Quantum computing et au-delà

Quantique mon amour, et surtout celui des investisseurs en cette année de tous les records. Pitchbook nous annonçait déjà en septembre dernier que la barre symbolique du milliard de dollars investis dans des entreprises de quantum computing avait été franchie. Les plus aguerris, qui combinent un intérêt pour ce domaine de la physique et des poches pleines de capitaux, diront que ce n’est que le début.

 

Pour se plonger dans ce subtil monde des quanta et autres phénomènes perturbants à plus d’un titre, rien de tel que de se familiariser avec la série de Florian Fischbacher intitulée “Le Mystère Quantique” et publiée l’été passé dans les colonnes du journal hôte.

 

Intéressons-nous au monde de l’innovation et des entreprises actives dans le secteur. 2021 aura été marquée par le giga tour de financement de 450 millions de dollars PsiQuantum (mené par BlackRock) dont la valorisation a bondi à plus de 3.1 milliards de dollars. Notons encore l’entrée en bourse de Rigetti (via une SPAC), à l’instar de celle d’Arqit Quantum (idem) ou encore celle d’IonQ. Enfin, la semaine passée, Honeywell Quantum Solutions et Cambridge Quantum annonçaient leur fusion pour donner lieu à Quantinuum. Tout compte fait, cela fait un certain temps que l’on assiste à des projets menés par:

  • Google, qui a lancé un partenariat avec notamment la NASA pour créer son propre laboratoire QuAIL;
  • Intel, qui a annoncé avoir passé la barre des 100 qubits;
  • Microsoft, qui a développé Q#, son propre langage de programmation open source, qui sera utilisé pour développer et exécuter des algorithmes quantiques.
  • et d’autres encore.

 

Dans une vidéo récemment publiée par Verve Ventures, une analyste indique que toute l’activité dans ce secteur est le fruit d’une petite centaine d’entreprises, principalement réparties aux Etats-Unis (large soutiens politique et financier à la recherche), en Chine (qui a désigné les technologies quantiques comme prioritaires lors de son précédent plan quinquennal) et en Europe (Quantum Technologies Flagship lancé par la Commission Européenne en 2018). On pourrait donc qualifier cela de buzz mais cela ne serait pas honorer l’immense potentiel que la physique a à offrir avec toutes les applications possible. Focalisons-nous donc sur les principes sous-jacents pour mieux comprendre.

 

Tout d’abord, ces ordinateurs quantiques exploitent les propriétés de très petites particules, plus particulièrement de quelle façon elles interagissent. Dans un ordinateur classique, on traite avec des “bits”, à savoir des 1 et des 0. L’équivalent quantique est désigné comme un quantum bit ou plus simplement “qubit” et possède trois propriétés qui le rendent très intéressant d’un point de vue informatique:

  1. Superposition: à la différence d’un bit classique qui ne peut être que dans un seul état (0 ou 1, p.ex. le courant passe ou ne passe pas), le qubit peut être dans un état où les états 0 et le 1 sont superposés et où les états intermédiaires co-existent en même temps d’une certaine manière. Ce qui nous mène à la seconde propriété.
  2. Réduction de l’onde: lors de la mesure d’un système (p.ex. on veut observer dans quel état est le qubit à moment donné), le fait d’observer un système influence celui-ci et “détruit” la superposition. Pensons à l’expérience du chat de Schrödinger qui exemplifie cette situation qui a donné lieu à de longues discussions philosophiques.
  3. Intrication: deux particules intriquées partagent une forme de connexion très puissante; même extrêmement éloignées l’une de l’autre, au moment où vous modifiez l’état de l’une, quel que soit l’endroit où se trouve l’autre, elle prendra instantanément la même valeur (ce qu’Einstein décrivait comme une spooky action at a distance). Le brillant scientifique Alain Aspect parle de cette propriété et de ses démarches pionnières dans une passionnante interview sur France Culture.

 

Acceptant cette réalité des particules quantiques, on accède à de fantastiques opportunités de calcul. Par exemple, si l’on considère deux bits classiques, on peut obtenir quatre combinaisons (00, 01, 10, 11) alors qu’un seul qubit peut décrire toutes les combinaisons possibles grâce au principe de superposition susmentionné. On peut donc facilement comprendre le potential de scalabilité de tels système: 2 qubits pourraient décrire les combinaisons de 4 bits classiques, et 10 qubits: 2^10 bits, ce qui équivaut à plus de mille bits (1’024 pour être précis). Certains problèmes compliqués pour un ordinateur classique deviennent donc très accessibles à un ordinateur quantique (p.ex. étudier la meilleure route à suivre parmi toutes les possibilités, identifier des molécules candidates pour un médicament, résoudre des problèmes de machine learning, etc.).

 

Au niveau technologique, plusieurs approches concurrentes s’affrontent et se distinguent par le type de particules utilisé pour créer des qubits: électrons, atomes ou photons. Chacune présente des avantages et des inconvénients.

  • Electrons: proximité relatives aux architectures d’ordinateurs classiques, sensibilité à la perturbation (ce qui requiert des températures extrêmement basses), influence seule du plus proche voisin (donc un grand nombre d’électrons est nécessaire), etc.

 

 

  • Atomes: nécessité d’avoir des champs électriques ou magnétiques (car ce sont des particules chargée qui nécessitent d’être confinées), uniformité du système, pluralité des connexions inter-particules, intrication facilitée, stabilité nécessaires (vide et basse température), etc.

