2013: vers une année de préparatifs politiques

2013 ne manquera pas de beaux rendez-vous politiques. L’initiative Minder, l’obligation de servir dans l’armée ou encore un éventuel referendum sur la révision de la loi sur l’asile seront autant d’occasions de croiser le fer. Sur la question de la place de la Suisse dans le monde, 2013 sera néanmoins une année de préparatifs politiques.

A  ce titre, les questions migratoires cristallisent les tensions les plus fortes dans un cocktail redoutable: l’initiative contre l’immigration massive, l’initiative ECOPOP ou encore le referendum à venir sur l’extension de la libre-circulation avec la Croatie. Ces initiatives touchent au cœur de notre perception identitaire, de nos liens avec l’Union européenne et de notre prospérité économique. 2013, année de préparatifs car c’est dès aujourd’hui que ces votations de politique migratoire se perdent ou se gagnent. Promoteurs et adversaires des différents projets chercheront à occuper le centre politique pour s’assurer des coups gagnants en 2014.

A ce jeu des préparatifs, le poids est  clairement sur les défenseurs d’une politique migratoire «ouverte», au sens très minimal de la défense des intérêts économiques. Les promoteurs d’un isolationnisme helvétique ont depuis longtemps placé leurs pièces maitresses; ils peuvent s’attendre à récolter les fruits de leur travail de fond. Pour contrer ces projets funestes pour l’avenir de notre pays, trois axes stratégiques de préparatifs se dessinent.

Premièrement, il est absolument primordial de changer notre façon de débattre des questions migratoires. Les promoteurs de la libre-circulation doivent réussir le coup de force de faire passer la migration d’un problème à une chance pour la Suisse et ses citoyens. A  ce titre, la position de certains « centristes » est clairement intenable : on ne peut dire que l’immigration est un mal nécessaire pour notre prospérité économique sans prendre le risque qu’à terme, le «mal» l’emporte sur le «nécessaire». Il faut affirmer que l'immigration est une chance, sans toutefois devoir plaider pour l'abolition des frontières.

Deuxièmement, il importe de relancer une discussion de fond sur l’Europe. Là encore, on ne peut entretenir l’image d’une UE sous forme de monstre englobant tout sur son passage et demander aux citoyens de soutenir la libre-circulation sous peine de voir nos relations s’effondrer. A ce titre, la tentation de penser que l’UE a besoin de la Suisse, et non le contraire, est l’une des ornières les plus dangereuses d’une politique isolationniste.

Troisièmement, il faut réfuter de manière systématique les liens entre politique migratoire et l’ensemble des questions liées aux infrastructures (transport, logement, territoire). Ces questions doivent être traitées pour elles-mêmes, en prenant en compte l’ensemble des facteurs jouant un rôle déterminant. Certains commentateurs avaient tourné en dérision (à raison) de voir Toni Brunner liait dépenses énergétiques et immigration. Néanmoins, force est de constater que cette façon de lier immigration et n’importe quel autre problème commence à devenir la constante du débat public. Devant le souverain, la facture liée à cette façon de poser le problème pourrait s’avérer salée.

 

Johan Rochel

Dr. en droit et philosophe, Johan Rochel est chercheur en droit et éthique de l'innovation. Collaborateur auprès du Collège des Humanités de l'EPFL et membre associé du centre d'éthique de l’université de Zürich, il travaille sur l'éthique de l'innovation, la politique migratoire et les questions de justice dans le droit international. Le Valaisan d'origine vit avec sa compagne et ses deux enfants entre Monthey et Zürich. Il a co-fondé "ethix: Laboratoire d'éthique de l'innovation" (www.ethix.ch)