Faits éducatifs

Qu’ajouter aux programmes de l’école post- ou para-covidienne ?

Beaucoup échafaudent déjà des plans pour les “jours d’après”, avec plus ou moins d’espoirs et d’appréhensions, d’utopies et de pragmatisme. Les écoles vont réouvrir, la plupart de leurs acteurs trépignent. Elles devront en priorité gérer un retour à la “normale” et la réalisation des procédures simplifiées d’examens et de passages aux degrés subséquents. Mais, plus tard, à la rentrée d’automne, quelque chose aura-t-il changé dans les contenus et les approches pédagogiques ? Je fais le pari que oui.

 

Le retour en classe n’est sans doute pas pour demain, mais après-demain, et déjà beaucoup s’y préparent, avec semble-t-il plus de joie que de crainte. Le caractère profond de sociabilité et du vivre ensemble de l’école n’aura jamais été aussi évident qu’au cours de ces dernières étranges semaines, les écrans n’étant qu’un ersatz électronique. On peut sans risque d’erreur se montrer convaincu que cet épisode d’urgence épidémique et de prudent confinement aura non seulement marqué les esprits, mais s’inscrira intuitivement et durablement dans les apprentissages scolaires.

Si je me permets d’évoquer quelques perspectives probables, c’est non du fait d’une science infuse, mais bien d’une connaissance concrète et approfondie des contenus et des mécanismes programmatiques de la scolarité obligatoire pour m’être trouvé ces vingt dernières années au coeur des travaux préparatoires du Plan d’études romand et de la détermination des “compétences fondamentales communes” au niveau national.

Je prends donc le pari – ou plus modestement j’émets l’espoir – qu’on accordera désormais bien plus d’importance aux cinq dimensions suivantes dans les apprentissages disciplinaires et dans la compréhension du monde et de la vie commune au sein de celui-ci :

 

Au moment de conclure cette brève réflexion, trois évidences sont à mettre en exergue :

– Ces considérations et leurs dimensions éducatives ne sont ni de gauche ni de droite, elles n’ont ici aucune obédience politique, mais relèvent du bon sens et sont apparues distinctement sur la photographie de notre monde actuel, un peu comme des reliefs et des visages que le révélateur dégage sous nos yeux lorsque, à l’ancienne, on développe une photo argentique.

– L’école et l’enseignement ne vont pas être révolutionnés et les programmes révisés à court terme. Tout est question de couleurs et d’accentuation, du fait qu’enseignant-e-s et élèves, mais également concepteurs-trices de moyens d’enseignement et de contenus multimédias et numériques seront désormais beaucoup plus sensibles à ces dimensions.

– Les contenus énoncés plus haut n’introduisent absolument rien de nouveau dans les programmes actuels de nos pays occidentaux. Ils constituent déjà une dimension spécifique du Plan d’études romand introduit à partir de 2011, celle de la formation générale, dont le caractère est en premier lieu éducatif et vient s’inscrire à la fois dans les diverses disciplines traditionnelles et dans les pratiques et échanges réguliers au niveau de la classe et de la vie d’établissement.

Si, comme le dit le proverbe, à toute chose malheur est bon, il faut donc considérer que ce deuxième trimestre de l’année calendaire 2020 aura boosté la formation générale, jusqu’ici parente pauvre de la concrétisation du PER et de ses bonnes intentions éducatives.

 

 

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