 

 

  • Photons (particule composante de la lumière, sans masse): la plupart des composants utilisent la lumière comme activation donc on peut tirer parti des composants actuels en utilisant des photons comme qubits, même potentiellement à température ambiante; difficulté de créer des photons spécifiques sur demande, etc.

 

 

 

En l’an 2000, le scientifique DiVincenzo postulait des critères éponymes qui décrivent les conditions nécessaires à la construction d’un ordinateur quantique, à savoir: a) scalabilité d’un système avec des qubits bien définis, b) initialisation des qubits dans un état repère (fiducial state), c) temps de décohérence très longs (i.e. longs intervalles avant que les qubits ne soient perturbés), d) set universel d’opérations quantiques (quantum gates), e) capacité de mesure spécifique au qubit (étant donné que le seul fait d’observer perturbe l’état du qubit).

 

Au final, il est très probable qu’une combinaison habile entre ordinateurs classiques et quantiques se profile afin de tirer le meilleur de leurs différents fonctionnements, parfois complémentaires. Aussi, la question des logiciels quantiques se pose car bien qu’une fois les machines créées, leurs approches sont fondamentalement différentes d’un point de vue physique et les calculs se feront donc de manière différente. Mais parler d’algorithme quantique signifie également monter dans la pyramide de valeur, ce qui pointe vers un développement croissant de l’écosystème général.

 

Envie d’en savoir encore plus? Alors allez savourer la connaissance et les talents d’orateur de Prof. Gisin de l’Université de Genève ce jeudi lors de sa leçon d’adieu. D’ici-là, let’s ask Ziggy!

 

 

Prenez cet argent vous dis-je!

Si l’argent est le nerf de la guerre, il l’est tout autant dans l’innovation: pas de fonds, pas de recherche; pas de recherche, pas d’avancées; pas d’avancées, pas de découvertes. Dans le monde de l’entrepreneuriat, qui s’attèle à développer une entreprise et un modèle d’affaire autour d’une innovation, on assiste – ô manne bienvenue – à une ruée des financements vers les entreprises. L’argent afflue de tous les côtés, les entrées en bourse se multiplient (même sans que les sociétés démontrent une quelconque profitabilité), les valorisations explosent, les investisseurs se pressent au portillon des start-ups.

 

Un comble direz-vous? Une opportunité que bon nombre d’entrepreneurs ont saisi sans forcément créer de la valeur à proprement parler. C’est un jeu à qui mieux mieux, à qui voudra écouter une (belle) histoire et dépenser plus que les précédents et bien vouloir débourser de l’argent sonnant et trébuchant pour des parts (des miettes?) d’une entreprise que les fondateurs et managers voudront bien leur allouer.

 

Dans un système économique où la croissance est LA métrique de succès prônée, les investissements qui multiplient leurs valeur sont perçus comme une réussite. Par voie de conséquence, ceux ou celles qui les initiés sont auréolés d’une intelligence commerciale, d’une prescience digne de respect de la part des acteurs du marché (et pas que). Compte tenu des tendances actuelles qui confirment ces rendements parfois stratosphériques, un curieux sens de l’optimisme prévaut jusqu’à flirter avec un sentiment de risque fortement diminué. Bizarre, non? vu que les statistiques indiquent qu’une infime proportion de start-ups survivra et sera profitable sur le long terme.

 

Selon Pitchbook, rien que sur les neuf premiers mois de l’année en cours, les investisseurs, les fondateurs et les employés ont reçu 582 milliards de dollars en valeur liquide de la vente de participations dans des entreprises états-uniennes financées par des fonds de capital-risque (venture capital VC en anglais), soit plus du double du record de 2020. En termes macro-économiques, cela équivaut presque à un produit intérieur brut annuel d’un pays comme la Pologne – et les trois derniers mois de 2021 restent encore à être comptabilisés! De quoi donner le tournis.

 

Si on assume un nombre donné de start-ups et que de plus en plus d’argent est sur la table, on comprend vite que le jeu tourne à qui arrivera à placer son argent dans n’importe quelle quelque start-up. Et qui dit investisseurs avides de placer leur argent dit compétition: compétition pour placer l’argent. Ô comble! Un partenaire de la société d’investissement early stage Two Sigma Ventures résume: “Les gens doivent prendre des décisions plus rapidement. Ils doivent faire moins d’efforts. Ils doivent payer plus.” Et si la dynamique de l’offre et de la demande est inversée, alors les entrepreneurs (qui se retrouvent du côté de l’offre) font grimper les valorisations qui ne répondent plus à des logiques très rationnelles.

 

En restant privées (en comparaison avec entrées en bourse), les entreprises profitent de la situation en levant des montants très (trop?) importants sans avoir à s’embarrasser des procédures administratives pour être mises sur un marché, dévoiler leur comptabilité, gérer des actionnaires, faire face à des pratiques financière de marché (p.ex. short sell), etc. De plus, des dispositions légales propices aux jeunes pousses aux Etats-Unis (notamment la loi “Faire décoller nos entreprises” – Jumpstart our Business Startups en anglais – votée sous Obama en 2012) favorise cette situation, à savoir rester en main privées. Le commissaire de la SEC, l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, l’indique lui-même: “En raison de l’ampleur des capitaux disponibles, de l’assouplissement des restrictions légales et des possibilités accrues de retrait pour les fondateurs et les premiers investisseurs, les entreprises peuvent rester sur les marchés privés presque indéfiniment.”

