Cher Léonard,
Je prends la plume en te tutoyant, quitte à renforcer ainsi le cliché selon lequel tous les Valaisans se connaissent. Ils sont peut-être d’une même famille, ajouteraient les plus mauvaises langues. Non pas que nous soyons proches amis il est vrai, mais nous nous connaissons et partageons certaines convictions libérales-sociales. Ironie de la petite histoire, notre dernière rencontre remonte au lancement de la plateforme des blogs de l’Hebdo, celle-là même où la présente lettre ouverte est publiée. Nous avions alors profité de la séance d’informations organisée par la rédaction de l’Hebdo pour brièvement débattre de la candidature de Christian Varone. Trois mois plus tard, ce dernier n’est plus candidat, l’affaire de la « pierre » n’est pas réglée et te voici en lice pour le Conseil d’Etat. Les surprises du politique.
La décision de t’adresser cette lettre ouverte résulte de deux anecdotes. La première a trait au débat organisé lundi soir par la RTS entre les 6 candidats pour le Conseil d’Etat valaisan. Confortablement installé dans mon salon zurichois, j’ai apprécié ton verbe haut – parfois presque exagérément « stratosphérique » – et l’enthousiasme qui se dégage de tes propos. Face au trio PDC, « des ministres en conférence de presse » selon ta formule, tu as ajouté la rhétorique aux arguments politiques et démocratiques qui plaident pour la fin de l’hégémonie PDC au sein de l’exécutif.
Reste qu’au-delà de la forme, je me suis senti particulièrement touché par tes propos à l’égard des communautés étrangères qui ont construit la prospérité du Valais et de la Suisse : ton « merci » aussi simple que fracassant. Avec un grand-père venu d’Italie et un grand-père alsacien accepté au titre de réfugié, qui tous deux ont œuvré de longues années dans l’entreprise Giovanola à Monthey, j’ai reconnu à travers ces paroles simples mon patrimoine personnel et notre héritage collectif. Dans une ambiance trop souvent encline à la mise au ban de l’Etranger, où l’ami des extrêmes-droites européennes réalise plus de 52'000 suffrages, il fallait le rappeler avec force.
Au téléphone avec mes chers parents pour évoquer ces élections valaisannes – les habitudes ont la peau dure, même de l’autre côté du Röstigraben – ma mère ajouta son grain de sel et une deuxième anecdote en racontant ton engagement dans la campagne valaisanne pour la dépénalisation de l’avortement en 2002. « L’un des seuls politiciens valaisans de droite à nous rejoindre dans le comité pour la solution des délais… et pour la photo ! » expliqua-t-elle, preuve à l’appui tout juste sortie d’un carton d’archives. L’air fier, l’allure un peu cavalière : souvenir d’anciens engagements qui traduisent une certaine force de conviction.
A leur façon, ces deux anecdotes renvoient à leur étude ceux qui voudraient te faire passer pour un « tueur » de minorités ou de femmes. Rien n’est moins vrai. Puissent les citoyennes et citoyens valaisans suivre ton conseil et « composer » leur gouvernement avec sagesse.
Depuis les bords de la Limmat, je te salue et te souhaite bonne chance pour ces dernières heures de campagne.