La Suisse menacée d’insignifiance?

L’échec de Philipp Hildebrand dans sa quête de la fonction de Secrétaire Général de l’OCDE et les enseignements qu’il en tire dans la dernière livraison de la NZZamSonntag devraient retentir  comme une alarme aux oreilles des Suisses somnolents et repliés sur eux-mêmes, comme un peuple de marmottes refusant de quitter leur hibernation. “Les peuples heureux n’ont pas d’histoire”, “pour vivre heureux vivons cachés”, “small is beautiful” voilà des expressions proverbiales qui rassembleraient sans doute derrière elles une majorité de Suisses!

Nos beaux yeux ne suffisent plus! Philipp Hildebrand l’a appris à ses dépens. Au-delà de son profil de banquier privé, qui a pu aussi jouer un rôle dans son échec, il propose un diagnostic qui a le mérite de la clarté: l’époque où la Suisse nageait dans un océan de bonne volonté grâce à ses bons offices est révolue. C’est aujourd’hui l’existence ou l’absence d’instruments d’influence qui détermine la réussite ou l’échec dans un monde devenu de plus en plus complexe avec l’émergence de nouveaux acteurs. Or, des instruments d’influence nous n’en avons plus guère. Comment en sommes-nous arrivés là?

Pendant l’essentiel du XXème siècle la neutralité et les bons offices ont en effet servi de concept global dans nos relations avec le monde. La Suisse était neutre donc utile. Depuis la fin de la guerre froide les choses ont bien changé. La neutralité a perdu sa valeur ajoutée et de nombreux autres pays ont repris à leur compte le rôle dévolu jusqu’alors quasi exclusivement à la Suisse. En même temps que notre richesse relative se maintenait voire augmentait, notre influence diminuait dramatiquement. Le résultat de ce croisement des courbes fut évident: suscitant des jalousies nous étions devenus une cible. La crise des avoirs en déshérence aurait dû nous ôter nos dernières illusion sur la nouvelle nature des relations internationales. Ne pouvant plus bénéficier de la sanctuarisation que notre neutralité nous avait assurée, nous aurions dû nous doter d’une nouvelle stratégie globale dans laquelle inscrire la défense de nos intérêts. Il n’y en avait qu’une: l’Union européenne. Pas forcément l’intégration, quoique qu’elle aurait résolu d’un coup l’essentiel de nos problèmes d’influence, mais l’établissement avec elle de liens institutionnels solides. On sait ce qu’il en est advenu.

Alors que Philipp Hildebrand souligne la nécessité existentielle pour nous de savoir comment nous défendrons encore nos intérêts en 2040, il est légitime de chercher des éléments de réponses auprès du DFAE, qui doit ou devrait être en pointe dans l’élaboration de stratégies d’avenir. Quel diagnostic pose-t-il, quelles visions envisage-t-il à cet horizon, quels objectifs a-t-il pour la Suisse? Quelles stratégies propose-t-il pour les atteindre? Paradoxalement, alors que notre ministère des affaires étrangères croule sous les visions et les stratégies en tout genre, on a rarement eu autant l’impression qu’il reste hors-sol, sans prise sur la réalité.

La situation du DFAE n’est pas simple: alors qu’il devrait répéter sans relâche l’importance de consolider nos relations institutionnelles dans notre matrice naturelle, l’Europe, on sent sa frilosité européenne qui l’amène à se multiplier dans des opérations de diversion qui ont peu ou prou à faire avec une vraie stratégie de défense de nos intérêts. Avoir une stratégie pour l’Afrique subsaharienne, pour la région MENA, l’Asie, l’Amérique du Sud, voire la lune ou Mars, est bel et bon, mais cela remplace-t-il l’essentiel qui reste la consolidation de nos relations avec l’UE ? Nous devons en effet devenir des Européens faute de quoi nous continuerons notre périple solitaire qui nous conduira nulle part!

L’échec de Philipp Hildebrand n’est pas le seul qui souligne notre perte d’influence. Récemment, dans un domaine qui fait partie du cœur de la diplomatie, la Suisse n’a pas été capable de faire renommer notre excellent candidat, Thomas Greminger, au poste de Secrétaire général de l’OSCE. Toutes les nominations récentes à des fonctions importantes dans le cadre des Nations Unies, dont la Suisse peut être fière, comme celle de notre compatriote, Christine Schraner Burgener, comme Envoyée spéciale pour le Myanmar, ou Mirko Manzoni, comme Envoyé personnel du SG des Nations Unies pour le Mozambique, l’ont été sans aucune intervention du DFAE ou de la Suisse officielle qui les ont apprises après coup.