 

De plus, les entreprises privées sont aux commandes en ce qui concerne la communication et ce qu’elles disent au public. A ce titre, vous pouvez “cacher la merde aux chats” comme diront les plus cyniques; plus posément, on dira que l’histoire sera enjolivée et que que l’écran de fumée sera plus au moins opaque. Vous vous souvenez de la débâcle de Theranos? de la descente aux enfers de WeWork géré par le sulfureux Adam Neumann? Tant d’autres en plus de ces deux exemples étaient des entreprises privées qui échappaient au reality check des actionnaires, du marché et des autorités en continuant à “laver son linge sale en famille”.

 

Un cycle se met en place: ces entreprises grossissent grâce à l’augmentation du capital-risque, et plus de capital-risque est injecté dans les entreprises afin d’y entrer suffisamment tôt pour en récolter les fruits. Pourquoi cet engouement? Car les entrées en bourse dissipe souvent le brouillard et les retours sur investissement sont moindres. A nouveau, l’offre et la demande biaisent le tout et on se retrouve dans un marché où “les investisseurs sont des preneurs de prix [price takers], plutôt que des faiseurs de prix [price makers]” selon Rotman, fondateur de QED Investors. Les valorisations ne sont plus en lien avec la réalité des finances de l’entreprises. On donne de l’argent sonnant et trébuchant à des ruses financières ou à de l’innovation à proprement parler?

 

Dès lors, une danse qui s’assimile à du speed dating se met en place: la forme (quantité) prend le dessus sur le fond (qualité) et les investisseurs n’ont que peu de temps pour prendre une décision, d’où un sentiment de FOMO (la peur de passer à côté d’une opportunité – Fear Of Missing Out en anglais).

 

J’ai une belle histoire à vous raconter, on prend un café via Meet et je vous envoie mon IBAN?

 

 

Source: The Great Competition to Give Away Money, VICE (article)

 

“Gig workers”: les nouveaux précarisés de l’innovation

Il est 18h40, vous rentrez du travail et ne vous sentez pas la motivation d’aller vite faire les courses, préparer un plat, faire la vaisselle et j’en passe. Non, ce soir, votre ventre sera rassasié par un plat directement livré sur votre pas de porte par un des nombreux cyclistes ou motards aux vestes de couleurs criardes qui auront trimé pour monter jusqu’à chez vous dans un temps record, comme indiqué sur votre app mobile alors que votre canapé vous aura tendu les bras dans l’intervalle.

 

Après les services de livraison “classiques”, on assiste depuis peu à l’émergence de services similaires de livraison ultra rapide (10-15 minutes). Comme le met en lumière Johannes Lenhard, il ne s’agit pas seulement de la dernière tendance de la course aux start-ups dites “licorne” (1mia+ de valorisation). Insidieusement, cela nous rapproche un peu plus d’une économie de serviteurs. Les investisseurs en capital-risque les plus puissants du monde financent une économie où la technologie permet à une “classe dirigeante” de commander une “sous-classe” de serviteurs d’un simple swipe sur une application.

 

Plus connue sous le nom de l’uberisation de la société, ce recours à l’humain pour accomplir un certains nombre de tâches (nettoyage, livraison, assemblage de meubles, transport, etc.) a drastiquement augmenté ces dernières années (doublement à 10% de la population en Grande-Bretagne entre 2016 et 2019). Les statistiques socio-démographiques de ces travailleurs de l’ombre indiquent également une surreprésentation de minorités ethniques, de classes sociales moins aisées et de générations plus jeunes. Le cas d’UBER a également mis en lumière les conditions très précaires de ces employés que les entreprises ont tenté (et tentent encore de mauvaise foi) de présenter comme auto-entrepreneurs.

 

Les clients de ces services à la demande sont le plus souvent des personnes disposant d’un revenu relativement élevé, disposées à payer d’autres personnes pour effectuer des tâches quotidiennes à leur place. Le “nouveau” luxe (à la mode Covid) n’est pas la mobilité mais le fait de rester sur place et d’avoir d’autres personnes qui courent autour de vous pour satisfaire vos désirs. Pourquoi s’échiner à certaines tâches alors qu’une armée de personnes à portée de clic est prête à les faire pour une modique compensation? Et puisque le prix est si bas, on est vite tenté de considérer ces tâches comme subalternes.

 

A observer les faramineux montants investis dans les start-ups de livraison immédiate ($290mio pour Gorillas, $550mio pour Getir ou $100mio pour Zapp), l’intérêt des VC est établi. Cependant, à y regarder de plus prêt, des services plus anciens tels que Deliveroo font des pertes colossales (fondée en 2013, $309 millions de pertes en 2020 alors que l’action a augmenté de 28% depuis l’entrée en bourse au mois d’avril 2021). Le marché ne valorise donc plus la capacité d’une entreprise à être rentable mais bel un bien une stratégie de croissance à outrance (blitzscaling) financée à coups de centaines de millions. Non, l’intérêt premier est de trouver un investisseur assez fortuné qui soit prêt à racheter vos parts.

 

A n’en pas douter, l’économie de la commodité a un prix: celle de la conscience.

