2028: le DFAE s’y prépare avec une opération de communication

S’il y avait un fil rouge dans la politique d’Ignazio Cassis depuis sa prise de fonction en novembre 2017 ce serait sa volonté de défaire ce qu’avaient fait ses prédécesseurs. Les exemples ne manquent pas. Aussi, confronté à ce qui s’apparente à bien des égards à un champ de ruines, c’est comme s’il avait souhaité se doter d’un corpus idéologique justifiant a postériori sa démarche. Il a chargé à l’automne 2018 un groupe de réflexion, choisi par lui-même et dont la direction n’a curieusement pas été confiée à un Secrétaire d’Etat responsable des politiques mais à son secrétaire général, d’élaborer les « Visions 2028 de la politique étrangère suisse ». Il serait intéressant d’apprendre quels ont été les inputs des collaborateurs du DFAE invités à participer à ce qui fut présenté comme une vaste opération interactive. C’est le résultat de cette réflexion qui a été publié au début juillet de cette année. Si on avait souhaité faire passer ces visions comme chat sur braise, on n’aurait pas pu choisir un meilleur moment que celui où les Suisses bouclent leurs valises pour la plage. Cela n’a pas dissuadé M. Cassis dans son avant-propos de laisser curieusement entendre que depuis le (remarquable) “Rapport de politique extérieure du Conseil fédéral” de 1993, la réflexion s’était tarie au DFAE. Heureusement qu’il n’en fut rien pour la Suisse et pour ses cinq prédécesseurs!

Les “Visions 28” sont un curieux cocktail de grands crus géopolitiques et de produits régionaux sortis du panier de la ménagère. On sent le souci des auteurs de prévenir la critique et de ne rien oublier. Le résultat laisse un arrière-goût, comme une mayonnaise qui n’a pas pris. Pour les grands crus, une partie du papier (12 pages) est consacrée à l’analyse géopolitique. Une sorte de digest des multiples analyses du genre, notamment “Le Monde en 2030” de la CIA, dont un bon étudiant de Sciences politiques aurait pu se charger. Lorsqu’on arrive au plat de résistance (30 pages), à ce que devrait être notre politique en 2028, en fonction des grandes tendances présentées, on n’évite pas le piège facile de laisser entendre qu’elle devrait être “mieux définie qu’auparavant”, “davantage ciblée, interconnectée et réactive”, bref bien meilleure que celle des deux dernières décennies. Sinon à quoi bon produire un rapport de 50 pages, si c’est pour proposer de continuer une bonne politique ?

Le problème est que sur les six points de la vision proposée cinq sont des évidences qui constituent au moins depuis 1993 le fonds de commerce du DAE : 1.”intérêts et valeurs”, 2. “liens entre politique extérieure et intérieure”, 3. “services aux citoyens et aide à l’économie”, 4. “politique de paix et bons offices”, 6. “consolidation de la voie bilatérale avec l’UE”. Seules “les nouvelles technologies” (5) ne pouvaient guère figurer dans le rapport de 1993 ! Très heureusement, la coopération et la politique de paix restent quasiment en l’état dans un emballage un peu nouveau qui permet de faire croire à des modifications fondamentales. Pour le reste, on semble plutôt enfoncer allégrement des portes ouvertes ou on répète de vieux poncifs, notamment la référence à la Constitution fédérale qui figure dans toutes les stratégies depuis 1993, tout en faisant comme s’il s’agissait de l’œuf de Colomb. Comme on le verra ci-dessous, certaines propositions pourraient se révéler dans le meilleur des cas irréalisables, alors que d’autres pourraient être dangereuses à l’usage tant elles fleurent bon le populisme.

La politique extérieure est de la politique intérieure. Belle formule mais M. Cassis ne l’applique pas. Il n’a pas suivi par exemple le Parlement lui demandant de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Ce refus écorne d’autres principes mis en exergue dans les « Visions 28 » : «crédibilité, continuité, fiabilité et réputation » d’une Suisse qui « respecte ses engagements » sur la scène internationale mais aussi nos valeurs et notre engagement pour la paix comme notre volonté de résister aux pressions d’où qu’elles viennent. Le multilatéralisme est célébré … du bout des lèvres mais M. Cassis a refusé l’Accord sur les migrations (« soft law »), obtenu par notre ambassadeur à New York après des mois de négociations. Au lieu de défendre plus que jamais le multilatéralisme, on semble plutôt nous préparer à nous adapter au retour des durs rapports de forces entre puissances.