Philipp Hildebrand, qui n’ignore rien des difficultés de notre politique européenne et qui ne semble guère se faire d’illusions sur les chances que nous trouvions dans un avenir rapproché une solution satisfaisante, propose que la Suisse s’inspire de l’exemple de Singapour. Nous doter d’un fond souverain pour nous permettre de gagner en influence grâce à une diplomatie financière active est une alternative envisageable.

C’est comme si nous nous trouvions à la croisée des chemins ou que que nous nous en approchions: soit nous clarifions nos relations avec l’UE et nous les pérennisons soit nous nous dotons des énormes moyens financiers qui nous permettraient de devenir le Singapour de l’Europe. Une option par contre pourrait se fermer comme une fenêtre que la tempête claquerait: celle de la navigation à vue avec laquelle nous avons réussi jusqu’ici à optimiser les gains et à réduire les risques. Celle de l’insignifiance symbolisée par la photo de notre ministre des affaires étrangères ci-dessus, qui trône au milieu de la “Swissminiatur” à Melide!

De quoi aurons-nous le courage, de faire un pas politique conséquent en direction de l’UE ou de défaire les cordons de la bourse pour financer notre influence dans une démarche solitaire? Le genre de décisions douloureuses que les Suisses généralement détestent mais sur lesquelles nous ne pourrons pas faire l’impasse. Si l’échec de Philipp Hildebrand aura servi à clarifier nos enjeux d’avenir il n’aura pas été vain.

 

 

Georges Martin

Georges Martin

Georges Martin est né en 1952. Après avoir obtenu sa licence de Sciences politiques à l’Université de Lausanne, il est entré au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en 1980. Les différentes étapes de sa carrière l’ont amené en Allemagne, New-York (ONU), Afrique du Sud, Israël, Canada, France, Indonésie, Kenya. Il fut Secrétaire d’Etat adjoint et Chargé de missions spéciales au DFAE.

32 réponses à “La Suisse menacée d’insignifiance?

  1. Les peuples riches se croient éternels. La suffisance aveugle et scotomise la réalité la plus fondamentale qui consiste à s’harmoniser avec ses alliés. Nos voisins européens partagent la même culture et les mêmes objectifs de société que nous. Clairement, nous y avons notre place et des alliés naturels. Les snober ne fait que nous isoler voire même nous faire mépriser. Ce n’est pas un avenir à revendiquer.

    1. Je n’ai jamais lu autant de contre-vérités dans un commentaire et il en va de même à propos de l’article.
      La France n’est plus un pays riche, cela ne l’empêche pas d’être arrogante à l’égard des petits pays, que ce soit envers son voisin immédiat ou d’autres pays de l’UE. Comment s’harmoniser avec un pays qui pratique la centralisation à outrance, il en va d’ailleurs de même avec cette organisation supranationale qu’est l’UE. Ces pays et entités ne partagent pas notre culture de la subsidiarité ou de la démocratie directe. Quand au snobisme, on ne peut que constater le dogmatisme de cette même France dans les négociations du brexit ou de l’accord cadre, elle a été résolument obtue.
      Enfin sur l’influence perdue, c’est une fable que de croire que c’est en étant membre de l’UE que l’on pèsera dans le monde face aux grandes puissances. L’UE n’est qu’un grand marché ultralibéral, ou règne le chacun pour soit. Elle est vendue aux lobbys et n’est même pas capable d’éviter l’absorption de fleurons comme Alstom.

      1. La France n’est pas l’UE à elle toute seule qui a aussi des membres qui pratiquent la subsidiarité. L’UE a ses faiblesses mais c’est la seule entité en Europe qui compte au niveau mondial. Elle se réforme même si cela ne va pas assez vite. Il revient à ses membres d’accélérer le processus. Une chose est certaine: l’UE malgré ses faiblesses est plus forte que chacun de ses membres! On peut la critiquer mais il n’y a pas d’alternative! Sauf à souhaiter la disparition de l’Europe de la carte du monde!