 

 

La Suisse entre autogoal européen, fierté de classement et passeport covid défaillant

Fin juin, l’IMD annonce, via son classement mondial de la compétitivité, que la Suisse prend la première place du podium pour l’année 2021. Allez hop, une petite tape sur l’épaule! Peu avant, la Commission Européenne publie son “tableau” d’innovation régionale 2021 où, roulement de tambour, la Suisse sort derechef première. Deuxième tape sur l’épaule, on les roulerait presque!

A n’en pas douter, on associe souvent des points forts à la Suisse tels que les relèvent les instances européennes: systèmes de recherche attractifs, ressources humaines et actifs intellectuels. Les trois meilleurs indicateurs sont notamment les co-publications scientifiques internationales, les doctorants étrangers et la formation continue. Parmi les autres indicateurs figurent notamment les publications scientifiques parmi les 10% les plus citées, les co-publications du secteur public-privé, les applications de design, l’emploi dans les PME innovantes et même les émissions atmosphériques de particules fines. On peut donc se permettre de faire le coq devant nos voisins avec un score de plus de 44% au-dessus de la moyenne européenne.

Et pourtant, comme le relevait Le Temps à la suite de l’abandon des négociations sur l’accord-cadre avec l’UE, notre chère île au milieu du continent se voit désormais exclue de la neuvième édition des programmes-cadres de recherche Horizon Europe qui représentent pas mois de 35% (TRENTE-CINQ POUR CENT) des fonds dont bénéficient les projets scientifiques helvètes. La réponse de nos chères autorités: on financera. Peut-on en être si certain alors que le verbe économiser est érigé en maître au Parlement, comme le démontrait Fathi Derder dans son livre? L’argent ne fait pas tout et l’on ne rattrape pas si aisément un handicap que l’on s’afflige à coups de millions.

Exemple criant en ces temps de crise, la Suisse qui savait depuis longtemps qu’elle avait à se préparer pour mettre en place un passeport covid électronique, accouche d’une mise en œuvre défaillante, le passeport européen n’étant pas compatible avec l’application développé par nos autorités estimées. Pour ne citer que l’exemple d’un acteur genevois de la culture: “Nous y avons cru. Après l’annonce du Conseil Fédéral la semaine passée, nous avons même planifié notre retour sur le devant de la scène. Malheureusement, la mise en place désastreuse du passeport Covid nous a mis face à une tout autre réalité sur le terrain et c’est le cœur gros, mais avec la certitude d’avoir pris la bonne décision, que nous renonçons finalement à ouvrir le club ce week-end.”

Alors que la Suisse a beau briller face aux Bleus et être pays hôte des grands présidents de ce monde, son ambassadeur Nicolas Bideau a de quoi être grisé au micro de la radio quant à l’image du pays cent fois relayée ces derniers temps. Cela étant dit, nos auto-goals géopolitiques ont de quoi nous faire ramer dans les années à venir. Rassurons-nous, nos sept sages sont actuellement en course d’école

 

Le Léman, la voile et ses innovations

A défaut du “Bol d’Air” 2020, le Bol d’Or 2021 aura bel et bien lieu le week-end prochain. Le monde de la voile romand étant en ébullition, c’est l’occasion de revenir sur une vague d’innovations dans ce secteur d’activité, dont de nombreuses premières en Suisse et sur le Léman.

 

Bateaux

  • Monocoques

 

    • Après la guerre, Hermann Egger développe, aux abord du Lac de Neuchâtel, des bateaux dont la réputation traversera les frontières. Marcel Bich (famille des stylos BIC) le mandatera pour aller affronter les Américains et tenter de ravir leur Coupe éponyme grâce à une collaboration franco-suisse.
    • Le Toucan règne en maître incontesté sur le Bol d’Or dans les années 70. Il marque les débuts des bateaux spécialement conçus pour le Léman, alliant légèreté et lestage optimum.
    • Le QFX fait son entrée – ou grand retour pour certains – en ayant pris part au Genève-Rolle-Genève samedi dernier grâce au développement sans relâche de Thomas Jundt. Une “bombe” légère et polyvalent.

 

  • Multicoques

Au début des années 1980, le navigateur Philippe Stern développe les bateaux multicoques (catamaran ou trimaran) qui prennent rapidement le dessus sur les traditionnels monocoques. Quelques années plus tard, leur succès est tel qu’ils poussent notamment les organisateurs du Bol d’Or à créer des catégories pour permettre aux bateaux de même grandeurs de se mesurer entre eux.

 

© Alinghi.com
    • Financé par Ernesto Bertarelli, Alinghi 41, dit “Le Black”, sera la fusée des premières années de l’an 2000! Son prix exorbitant (on parle de CHF 2mio) sera rédhibitoire pour de nombreux marins voulant le concurrencer au Bol d’Or.
    • Lors de l’édition 2004 du Bol d’Or, une idée germe dans la tête du concepteur naval Christian Favre qui, en un an, arrivera à développer les Ventilo M2 dont un terminera au pied du podium l’année suivante. Douze petits mois pour passer de la pensée à un tel résultat de course ou comment passer de l’irréalisable au possible.
    • Purs produit des Ateliers Décision de Bertrand Cardis, les catamarans D35 (pour 35 pieds) s’imposent rapidement comme les bateaux monotype grâce à l’entente des propriétaires qui se mettent d’accord pour lancer cette série de multicoques contrôlée (une façon d’avoir plusieurs équipages au même pied d’égalité en termes de bateaux).
    • L’Hydroptère est un véritable bateau laboratoire, conçu par le bureau Hydros Innovation et soutenu financièrement par Thierry Lombard, bat tous les records de vitesse. Ses concepteurs ont véritablement l’efficacité énergétique en tête.