Les « Visions 28 » se perdent sur des chemins de traverse qui ne sont pas du ressort du DFAE. L’écologie, l’environnement et le changement climatique sont du ressort de l’Office Fédéral de l’Environnement. Il en va de même du volet technologique, où les dossiers internationaux sont traités par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation. Les migrations sont l’affaire du Secrétariat d’Etat aux Migrations. Les dossiers économiques sont du ressort du Secrétariat d’Etat à l’économie. Au lieu de vouloir marcher sur les platebandes des autres le DFAE serait bien conseillé de bien faire son travail qui est de veiller à une prise en compte équilibrée et cohérente de nos relations avec les acteurs internationaux. La récente affaire Pilatus-Arabie Saoudite a montré qu’il y avait encore une sérieuse marge de progression dans ce domaine.

La proposition de consulter la base est une fausse bonne idée et de surcroît dangereuse. Quelle politique étrangère pourrait sortir d’« un tour de Suisse des salles communales de Genève à Appenzell » ? Avec tout le respect que l’on doit à la vie associative, une telle approche n’entraînerait que confusion et blocages. Elle ouvrirait par ailleurs la porte au populisme démagogique. Notre Constitution a tout prévu avec la démocratie directe. Pourquoi inventer de nouvelles avenues? En outre, nos diplomates, au lieu d’aller à la rencontre des citoyens, ce qui est le rôle des politiques, ont mieux à faire en redoublant de travail au front.

Si les « Visions 28 » soulignent que « le personnel constitue le principal capital de la politique étrangère », la réalité est différente. De nombreux collaborateurs ont l’impression de ne plus opérer dans un environnement favorable. Certains en ont tiré les conclusions et ont répondu aux offres de l’ONU. Même si officiellement le DFAE se félicite de ces départs, il serait bien conseillé de s’interroger sur leurs vraies raisons, d’autant plus qu’ils ne sont pas le fruit d’une politique du personnel proactive et volontariste de sa part.

Conclusion :
Il serait étonnant que les « Visions 28 » restent dans l’histoire. Malheureusement ou heureusement, on les aura oubliées à l’échéance. Seuls les historiens pourront les confronter au monde de 2028. Au fond, comme la plupart du temps, elles n’engagent que leurs auteurs. Tout au plus sera-t-il intéressant, au cas où M. Cassis souhaite mettre en œuvre certaines idées novatrices mais problématiques, de voir les réactions des Départements concernés et aussi du Conseil fédéral ! Mais probablement on n’arrivera pas jusque-là. Si le diable est dans les détails, la mise en oeuvre des ces visions, sur laquelle le papier reste muet, est loin d’être un détail ! Au fond, ces “Visions 2028”: une simple opération de communication sans lendemain?

L’Autriche sauve l’honneur de la Suisse

La diplomatie nucléaire multilatérale sort d’un agenda diplomatique plutôt chargé. Ce furent d’abord à New York les deux semaines de la Conférence du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Ensuite la décision de l’Iran de suspendre certaines clauses du JCPOA (accord signé en 2015 avec les USA, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne), comme le traité l’autorise en cas de manquement à ses obligations par une autre partie. Et des manquements, il y en a eu avec la sortie unilatérale des USA du JCPOA en 2018, l’imposition de nouvelles sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et la suspension des exemptions américaines à l’achat de pétrole iranien, ce qui correspond de facto à un embargo pétrolier.

Ces développements sont inquiétants. Comme le sont les orientations que prend la Suisse dans sa politique nucléaire. Ses déclarations lors de la récente Conférence du TNP, accessibles sur le site de l’ONG Reaching Critical Will (http://reachingcriticalwill.org/disarmament-fora/npt/2019/statements), sont révélatrices. Quatre exemples :