      2. Bjr,
        Disons que vous êtes, de façon assez virulente et basique, francophobe autant qu’europhobe… et vive la Suisse et ses Monts Indépendants!

      3. La France est un pays riche, n’en déplaise à certains. 15 500 milliards d’euros d’actifs (public et privé) dont 3 300 milliards d’euros d’épargne (source INSEE). Malgré la crise du COVID, les français ont épargné 130 milliards d’euros en 2020, et uniquement au regard des livrets réglementés (source banque de France).
        La France construit 50 % de logements de plus chaque année que le Royaume-Uni (source OCDE), 30 % de plus que l’Allemagne et les USA en pourcentage de la population; Alors la France pays pauvre?
        Pour autre exemple la chambre de commerce italienne de Monza et Brianza a estimé, en regroupant plusieurs paramètres, la valorisation de la tour Eiffel à 434,7 milliard d’euros, et je ne parle pas des hectares viticoles de Champagne valorisés en moyenne à 1,1 millions d’euros l’hectares (surface viticole totale du champagne 34 300 hectares)….faites vos calculs …

  2. Ignazio Cassis est là où il est pour la paix des ménages avec le Tessin, comme simple alibi, mais en tout cas pas pour ses qualifications de conseiller fédéral. Pas étonnant dès lors qu’il n’avance aucune idée favorable au pays. Une solution d’espoir consisterait à élire un(e) vert(e) à sa place dès que possible.

    1. Le problème dans notre système c’est que les candidats doivent prouver qu’ils sont à la hauteur après avoir été engagés! Parfois, la plupart du temps il faut le dire, le choix s’est montré judicieux, parfois non….

  3. Ce n’est pas juste que notre richesse relative augmente. La richesse relative de la Suisse s’est généralement serré vis-à-vis des pays Européens similaires, tel que l’Hollande, la Belgique, la Finlande, l’Autriche, le Danemark, ou l’Irlande. Entre 1951 et 1985, le PIB par habitant de ces pays + Allemagne par rapport au PIB per habitant de la Suisse avait passé de 45% à 60% (c’est-à-dire, le PIB par habitant de ces pays était en moyenne égal à 60% de celui d’un Suisse), ce qui est normal car les autres pays sortaient de la guerre. Entre 1985 et 2015, ce pourcentage a passé à 83%.

    Le refus de l’EEE a été un désastre économique pour la Suisse, entre d’autres choses parce que des pays comme Luxembourg, le RU, l’Irlande et l’Hollande ont pu concourir contre le secteur financier Suisse en toute impunité protégées par l’UE au même temps que l’UE nous fait du bullying.

    1. Merci pour vos précisions très appréciées! La problématique reste la même: nous sommes perçus par nos voisins et encore plus par les États extra-européens comme un pays très riche.

  4. La Suisse n’est pas en menace d’insuffisance, mais déjà insuffisante (ou suffisante).

    On la met sur le top ranking of the World.
    En réalité, justice digne de Louis XI, du MPC aux barons locaux.

    Informatisation au niveau du fax;

    Politique de “milice” payée par les groupes d’intérêt, enfin bref, une eau saûmatre d’y en point comme nous.

    Pour le moins jusqu’à ce que des capitaux étrangers la dépècent par morceau!

  5. Faire de l’échec de M. Philipp Hildebrand auprès de l’OCDE un pamphlet pour l’adhésion, ou tout au moins pour un Xème nouveau rapprochement de la Suisse vers l’UE, est d’une honnêteté intellectuelle en forme de point d’interrogation ! Allons, allons, l’UE ne fait pas partie du monde de demain ! C’est une construction issue d’une utopie dépassée, disons provisoire, qui d’ailleurs prend l’eau de toutes parts. Que cette UE et son abominable Kommission de gauche globaliste, élue par personne, commencent par se réformer et fassent allégeance aux valeurs DÉMOCRATIQUES véritablement populaires et consultatives serait un pas sage en avant ! D’ici là, small restera beautiful même si c’est par nécessité !

    1. En aucun cas un « pamphlet pour l’adhésion », mais une plaidoirie pour la coopération et le rapprochement avec nos voisins. Ensemble nous serons plus forts que si nous restons seuls! L’UE ne va pas disparaître car chaque État européen pris isolément comprend qu’il n’a aucune chance de faire valoir ses intérêts dans le monde globalisé actuel. Elle continuera à se réformer. Depuis 1992, certains Suisses misent sur sa disparition. Certains d’entre eux ont disparu mais l’UE est toujours là!