 

    • Foil
@ La Côte

Cette technologie d’ailette permet aux bateaux de réduire la friction avec l’eau en survolant le plan d’eau. Christian Favre et Jean Psarofaghis se sont notamment associés pour lancer V2 Factory qui a conceptualisé des foils révolutionnaires. Avant eux, le π28 a largement contribué à la recherche et développement, particulièrement au niveau de son gréement. En 2018, le Monofoil Gonet allie innovation technique sur monocoque et facilité d’utilisation. Les TF35 sont les derniers nés sur le Léman, les petits frères des D35 qui ont gagné tant des dernières éditions du Bol d’Or, intégrant la technologie des foils.

 

 

Voiles

  • Aile rigide construite par le légendaire Philippe Durr en 1992 pour Altaïr XII de Philippe Stern et qui équipera les bateaux de la Coupe de l’America vingt ans plus tard.
  • La technologie 3DL (“three dimensional laminated”) est un processus qui permet de mouler les voiles sur une plaque modèle. Elle a été imaginée par le voilier suisse Jean-Pierre Baudet.
  • Prototypées en 2015, les voiles gonflables d’Edouard Kessi (Inflated Wing Sails IWS) offrent une grande flexibilité dans son utilisation et un confort de voile accru selon ses concepteurs.

 

Mât

  • L’aluminium s’invite dans la fabrication des mâts par Albert Coeudevez, notamment pour Eric Tabarly, afin d’augmenter leur solidité et leur sécurité.
  • Premier mât en carbone du monde pensé (1984), dessiné et réalisé par Christian Favre sur les rives du Léman. Le résultat ne s’est pas fait attendre avec une victoire du Bol d’Or en 1985 d’Altaïr XI de Philippe Stern.
  • Premier mât en “L” en 1992 qui sert de support aux voiles dites à corne et qui sera également mis en œuvre sur les bateaux de la Coupe de l’America.

 

Matériaux

Alors que le carbone continue de renforcer er d’alléger des pièces, Edouard Kessi et son acolyte Gérard Gautier développent la TPT (Thin Ply Technology): un procédé de fabrication de membranes composites filamentaires rigides de haute résistance, issu de la technologie des voiles 3Di, qui permet de répartir des filaments de carbone ultrafins dans les directions exactes des efforts. La résine contenue dans la préparation du pré-imprégné (“prepreg”) vient les stabiliser au terme d’une étape de thermodurcissement. On peut également citer MB Composite, entreprise créée par Mathias Bavaud qui navigue sur plusieurs domaines pour faire parler son expertise dans une foule de domaines, pas seulement celui du nautisme.

 

Rodolphe Gautier, président du comité d’organisation du Bol d’Or Mirabaud, l’avoue: “Aujourd’hui, avec les nouveaux matériaux, on ne peut plus fonctionner de manière simplement empirique en testant les choses. Pour arriver à une nouveauté, il faut beaucoup de calculs, de tests et, forcément, cela coûte très cher et cela prend du temps à mettre au point.” Le bassin lémanique a l’énorme avantage de combiner de fantastiques innovateurs ainsi que des mécènes, eux-mêmes férus de voile et entrepreneurs dans l’âme, qui permettent le développement de telles innovations grâce à un financement considérable.

 

Le Léman, ce magnifique laboratoire aux multiples paramètres complexes et conditions rapidement fluctuantes, continuera d’inspirer les navigateurs passionnés qui, à l’instar de leurs homologues guides de montagne, ne cesseront d’innover pour atteindre de nouveaux sommets.

 

 

Sources: Magazine skippers voile & océan, Le Temps interactif, www.notrehistoire.ch (collaboration RTS)

Le soutien politique nécessaire pour les industries d’innovation

Le Temps du jour se fait l’écho des acteurs de la branche des dispositifs médicaux basés en Suisse: fin mai, toute organisation helvète devra disposer d’un représentant légal (et donc d’une adresse) sur sol européen. Si tel n’est pas le cas, les entreprises ne seront pas en conformité avec le droit de nos chers voisins chez qui nous exportons l’équivalent de plus de CHF 5.2 milliards par année pour cette seule branche médicale (63’000 emplois estimés).

 

Cette impasse dans laquelle le pouvoir politique a placé une partie de son économie d’innovation est regrettable. Alors que la medtech est une industrie largement établie dans notre pays, elle semble ne pas (assez) intéresser nos négociateurs politiques pour arriver à arracher ne serait-ce qu’un délais d’adaptation dont plusieurs autres états dits tiers bénéficient (p.ex. Etats-Unis, Japon).

 

A titre de comparaison, certains domaines d’innovation ont profité d’une forme de prescience de la part de nos élites politiques. Citons deux exemples:

 

  • L’industrie des drones: très tôt, l’Office fédérale de l’aviation civile OFAC a cherché des solutions pour faire cohabiter avions et drones. Aux Etats-Unis en revanche, la Federal Aviation Administration FAA a eu tendance à bloquer les démarches, ce qui a freiné l’innovation dans ce secteur, ayant rendu les vols de drones quasi impossibles à réaliser tellement les procédures étaient kafkaïennes. On peut citer le cas d’un maire dans les Grisons qui proposaient des vallées inhabitées pour venir tester ses engins volants. Quand le bon sens fait place à l’étouffement administratif.