• Dans aucune de ses déclarations la Suisse a mentionné le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), dont elle a pourtant soutenu l’adoption en 2017, mais que le Conseil fédéral refuse toujours de signer malgré l’injonction du Parlement. L’absence de cet élément-clé donne l’impression que la délégation suisse s’est trompée d’année, voire de conférence ! Elle témoigne d’un alignement toujours plus prononcé de la Suisse sur les Etats dotés de l’arme nucléaire. En effet, ne pas mentionner le TIAN fait le jeu de ces derniers qui veulent passer le traité sous silence. Ce faisant, la Suisse perd encore un peu plus de sa crédibilité pour jouer un quelconque rôle dans ce dossier. Si l’on veut en effet trouver une véritable référence à la politique humanitaire liée au désarmement, il faut aller la chercher dans la déclaration autrichienne. C’est en effet l’Autriche – et non la Suisse – qui salue l’engagement du CICR et de ICAN (Prix Nobel de la Paix en 2018), deux organisations basées à Genève et déterminantes dans le soutien au TIAN. Au moment où M. Cassis fanfaronnait sur son compte twitter à l’occasion du 100ème anniversaire de l’ONU à Genève, c’est l’Autriche qui défendait, à notre place, à New-York la tradition humanitaire de Genève ! Le monde à l’envers ! Si l’on se souvient que c’est la Suisse qui avait lancé, il y a près de dix ans, l’approche humanitaire ayant abouti au TIAN, notre manque de courage et de vision politiques ne peut que surprendre.

• En matière de désarmement nucléaire, la Suisse « appelle les États dotés de l’arme nucléaire à faire avancer leurs discussions sur l’amélioration de la stabilité stratégique ». Cette formulation digne de la guerre froide intrigue. Signifie-t-elle que la Suisse soutient un accroissement de l’arsenal nucléaire de la Chine, pour qu’elle arrive à la parité avec les USA ou la Russie ? En introduction de son rapport sur le TIAN, le groupe d’experts de l’administration fédérale avait pourtant rappelé que « la Suisse souscrit à l’objectif d’un monde exempt d’armes nucléaires ». Comment vouloir atteindre cet objectif tout en conservant, voire en améliorant, la stabilité stratégique donnée par l’arme nucléaire ? L’un devrait exclure l’autre. Dans ses positions antérieures, la Suisse s’était toujours opposée au maintien du statu quo stratégique, puisqu’elle voulait un monde sans armes nucléaires. Or cet objectif a disparu des déclarations suisses de cette année ! On peut logiquement se demander si leurs auteurs sont conscients de cette contradiction.

• Toujours sous l’angle du désarmement nucléaire, la Suisse pense que « lancer un débat sur l’amélioration de l’environnement international afin de faire progresser le désarmement nucléaire peut avoir une valeur-ajoutée ». La déclaration fait référence à l’initiative « Conducive Environment for Nuclear Disarmament » lancée par les USA. Or, ce type d’initiative est un piège permettant à son initiateur de démontrer ses « efforts » de désarmement, alors qu’aujourd’hui pas plus les USA que les autres Etats nucléaires ne veulent désarmer. Comment en effet les USA entendent-ils créer un environnement favorable au désarmement en dépensant près de 450 milliards de dollars dans la décennie à venir pour leur arsenal nucléaire, en méprisant leurs engagements multilatéraux de désarmement (retrait du JCPOA avec l’Iran, de l’INF avec la Russie (Accord sur les missiles à courte et moyenne portée), de l’ATT (Traité sur le commerce des armes conventionnelles) et en envoyant un porte-avion dans le Golfe Persique ?

• Pour terminer sur le thème du désarmement nucléaire, la Suisse marque enfin son intérêt à soutenir la « réflexion » là où elle pense déceler des possibilités de « progrès ». Elle cite à cet effet « la vérification dans la promotion du désarmement nucléaire ». Or ce type de coopération souffre d’un défaut rédhibitoire : les Etats non-dotés de l’arme nucléaire, comme la Suisse, ne maîtrisent pas les technologies liées à cette arme et ne peuvent donc rien apporter aux Etats dotés que ceux-ci ne connaissent déjà. Ici aussi nous devrions être plus clairvoyants et ne pas jouer les supplétifs des Etats dotés.

La Suisse a raison de revendiquer un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. L’expérience pourrait être passionnante à condition de rester nous-mêmes, fidèles à nos valeurs. En revanche, s’il s’agit de jouer les caniches des grandes puissances mieux vaut y renoncer ! Nous ne servirions ni les intérêts de la communauté internationale ni les nôtres !

“Sweden is not Switzerland Mr. Cassis”

La confusion entre la Suède et la Suisse est si commune aux Etats-Unis qu’elle ne fait plus rire. Elle avait un jour coûté son poste bernois à un pauvre ambassadeur désigné qui avait annoncé à la commission du Sénat qui devait confirmer sa nomination qu’il s’était déjà mis à l’étude …  du suédois! Plus récemment, Wall Street avait orné sa façade d’un magnifique drapeau suisse pour célébrer l’entrée en bourse de l’entreprise suédoise Spotify.