    2. Si vous m’avez bien lu , vous aurez aussi noté que je vois clairement une alternative au rapprochement institutionnel avec l’UE: le modèle Singapour! La création d’un fond souverain nous permettrait « d’acheter » du goodwill et de nous faire des alliés qui en contrepartie seraient là lorsque nous en avons besoin! C’est en fait ce que propose Hildebrand et cela correspond à ce dont j’ai toujours été convaincu: nous ne pouvons pour l’éternité croire que l’on peut être riche, égoïste et avoir des alliés!

  6. Vous mettez le doigt sur le problème: la contradiction entre notre situation économique enviable et qui fait des envieux et notre manque d’alliés. Un petit pays prospère, même s’il le veut, ne pourra jamais avoir raison contre tous. Le monde est ainsi fait que nous avons besoin des autres. En Europe seule l’UE entre en ligne de compte. En déduire qu’elle est anti-démocratique ce serait conclure que nous sommes la seule démocratie sur le continent! Un péché d’orgueil qui se retournerait contre nous.

  7. Analyse fondée et très pertinente ! La Suisse se replie toujours davantage: nationalisme feutré, démocratie certes active mais si contente de soi, aucune vision à part le CO2, lamentations et retour aux patois salué sur les ondes publiques.

    Notre neutralité nous a été imposée, faut-il encore le rappeler ?

    Si nous adhérions à l’Europe avec un peu moins de chipotage, nous pourrions revendiquer notre fédéralisme, et qui sait, en habiller le futur du continent ?

    Par chance, la Suisse possède encore quelques personnalités comme vous qui élargissez notre horizon.

    1. Merci de partager avec nous votre opinion. Vous comprendrez que je ne puis qu’appuyer ce que vous écrivez avec beaucoup de lucidité!

  8. Je ne pense pas que les propos de Madame Vivianne Reding soient approuvés par une majorité de Suisses (majorité des cantons et/ou absolue).
    https://youtu.be/yScpM2qYFUc
    Tôt ou tard, une directive européenne sera refusée par le souverain entraînant ainsi la fameuse clause guillotine.
    Un Commissaire, une directive, une guillotine, le poids des mots.

  9. Je ne comprends pourquoi ça vous gêne que cet arriviste ait échoué à se hisser à la tête de l’OCDE. C’est plutôt une bonne nouvelle au contraire.

    1. Ce n’est pas ce qui ne gêne bien que cela n’est pas anodin l’avoir un Suisse comme SG de l’OCDE organisation très importante pour nous dans le domaine de la régulation financière internationale. On l’a vu avec le secret bancaire. Ce qui m’inquiète c’est notre solitude. À force de jouer perso c’est comme en foot l’équipe se détournera de nous. De nouvelles crises viendront et c’est notre responsabilité aujourd’hui de préparer un réseau d’alliés sur lesquels nous pourrons compter. La solitude assis sur notre coffre fort ça marche par beau temps!

      1. L’OCDE avait été fondée par Agostino (Tino) Soldati, un brillant diplomate suisse de l’immédiat après guerre. A cette époque, la Suisse avait eu la dignité de refuser l’adhésion au marché commun et à la place elle avait fondé l’AELE et l’OCDE pour y faire contrepoids. C’était une politique non pas de cavalier seul, mais consistant à ne pas se soumettre comme des lavettes aux volontés des gens qui travaillent à établir un pouvoir supranational. L’AELE a eu beaucoup de succès, car elle était parfaitement adaptée aux besoins de pays exportateurs comme la Suisse, le Portugal et surtout le Royaume Uni. En même temps, le conseiller fédéral Max Petitpierre, pourtant un modeste avocat neuchatelois, a eu le trait de génie de reconnaître la République Populaire de Chine avant tout le monde. Cela nous vaut une raltion privilégiée avec la Chine aujourd’hui, alors qu’elle est devenue la première puissance du monde. Sur ce point on doit être très critique envers Ignazio Cassis qui a risqué de bazarder la bonne relation diplomatique avec Pékin en faisant des déclarations stupides qui ont été très mal perçue, comme si c’était la mission de la Suisse de donner des leçons de morale aux grandes puissances.