 

  • Les cryptomonnaies: la Suisse est régulièrement citée pour sa Crypto Valley d’où émergent produits et services innovants. Cet engouement a notamment été rendu possible grâce aux lois en vigueur soutenues par le Conseil Fédéral alors que de nombreux pays restent extrêmement frileux sur la question. Ce n’est pas un hasard que Facebook ait choisi la Suisse pour y développer ses projets de cryptomonnaie LIBRA. Très récemment, une nouvelle loi a permis l’émergence et la création de titres “tokénizés” comme l’ont fait les banques Sygnum et SEBA afin d’être au premier plan de cet élan (on pense également aux NFT dont les médias parlent fréquemment, notamment dans le monde de l’art).

 

Bien évidemment, le cadre légal et l’implication politique ne sont que des ingrédients complémentaires pour contribuer à l’essor et au succès d’industries. Toutefois, compte tenu de l’ubiquité et de l’importance qu’ils revêtent dans notre pays, ils sont essentiels. Ne laissons pas tomber la medtech suisse!

 

La Suisse numérique: un rêve plus qu’une réalité

La semaine dernière, un entretien avec Martin Vetterli était repris par de nombreux médias : il faisait remarquer que “la Suisse est à la traîne en matière de numérisation de la politique et de la vie quotidienne”. Avait-on besoin d’attendre autant de temps avant que le président de l’EPFL ne pose ce constat dont digitalswitzerland a fait son cheval de bataille depuis de longues années?

 

En ce dernier jour de mars, Le Temps en fait son éditorial en qualifiant de “dramatique” le retard de la Suisse au niveau du numérique. Les récents couacs des différents systèmes mis en place pour lutter contre la pandémie y sont notamment mis en avant mais cela n’est que la partie émergée de l’iceberg.

 

En parallèle, Fathi Derder reprend aussi ce texte sur son compte LinkedIn dans une série intitulée “coma numérique suisse” en citant par exemple un ancien collègue de l’hémicycle fédéral qui s’exprimait sur la question: ” ‘Tout le monde s’en fout’ répète mon fonctionnaire, son thé à la main. Il soupire: ‘Le numérique est trop complexe, trop lointain, électoralement inintéressant. Comment voulez-vous gagner des voix en parlant de numérique?’ ” Quand les enjeux électoraux passent avant la résolution de questions centrales pour le pays… Rien de nouveau mais il est navrant de constater le fossé numérique nationale qui nous sépare de notre première position sur le podium de l’innovation.

 

Mesdames et Messieurs les protagonistes politiques au sens large, quelles actions comptez-vous mettre en place pour remédier à ce cinglant retard? Ne nous dites plus que “tout va bien”: soyez visionnaires! Le défi est à la hauteur de nos capacités d’innovation: énorme.

Le dessous du classement d’innovation OMPI

Il y a peu, le Directeur de digitalswitzerland publiait un post sur Linkedin pour inciter la Suisse, bonne élève modeste, à célébrer un peu plus vocalement sa première place au classement global de l’innovation de l’OMPI (GII). Cela ne nous étonne (presque) même plus, un peu comme une nième victoire de Federer quand il régnait sur les courts: depuis 2011, le pays occupe la première place du GII.

 

Un classement doit cependant rester ce qu’il est: une incitation à faire mieux tout en étant une célébration des efforts réalisés. Mais si classement il y a, quels sont les métriques qui permettent de l’établir? Regardons-y d’un peu plus près.

 

 

Le Global Innovation Index (GII) est la simple moyenne de deux indices:

  • Innovation Input Sub-Index: cinq piliers saisissent les éléments de l’économie nationale qui permettent des activités innovantes.
  • Innovation Output Sub-Index: deux piliers comprennent les outputs de l’innovation qui sont le résultat d’activités innovantes au sein de l’économie.

 

Chaque pilier comprend trois sous-piliers qui sont eux-mêmes composés d’indicateurs individuels (environ 80 au total). La méthodologie est rigoureuse et ce ne sont pas moins que l’Université de Cornell (faisant partie de l’exclusif bastion IVY League) ainsi que l’INSEAD qui sont partenaires de l’OMPI pour mener à bien ce fastidieux travail de collecte, de classement et d’analyse. De plus, le rapport est audité par le Joint Research Centre of the European Union (JRC).

 

Les six piliers sont les suivants:

1. Les institutions

Il est essentiel pour l’innovation d’entretenir un cadre institutionnel qui attire les entreprises et favorise la croissance en assurant une bonne gouvernance et des niveaux corrects de protection et d’incitation.

2. Capital Humain et recherche

Le niveau et la qualité de l’éducation et de l’activité de recherche dans une économie sont les principaux déterminants de la capacité d’innovation d’une nation.

3.  Infrastructure

Composé de trois sous-piliers: technologies de l’information et de la communication (ICT), Infrastructures générales et durabilité écologique.

4. Sophistication du marché

La disponibilité du crédit et un environnement favorable à l’investissement, l’accès au marché international, la concurrence et l’échelle du marché sont autant d’éléments essentiels à la prospérité des entreprises et à l’innovation.