Désespérément à la recherche d’arguments pour ne pas signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TPNW), le DFAE est à son tour victime, sans doute volontaire, de cette confusion. Il brandit comme un trophée de chasse le rapport suédois, récemment publié, expliquant les raisons de la monarchie scandinave de ne pas signer le traité:

https://www.regeringen.se/48f047/contentassets/55e89d0a4d8c4768a0cabf4c3314aab3/rapport_l-e_lundin_webb.pdf.

On aurait pu suivre l’exemple de l’Autriche, un pays neutre comme nous, qui l’a signé. Trop facile mais surtout contreproductif! Puisqu’il fallait trouver des raisons pour justifier un acharnement difficilement compréhensible, son administration n’a pas eu peur, une nouvelle fois, d’envoyer Ignazio Cassis au casse-pipe, à l’Heure des questions de cette semaine au Conseil National. On avait glissé dans son cartable une fausse bonne argumentation sous forme d’arme de persuasion massive: la Suède. L’auteur de la question, le Conseiller national Carlo Sommaruga, a failli s’étrangler, en déduisant que la Suisse était dorénavant “aux ordres de Stockholm”.  En réalité, une fois la baudruche dégonflée, on est en droit de s’interroger sur la bonne foi du DFAE. A-t-il compris le rapport suédois, l’a-t-il lu attentivement, ou a-t-il intentionnellement sélectionné les éléments convenant à son approche anti-TPNW, en omettant les passages-clés expliquant la décision suédoise?

Il ressort en effet du rapport suédois que les motifs expliquant la décision de Stockholm de ne pas signer le TPNW ne s’appliquent pas au cas de la Suisse pour trois raisons au moins:

p. 45 du rapport (v. lien ci-dessus) “vu sa proximité avec une Russie qui est redevenue dangereuse (occupation de la Crimée et conflit du Donbass), la Suède se trouve dans une situation géostratégique particulièrement exposée. Pour cette raison, elle a développé des ambitions élevées en termes de coopération militaire avec l’OTAN et l’UE.” Ce cas de figure ne s’applique pas du tout à la Suisse, ni s’agissant de sa position géostratégique ni, surtout, de sa coopération militaire avec l’OTAN ou l’UE.

page 46: “la signature par la Suède du TPNW empêcherait une possible adhésion de la Suède à l’OTAN”. La Suisse n’envisage pas de devenir membre de l’OTAN! Sauf si une information essentielle nous aurait échappé!

page 52: “interdisant l’arme nucléaire, le TPNW interdit par conséquent le concept de parapluie nucléaire. L’adhésion de la Suède au TPNW serait donc perçue comme une critique fondamentale du “Strategic Concept” adopté par l’OTAN pour l’ensemble des Etats scandinaves et qui est bâti sur la dissuasion nucléaire. La Suède ne peut pas se permettre de remettre en question ce “Strategic Concept”. La Suisse, en raison de son statut de neutralité permanente, ne peut se placer sous l’abri d’une coalition militaire et encore moins d’un parapluie nucléaire. D’ailleurs, en cas de guerre à large échelle sur le continent européen, le concept de parapluie nucléaire ne servirait probablement à rien, car nous aurions certainement déjà des engagements d’armes nucléaires de part et d’autre de nos frontières, ce qui aurait comme conséquence une Suisse vitrifiée comme ses voisins … avec ou sans parapluie nucléaire !

N’est-ce pas induire les Parlementaires en erreur, délibérément ou pas, que de passer sous silence l’information essentielle que le non suédois au TPNW ne signifie pas un jugement global négatif des mérites du traité mais qu’il est la résultante d’une réflexion sur les intérêts spécifiques suédois, qui ne sont pas les nôtres?

Plutôt que d’errer en Scandinavie à la recherche de mauvais arguments justifiant une mauvaise décision, le DFAE serait bien conseillé de reprendre ses esprits et d’écouter le Secrétaire Général des Nations-Unies, Antonio Guterres, à l’extérieur de nos frontières, ou le Président du CICR, Peter Maurer, qui nous conseillent d’adhérer au TPNW pour renforcer la paix. Abandonner l’idée saugrenue de lancer une procédure de consultation inutile et proposer au Conseil fédéral de signer et ratifier sans tarder le TPNW permettraient à la Suisse de participer à la prochaine Conférence de préparation du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) en ayant retrouvé son statut et ses valeurs d’Etat engagé en faveur du désarmement nucléaire.