        Dans tout ça, je ne vois pas l’isolement de la Suisse. On voit bien que la politique consistant à travailler dans l’AELE et à chercher la collaboration avec tout le monde par l’OCDE, était visionnaire puisqu’un grand pays comme le Royaume Uni a fini par être contraint de tirer les conséquences de l’échec du machin de Bruxelles. Il aurait mieux valu pour ce grand pays de ne pas se lier les mains pendant 40 ans dans une organisation, l’Union Européenne, qui ne lui convenait maifestement pas. Maintenant, pour se dégager c’est difficile et il y aura des dégats. La Suisse au contraire s’est prudemment abstenue et elle a eu raison. Ce n’est pas le moment de commettre la boude monumentale que les Britanniques avaient commise en 1973, en signant un accord cadre de sujétion avec une organisation nuisible comme l’UE.

        S’agissant de l’OCDE, son esprit a changé et pas en bien. L’OCDE a cessé de défendre la liberté des nations et de faciliter leur commerce. Elle s’est mise à la remorque de l’idéologie de la gouvernance mondiale. Et là, la Suisse a une part de responsabilité, parce que depuis Pierre Graber notre pays ne défend plus ses intérêts mais croit malin de faire passer l’intérêt du village global avant l’intérêt suisse.

        Le résultat, c’est que l’OCDE a pris des décisions clairement antisuisses, nuisant radicalement et très gravement aux intérêts de la place financière suisse. Il était possible pour la Suisse d’empêcher cette dérive étant donné qu’elle est membre fondateur de l’OCDE et jouissait d’une immense influence dans cette organisation, je le répète, portée sur les fonds baptismaux par Tino Soldati. Mais à partir du moment que la diplomatie suisse trahissait sa mission en faveur de l’idéologie mondialiste, il ne faut s’étonner de rien.

        L’opportuniste Hildebrand, bien entendu, s’était mis à la remorque de cette idéologie mondialiste antisuisse dans l’espoir d’être choisi pour diriger l’OCDE, venant de …. Black Rock ! Et quand on pense qu’en principe ce monsieur est aussi socialiste, membre du PS, par opportunisme ! Bien entendu il aurait été un secrétaire général de l’OCDE catastrophique pour la Suisse. Celui qui sera élu à sa place ne sera pas mieux, certes, mais ça vaudra mieux qu’il ne soit pas suisse. Car la pire des choses serait de nous réjouir d’être lésés dans nos intérêts par l’OCDE, au motif que cette organisation serait dirigée par un Suisse. Au contraire si elle est dirigée par un non Suisse nous pourrons mieux nous défendre contre sa nocivité.

        Quelle tristesse! Tino Soldati doit se retourner dans sa tombe.

        Grâce à l’heureuse circonstance de la non élection de l’opportuniste mondialiste Hildebrand, la Suisse aurait la possibilité d’user de son influence au sein de l’OCDE pour que cette organisation revienne à ses fondamentaux qui consistent à harmoniser intelligemment les relations commerciales entre des nations indépendantes au lieu de vouloir les asservir à une gouvernance financière mondiale.

        Et quant au reste, la Suisse aura beaucoup plus de réussite dans la défense de ses intérêts si elle cesse de se prostituer au mondialisme dans l’espoir que ce soient des Suisses qui mènent la politique mondiale antisuisse. La valeur de la politique étrangère suisse ne se mesure pas au nombre de hauts fonctionnaires internationaux qui sont suisses. Ce serait plutôt le contraire. Bien sûr si la Suisse pousse des traîtres à ses intérêts, beaucoup d’entre eux seront nommés à des grands postes pour nuire à notre pays dans les enceintes internationales. Nous devons faire exactement le contraire de ça et tant pis si peu de suisses occupent ces postes parasitaires.

        1. Vous comprendrez et vous me permettrez de ne pas partager votre analyse. Le monde que vous décrivez n’existe plus à mon avis. Toutefois, j’apprécie votre contribution à cette discussion car elle est courtoise et sereine, malgré les qualificatifs dont vous affublez M. Hildebrand que définitivement vous ne portez pas dans votre cœur!

          1. Notez je n’ai rien contre M. Hildebrand. Je n’ai pas la chance de la connaître personnellement. Dans la vie privée c’est peut-être un type charmant.