5. Sophistication des entreprises

Le dernier pilier tente de saisir le niveau de sophistication des entreprises pour évaluer dans quelle mesure elles sont propices à l’activité d’innovation.

6. Outputs de la connaissance et de la technologie

Ce pilier couvre toutes les variables qui sont traditionnellement considérées comme étant le fruit d’inventions et/ou d’innovations (p.ex. le nombre de brevets par habitants, nombre d’articles scientifiques, etc.).

7. Outputs “créatifs”

Le rôle de la créativité est largement sous-estimé dans la mesure de l’innovation et les débats politiques. Il comprend trois sous-pilier:

i) statistiques sur les demandes de trademark et indicateur de l’économie sur les marques les plus précieuses;

ii) indicateurs de la créativité et des résultats créatifs d’une économie (p.ex. exportations de services culturels et créatifs tels que des longs métrages) qui visent tous à donner une idée globale de la portée internationale des activités créatives dans une économie;

iii) créativité en ligne, ajustée à la population (p.ex. noms de domaines top-level par pays, nombre moyen d’éditions annuelles de Wikipédia, téléchargements d’application mobiles).

 

Ces métriques mieux comprises, il sera plus aisé pour un pays “d’optimiser” son classement à l’avenir (à l’instar des classements internationaux d’universités), bien que certains piliers demandent des années et des milliards d’investissements pour être mis en place et porter leurs fruits. Les auteurs du rapport avouent qu’il est ardu de trouver/rassembler des métriques qui permettent de quantifier plus directement l’innovation. Toutefois, ils sont plus plus soucieux d’améliorer le “chemin” vers une meilleure mesure, de comprendre l’innovation et d’identifier les politiques ciblées, les bonnes pratiques et les autres leviers qui favorisent l’innovation.

 

Comme le rappelait une récente chronique dans Le Temps: “Les autorités suisses, l’administration et le système sanitaire ont certes fait des efforts, mais ils ne fournissent pas encore des services de classe mondiale aux citoyens sur le plan numérique. Il est temps de se réveiller et de faire mieux, dans tous ces domaines.

 

En Suisse comme dans tout autre pays, les œillères ne sont pas de mise et le repos sur ses lauriers encore moins. Back to work!

 

PS: quelle coïncidence avec l’article du jour “Les trompeurs classements mondiaux de l’innovation”!

 

 

Joyeux anniversaire swissnex

Et de deux décennies! Le saviez-vous? Il semble que non.

Perspectives sur une aventure dont vous avez entendu parler; ou pas.

 

Historique

 

Il y a 20 ans jour pour jour, Xavier Comtesse lançait officiellement la Swiss House à Boston. “Trouvez le lieu, l’argent et le personnel” lui avait-on dit après avoir avalisé le projet de consulat scientifique, une première. En 2003, sous l’impulsion du bureau de San Francisco, le réseau en gestation se renomme swissnex (de nexus, pas next, fréquente erreur) et se positionne avec son slogan: connecting the dots. Sa mission: créer des ponts entre la Suisse et le monde (comprendre: des écosystèmes dynamiques dans lesquels une présence suisse manque ou que swissnex peut complémenter) dans les domaines de l’innovation, la recherche et l’éducation (relations académiques au sens large); à ceux-ci s’ajoutent l’art, le design, l’architecture et la culture.

 

Au jour d’aujourd’hui, on dénombre cinq sites principaux (Boston, San Francisco, Shanghaï, Bangalore qui fête ses 10 ans, Rio de Janeiro) et leurs satellites (New York, Guangzhou, São Paulo) – le tout faisant partie du réseau plus global avec les attachés dans des consulats et ambassades de Suisse (p.ex. le Science & Technology Office à Tokyo). Le bureau de Singapoure ferme en 2015, signe de la flexibilité du réseau et décision concrète pour éviter une redondance avec les acteurs en présence, comme notamment l’ETHZ et le campus CREATE et l’ambassade pour les activités diplomatiques.

 

Le financement – Thierry Lombard et LODH permettent en 1999 de lancer l’initiative à ses débuts avec une donation –  est en partie privée, en partie publique. La continuité des activités est garantie seulement si les fonds sont réunis année après année à la différence d’autres organisations partenaires comme par exemple Switzerland Global Enterprise. La contribution financière étatique est dérisoire en comparaison de, par exemple, quelques coucous qui sillonneront nos cieux, devisés à 6 milliards de francs. Paradoxalement, un entrepreneur me lançait une fois: “vous n’êtes pas assez chers pour que l’on vous prenne au sérieux.” De quoi réfléchir au modèle d’affaire, tâche compliquée tant le spectre des activités est large et que la spécialisation dépend plus de la personne en charge que d’un cahier des charges très défini.

 

Succès

 

Comment mesurer les succès d’une telle initiative dont le but est de créer des liens? On ne compte plus les mises en relation entre des startups et des experts et/ou investisseurs (dont on a vent des mois ou même des années plus tard), des chercheurs et des instituts, des artistes et des musées. Il est ardu de quantifier les résultats d’un soft power mis en application au quotidien avec des moyens restreints mais qui sont ingénieusement compensés par de la créativité au niveau de la programmation des événements, des formats de collaboration, du rapport humain tissé au fil des ans dans pléthore de secteurs et avec une ouverture propre aux swissnexers. “Engineered serendipity” aura-t-on pu entendre lors d’échanges.

