Tu sais, il y a des hommes qui ont tué des tours

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Jeudi soir, j’ai eu mes deux petits neveux qui vivent en France au téléphone.

Le premier (le plus petit) : « Allo, père Noël ? ».

Bon, celui-là est resté sur les bons souvenirs de fin d’année.

Le second, presque 6 ans, dans un seul souffle :

« Tu sais, il y a des hommes qui ont tué des tours. Les dames de la cantine, elles nous ont dit qu’il ne fallait pas faire de bruit dans les écoles, parce que sinon ces hommes, ils allaient aussi venir nous tuer. Moi j’ai peur qu’ils viennent chez nous »

Là, je comprend qu’il n’a pas tout compris, qu’il a ressenti la minute de silence comme la réponse à une menace imminente et non pas comme un moment de recueillement, et que, surtout, il est terrorisé.

J’essaye alors de le rassurer… pas facile… Je lui dis que les personnes de Charlie Hebdo étaient des gens connus, des symboles et que c’est pour ca qu’ils ont été pris pour cibles.

Il me répond : « Mais, mes parents ils sont connus ! ».

Je relativise en lui disant qu’ils ne sont pas si connus que ca (ce qui n’est pas très sympa pour mon frère et ma belle-sœur) et qu’il n’y a pas de danger.

Il me redis avant de passer le téléphone à ma mère : « Mais, ils dessinent*, c’est dangereux… ».

Me voilà toute déstabilisée.

En colère contre les enseignants qui lui ont fait peur, et contre moi même, qui suis incapable de lui expliquer et de le rassurer par des mots simples.

Comment lui expliquer que l’on peut se mettre en danger pour défendre des idées ? Comment lui dire que nous ne laisserons pas la terreur gagner ?

Depuis, j’y ai beaucoup réfléchi. Et je me suis dit qu’au final, la meilleure façon de rassurer mon neveu sera sans doute de lui envoyer les photos des rassemblements citoyens de dimanche, pour lui montrer que nous sommes unis pour défendre la liberté d’expression.

D’ailleurs, c’est bientôt l’heure, et j’espère que nous serons nombreux sur la photo.

Nelly Niwa

Nelly Niwa

Nelly Niwa est architecte-urbaniste et cheffe de projet à l’UNIL. Elle coordonne une plateforme de recherche interdisciplinaire sur les aspects sociaux de la transition énergétique. Elle a dirigé un projet de recherche sur le futur de l’agriculture vaudoise et réalise sa thèse sur l’agriculture urbaine.

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