            Vu de loin il paraît un Rastignac peu élégant, du moins sans scrupules. Il est socialiste et s’est mis au service de la haute finance: première contradiction. Quand il a été pris la main dans le sac de spéculer sur le franc suisse, alors que c’était lui qui fixait le cours du franc suisse, il s’est défaussé sur sa femme car il s’était servi de son compte pour faire ses opérations douteuses. Peu élégant. Après cet épisode, sa première femme a quand même divorcé, ce qui peut se comprendre… après avoir été trahie de cette manière.

            Cette affaire l’a tout de même contraint à quitter la BNS. J’avais trouvé que M. Blocher avait eu raison de soulever ce lapin, même si au fond ça n’a servi à rien. Hildebrand n’a eu qu’à se recaser chez Black Rock, ce qui permet au moins à tous ceux qui sont capable de faire des constats, de comprendre que le système financier mondial est au service de black Rock etc., dont les Hildebrand de ce monde sont les laquais.

            D’après ce qu’on peut lire dans les médias, Hildebrand a refait sa vie avec Margarita Louis-Dreyfus, née Bogdanova. Là, sans donner outre mesure dans le gossip, ça mérite quand même une petite explication. Cette très belle femme blonde, russe, est une super croqueuse de diamants qui avait réussi à se faire épouser par Robert Louis-Dreyfus, propriétaire d’un empire mondial du négoce : le groupe Louis Dreyfus. De cette union elle a eu trois enfants. Son mmari étant très malade elle est entretemps devenue veuve, et a donc hérité de cet empire mondial. Elle se trouve aujourd’hui la deuxième plus grande fortune de France, juste après Mme Bettencourt.

            Voyez-vous, vous vous trompez en disant que je “ne porte pas dans mon coeur” Philipe Hildebrand. En réalité il m’intéresse et je lui trouve même un certain charme romanesque. Bien entendu je ne lui soupçonne aucune intention calculatrice dans ses stratégies matrimoniales et autres, pas plus qu’à la belle Margarita. Je ne pense pas que je serais capable moi-même d’une telle stratégie, et donc cela m’inspire plutôt une forme d’admiration, comme pour tout ce qui sort vraiment de l’ordinaire. Margareta Bogdanova a voulu se sortir de la vie misérable en Russie au temps de la pérestroïka. Elle s’est intéressée à l’import export, a émigré en Suisse, épousé un premier Suisse-allemand, dont elle divorcé quand elle a rencontré Louis-Dreyfus. Elle n’est pas incompétente pour gérer cet empire, puisqu’elle a travaillé dans l’import-export. Je salue ce parcours admirable. Je tire mon chapeau.

            Ne soyons pas mauvaise langue. C’est évidemment uniquement d’amour qu’il s’agit entre ces deux êtres. Je suis convaincu que ce très bel homme Philipe Hildebrand (ancien champion de natation) et cette très belle femme (Margarita Louis-Dreyfus-Bogdanova ) sont vraiment très amoureux l’un de l’autre. C’est impossible autrement car, qui se ressemble s’assemble. Il est naturel que deux grands prédateurs pareils soient irrésistiblement attirés l’un par l’autre. D’un côté la conquête d’une immense fortune par une reine de beauté, de l’autre un carriériste sans scrupules qui gravit les échelons dorés de la haut finance mondiale, les deux étant issus de milieux modestes, leur rencontre ne peut pas ne pas faire des étincelles.

            Non, je ne déteste pas Philippe Hildebrand. Je le trouve très pittoresque. Il fait penser à quelques uns des plus grands arrivistes de l’histoire. Je regrette seulement qu’il ait fait son succès en se mettant au service de forces financières qui travaillent contre la Suisse et ses intérêts. Mais j’admire l’immense ambition et la performance du personnage.

