La catastrophe qui frappe l’Australie doit d’abord susciter une réaction de compassion et de solidarité,y compris une aide opérationnelle, à l’égard des victimes et d’une nation endeuillée, . Mais on ne peut s’y limiter. Il faut investiguer les causes et tirer les leçons.
La toute première, c’est qu’une révolte de la planète malmenée fait réellement peur, tout comme le tsunami qui a frappé Fukushima ou l’épidémie d’Ebola au Congo. Malgré toutes nos avancées techniques, scientifiques et médicales, une nation hautement développée peut se trouver démunie. Les pompiers australiens ne parviennent pas à endiguer une mer de flammes. Les morts se comptent par dizaines, les immeubles détruits par centaines, les forêts détruites par dizaine de milliers de Km2. Quand on fera le bilan financier, l’Australie enregistrera une ponction gigantesque sur son budget.
La seconde leçon est que l’Australie ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Dans la liste des émissions de CO2 par habitant, elle vient en dixième position, première parmi toutes les nations développées, avant les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Elle est trois fois plus polluante que la Suisse qui n’est pourtant pas exemplaire pour autant. C’est qu’un tiers des exportations mondiales de charbon proviennent de l’Australie, et que le secteur représenterait, à l’échelle du pays, plus de 55 000 emplois. Le premier ministre de droite Scott Morrison a déclaré à son retour de vacances à Hawaï : « Je ne vais pas rayer de la carte l’emploi de milliers d’Australiens en m’éloignant des secteurs traditionnels (…) Nous n’allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d’emploi et nuisibles pour l’économie. » Il n’a donc rien compris.
Il est intéressant de noter qu’un gouvernement climatosceptique se trouve subitement confronté aux conséquences, prévisibles mais imprévues, de son attitude, d’ailleurs identique à celle des grands pollueurs que sont les Etats-Unis et la Chine. La dernière conférence sur le climat, COP 25, vient de s’achever sur un constat d’échec. Si la sauvegarde du climat entre en conflit apparent avec l’activité économique, elle passe à la trappe. Cela continuera jusqu’à ce que des nations riches soient frappées dans la seule chose qui leurs tienne à cœur, le revenu national. Alors, comme par enchantement, on cessera de prétendre qu’il ne se passe rien et on encouragera réellement les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. Alors on isolera les immeubles, on réduira la circulation des voitures, on cessera d’importer du pétrole et, instruit par Fukushima , on se gardera de remettre le nucléaire en selle.
Mais cette révolution technique ne verra pas le jour si une autre dimension n’est pas explorée. Jadis, lorsqu’une catastrophe naturelle se produisait, nos ancêtres y voyaient une manifestation de la colère de Dieu : on priait dans les églises pour que cessent famines, pestes et guerres. On ne le fera pas pour la transition climatique, parce que les religions ont perdu de leur crédibilité en matière d’efficience. On ne surmontera le défi que par un effort que l’on peut et doit qualifier d’éthique, de moral et même de spirituel. Il faut surmonter notre égoïsme, même s’il a l’excuse d’être national plutôt qu’individuel. Il faudra apprendre à se restreindre, voire à se priver et même à partager avec les plus démunis avant qu’ils ne viennent réclamer leur dû sur notre sol en forçant nos frontières.
Ce qui se passe en Australie peut arriver n’importe où. Même en Suisse. Gouverner c’est prévoir. Avons-nous un gouvernement ?