 

On peut cependant penser à quelques exemples concrets. Le fil est parfois ténu et pas forcément évident à prouver mais on ne pourrait réfuter le rôle behind the scenes pour en arriver à des succès tels que la présence de MassChallenge en Suisse, les projets d’innovation de Nestlé dans la Silicon Valley, le partenariat ECAL-MIT et tant d’autres à des niveaux plus personnels: untel qui change de poste suite à une rencontre lors d’un petit-déjeuner réseautage à swissnex et qui joue désormais un rôle clé dans une entreprise. Cette toile de relations pourra être “activée” en temps voulu pour créer une situation win-win.

 

Les détracteurs du réseau trouveront en tout temps des critiques à émettre. Il s’agit le plus souvent d’une incompréhension des rouages sous-jacents que d’une volonté de voir le verre à moitié plein. Comment comprendre la réalité du terrain depuis un siège bernois? Cela ne doit néanmoins pas amoindrir l’auto-critique pour constamment devancer les piques des observateurs. Pour un pays occupant (souvent) la première place des classements en innovation et investissant massivement dans l’éducation, le réseau swissnex fait régulièrement des envieux parmi les autres pays qui essaient, non sans peine, d’imiter la Suisse dans ce domaine. Entre tracasseries administratives et cadres auxquels se conformer, les projets étrangers ne parviennent pas à couvrir autant de terrain que swissnex ne le fait. Mais ne nous reposons pas sur nos lauriers, la paresse guetterait nos esprits.

 

Futur

 

A la fin des années 90s, l’idée était de trouver une parade au brain drain vers les Etats-Unis en maintenant des liens et créant des ponts avec les institutions académiques et les chercheurs. Le monde se trouvait également à l’aube de la dot come bubble.

 

Fast forward en 2020: avec ce Big Reset, quels sont les prochains défis à relever? Quelle est la valeur ajoutée du réseau? Comment financement ses activités? Dans quels lieux? Quels partenaires impliquer? Ce qui est certain: faire la place à des esprits ouverts, jeunes, curieux et entreprenants capables s’insuffler un renouveau. “C’est par la jeunesse que vient l’énergie” comme disait l’autre. Les pistes de réflexion semblent se cristalliser autour de l’initiative nex20 (en espérant que d’autres idées étofferont les cinq associations d’idées qui défilent avec le bouton “Surprise me”). Cinq voies de réflexion sont listées: connecter/travailler/vivre/se rencontrer/apprendre demain; on se départit des thèmes redondants “… of the future” même si l’idée reste dans la même veine.

 

Si le Parlement et les instances politiques décident en quelque sorte du sort de swissnex, il est impératif de continuer à convaincre leurs acteurs du bien-fondé de l’initiative dans un monde globalisé où le contact humain reste toutefois essentiel. Pour sortir du cliché banco-chrono-choco si ancré dans l’imaginaire des étrangers, une des missions de notre pays est de se projeter sur le devant de la scène. “Regardez ce que l’on peut faire ensemble!” devrait-on asséner au lieu de se profiler comme trop souvent au second plan.

 

Alors que le réseau fête ses noces de porcelaine avec le Secrétariat à l’Education, la Recherche et l’Innovation (SERI) et le Département des Affaires Etrangères (DFAE): what’s next swissnex?

Les immigrés innovent ne vous en déplaise!

Le 14 septembre dernier, Le Temps publiait un article sur les résultats d’une étude issue du Collège de Management de l’EPFL. Celle-ci met en lumière la forte contribution des inventeurs immigrés en Suisse à l’innovation du pays à travers le dépôt de brevets.

Citons: “Près de 30% des inventeurs travaillant et déposant des brevets en Suisse durant la période 2002-2015 sont titulaires d’un permis B, C, L ou G. […] Cela fait de la Suisse l’un des quatre premiers pays au monde en termes de proportion d’inventeurs immigrés, aux côtés de l’Allemagne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.

Remettre en cause la relation de cause à effet entre la force créatrice – des idées aux emplois – et la contribution des inventeurs immigrés à l’innovation (et donc à l’économie) relève d’une conviction politique, pas de faits.

Ce débat fait régulièrement rage aux USA, grand pays de l’immigration qui se retrouve empêtré dans des considérations similaires à intervalles réguliers. Il convient de rappeler qu’au pays de l’Oncle Sam, les immigrés contribuent également de façon très conséquente à faire croître l’économie via leur contribution à l’innovation nationale. Les récentes recherches du Prof. Daniel Kim de l’Université de Wharton, une référence dans le milieu économico-entrepreneurial, indiquent que “les immigrés aux USA créent bien plus d’emplois qu’ils n’en prennent, principalement parce que beaucoup d’entre eux sont plus enclins à lancer des entreprises qui créent ensuite beaucoup d’emplois.” Au niveau des statistiques, les immigrés représentent environ 15% des travailleurs aux USA et ont 80% de chances en plus de devenir entrepreneurs que les travailleurs autochtones.

Une myriade d’organisations telles que les investisseurs One Way Ventures basés à Boston ne s’y trompe pas en prenant le parti de soutenir les entrepreneurs étrangers sur sol américain. Il s’agit plus qu’une conviction mais bel et bien d’une réalité économique que l’on ne peut reformatter au gré de ses convictions politiques. Si jamais il vous fallait des arguments pour voter prochainement sur un certain objet…