            Ce qui est très ironique, vous en conviendrez, c’est que ce Rastignac du fric soit présenté par les médias mainstream, plus ou moins de gauche, comme une sorte de héros populaire, chevalier blanc du multilatéralisme et de “l’esprit d’ouverture”. Je rappelle que Hildebrand est socialiste et c’est en tant que membre du parti socilaiste qu’il a été choisi comme président de la BNS. Voilà le plan de carrière d’un beau “socialiste”, preux défenseur des classes populaires… ou gauche caviar, platine, diamant…

  10. la Suisse fut un pays qui comptait en Europe et dans le monde. Elle ne l’est plus malheureusement. cela est démontré notamment par le fait que l’UE ne s’en laisse plus compter comme il y a encore quelques années. La solidarité dans les négociations du Brexit est une première pour l’UE, et sans doute la personnalité de Michel Barnier n’y est pas étrangère. Le monde change et il est effectif que les leviers dont disposait la Suisse ne le sont plus aujourd’hui. La France qui compte encore parmi les plus grandes puissances, même si celle-ci a considérablement diminuée. Aussi, rien n’est plus fort en Europe que le couple Franco-Allemand, quand les deux pays sont gouvernés par des “pragmatiques”. Le pragmatisme qui fut pendant longtemps une caractéristique de la Suisse, ne l’est plus, et c’est sans aucun doute le manque de pragmatisme de la Suisse qui fera, dans l’éventualité ou la Suisse persiste à se renfermer sur elle-même, qu’elle perdra le peu qui lui reste, comme la City de Londres a beaucoup perdue (les sièges financiers et institutionnels en sont partis pour Paris, Francfort ou Düsseldorf… Alors que la Suisse avait tout pour être une place centrale de l’Europe, elle risque de finir comme la Grande-Bretagne. Votre analyse, Monsieur Martin, est exact. Sauf qu’elle ne peut pas être encore intégrée dans un pays dont la culture est fondée sur le compromis et la “formule magique”, alors que dans les tournant de l’histoire il faut être capable de trancher… Sans doute il faudrait à la Suisse un nouveau Général Guisant, sans qui la Suisse serait peut-être devenue allemande en 1940…

    1. Merci beaucoup pour votre temps et surtout la pertinence de votre analyse! Comme vous le relevez fort justement, et on le constate ici, la majorité des Suisses est loin de penser ainsi. C’est dans les crises que l’on compte ses amis et dans notre cas il y a tout lieu de craindre que les doigts d’une main seraient trop nombreux! Cette solitude égoïste m’inquiète autant que l’aveuglement de notre classe politique terrorisée par le peuple souverain et incapable de jouer le rôle de guide. Elle fait comme si nous vivions dans la meilleure des Suisses possibles. Terrifiant!

      1. Je le disait notamment car j’ai une vision extérieure, non emprunte d’intérêt. Je suis français et aime l’histoire, et les conséquences de l’histoire.
        Avec l’Italie du nord et les départements de France voisine, la Suisse a constituée sans aucun doute, par le développement économique de l’arc Alpin-Lémanique un modèle exemplaire pour l’Europe. Ce modèle est à la fois géographique et historique. Aller contre nature représente un risque majeur d’effet boomerang.
        « Le passé doit conseiller l’avenir » Sénèque, 64 ap. JC

        1. Votre commentaire me va droit au cœur! Dans ma jeunesse en effet j’étais fasciné par les idées de Denis de Rougemont (1906-1985), fondateur notamment de l’Union des fédéralistes européens, un des pères aussi du concept de l’Europe des régions. Il aurait été possible de renforcer la construction européenne en promouvant l’unification des grandes régions. Mais en se tenant à l’écart de l’intégration dès 1958 la Suisse porte une lourde responsabilité dans cet échec. Avec ses 3 (4) langues, dont celles parlées en Allemagne et en France, la Suisse aurait dû jouer
          naturellement son rôle dans le processus de réconciliation franco-allemand. Nous connaissons la suite de l’histoire et les rendez-vous manqués. Aujourd’hui encore nous souffrons de cet éloignement historique du concept d’intégration du continent! La majorité des Suisses ne comprend pas que leur sort est indissolublement lié à celui des Européens! Mais restons optimistes: ce qui ne s’est pas fait peut se faire!

          1. Je partage votre optimisme; un optimisme pragmatique:
            “Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité,
            et ils ne voient la nécessité que dans la crise”.
            d’après Jean Monnet, l’un des deux pères fondateurs de l’Europe, bâtie sur l’idée fondamentale de réduire les risques d’un nouveau conflit sur le sol européen…
            Pour l’instant l’histoire donne raison à Monnet et Schuman. 75 ans sans guerre en Europe, une première durant l’ère moderne et contemporaine.

