ne de pas s’endormir dans l’inaction. Il faut se préparer hic et nunc au chamboulement en cours.