          2. Moi j’aimerais bien qu’on m’explique comment la Suisse pourrait continuer d’exister en tant qu’état souverain et indépendant dans le cadre d’une Europe des régions. Elle serait démembrée entre plusieurs “Interreg”. Je préférerais que la Savoie, la Franche-Comté, la Valteline, le Vorarlberg etc., demandent leur entrée dans la Confédération helvétique, çe qui d’ailleurs les tente fortement… Il y a quelque temps on a annoncé la création d’un mouvement sarde demandant l’adhésion à la Suisse.

  11. La Suisse perd son influence, sa valeur, son indépendance vis-à-vis des GAFAM, sa neutralité, et le citoyen commence à perdre la fierté qu’il avait de son pays !
    Notre problème n’est pas seulement que la Suisse perde de son influence mais plutôt que nous n’avons plus les compétences pour exercer une réelle influence dans le monde. On rigole de la Suisse ! Regardez comment nos amis Français parlent de la Suisse dans les médias ! idem en Allemagne ou en Italie.
    Nous avons un problème avec nos institutions et surtout avec ceux et celles qui les composent !
    Nous choisissons une grande partie de nos conseillers nationaux sans envergure, sans aucune compétence sauf celle d’élire des conseillers Fédéraux en fin d’année.
    Et le résultat est ce qu’il est depuis une quarantaine d’années, celui d’élire des Conseillers Fédéraux sans aucune envergure, sans compétence de vrai homme d’État !
    La liste est longue et la cerise sur le gâteau cette année, c’est d’avoir un président incapable de prononcer un ‘bonjour’ en Anglais.
    Ou cette Madame Keller-Suter qui défend des valeurs d’entreprises privées dans l’exercice de sa fonction en favorisant les fournisseurs « privés » de l’E-Id !
    Ou encore de notre Madame Amherd qui envoie des trouffions dépareillés ne sachant pas marcher au pas chez notre voisin Français le jour de la fête nationale.
    Avec Mademe Keller-Suter elles ont balayé d’un revers de la main le rapport que leurs services ont lu en novembre de la part des services secret Taiwanais sur l’émergence du Covid et des risques imminents !
    Que dire de Monsieur Cassis et de son DFAE ? (j’en dis rien içi car vous le décrivez tellement bien dans vos derniers blogs).
    Et ce Monsieur Maurer qui se plaint de perdre des sous sans discerner la valeur à long terme que ce n’est pas pour un oreiller de paresse (dixit notre président) mais pour maintenir notre économie à flot !’
    Bref, comment voulez-vous que nous redorions note influences avec de tels compétences ?
    Comme on a pu le voir avec le DFAE, les engagements et promotions des fonctionnaires sont faites sur la base de sombres relations de copinages et de corporatisme.
    Comment expliquez vous qu’a la tête de ce département on retrouve l’ancien directeur des Services secrets Suisse qui a été parfaitement au courant de l’affaire Crypto qui a fait d’énormes dégâts d’image à l’étranger et qu’il dit ne rien, ou plutôt qui dit ne rien savoir ?
    Voilà l’image que nous donnons de la Suisse à l’extérieur !

    1. Vous me permettez de contresigner votre message? Merci en tout cas d’avoir pris le temps d’être si clair et si pertinent.

  12. La Suisse est victime d’une nouvelle réalité, le nationalisme.
    La Suisse se dit neutre, mais elle n’est pas perçu comme telle, elle est vu comme une nation européenne.
    L’Afrique ne va pas soutenir la Suisse si elle a le pouvoir de faire se représenter un des siens.
    Et pour l’UE, la Suisse n’est pas européenne.

    Auparavant, être neutre, c’était de manger à tous les râteliers. Maintenant, c’est le choix. Faire des bisous à la Chine, mumuse avec Trump, et arrogant avec l’UE, c’est le moyen de se mettre tout le monde à dos.

    La Suisse à défaut d’entrer dans l’UE, doit diplomatiquement se coordonner avec. Par exemple, en soutenant leurs candidats en échanges de “politesses”.

    Le monde a changé, il est plus agressif, nationaliste, on doit choisir son camp. Il se résume à quelques mots : Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi.

    Notre tessinois est dramatiquement mauvais, pour autant, est-ce que la Suisse a compris que le monde a changé?

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