“No Mr Cassis Switzerland is definitely not Sweden” lorsqu’il s’agit d’armes ou de parapluie nucléaires en tout cas. Par contre, vous pouvez prendre sans hésiter exemple sur le royaume en matière de droits de l’homme, comme récemment au Conseil des droits de l’homme, lorsque vous avez refusé de signer une déclaration conjointe initiée par l’Islande en faveur des femmes saoudiennes. La faute au calendrier, pas la vôtre: c’était le 8 mars dernier …. Jour des femmes! La malchance colle parfois à la peau comme un sparadrap.

Agissez contre la bombe Madame la Secrétaire d’Etat!

Par la bouche de l’ancienne Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey la Suisse s’est exprimée ainsi: “L’arme nucléaire est inutilisable, immorale et illégale. La Suisse est d’avis que nous devrions avoir l’ambition d’aller plus loin et de développer une vision qui va au-delà de cette conférence, notamment dans le domaine du désarmement. Il s’agirait de dépasser certaines notions de recours à l’arme nucléaire. Perpétuer la doctrine de dissuasion nucléaire revient en fait à continuer de jouer de façon irresponsable avec le futur de l’humanité”. C’était en juin 2010 à New-York devant la Conférence de suivi du traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

Sept ans plus tard, le monde a entendu l’appel de notre représentante et s’est doté d’un Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Adopté en 2017, il est ouvert à signature et ratification. Aujourd’hui, 70 Etats l’ont signé et 22 ratifié. Le Traité entrera en vigueur 90 jours après la cinquantième ratification.

Le Conseil fédéral, sur proposition du DFAE,  a refusé en 2018 de le signer. Dans une réaction sans beaucoup de précédents, les deux Chambres de notre Parlement, à l’initiative du Conseiller national Carlo Sommaruga, ont enjoint le gouvernement de le signer et le ratifier. L’injonction est institutionnellement et juridiquement  non contraignante mais politiquement elle l’est. L’avis du représentant du peuple souverain doit être pris en compte. Nous sommes au cœur de la politique intérieure si chère à Ignazio Cassis.

Le DFAE a été chargé de préparer une nouvelle proposition au Conseil fédéral pour mettre en œuvre la volonté des deux Chambres du Parlement. Or les signaux sont inquiétants voire alarmants. Au lieu de reconnaitre s’être trompé et faire contre mauvaise fortune bon cœur, le DFAE semble tergiverser et chercher des solutions pour renvoyer la signature et la ratification du traité aux calendes grecques. L’arme massive de la consultation serait privilégiée pour gagner du temps. Or la consultation est au cœur du système de concordance suisse et à ce titre ne doit pas être utilisée comme une arme de division mais comme un art de rassemblement. Lorsqu’elle est utilisée pour contrecarrer le fonctionnement démocratique elle ne joue clairement plus son rôle.

Si “la guerre! c’est une chose trop grave pour la confier à des militaires”, comme l’a déclaré Clémenceau en 1887, la guerre nucléaire est trop inquiétante pour laisser à des fonctionnaires le loisir de se mettre en travers d’un instrument international. La société civile doit se mobiliser et exercer une pression maximale pour soutenir notre Parlement et amener le DFAE à faire tout simplement ce qu’il aurait dû faire dès le début: proposer au Conseil fédéral de signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Prétendre qu’on ne pourrait pas le faire sous prétexte que les puissances nucléaires ne le font pas, équivaudrait à prétendre qu’il est impossible d’imposer une loi sur la circulation routière tant qu’il y aura des chauffards.

Madame la Secrétaire d’Etat ne prenez pas devant l’histoire la responsabilité de rompre la longue tradition humanitaire de la Suisse! Proposez de signer et ratifier ce traité sans tergiversation. Vous prendriez ainsi place dans la liste des serviteurs de l’Etat qui ont fait de la Suisse le modèle qu’elle est à bien des égards. Sinon….vous avouerez que l’alternative est guère reluisante et ne mérite pas d’être exprimée.   

 

Il faut sauver le soldat Cassis!

Lorsque la courbe d’insatisfaction monte à des hauteurs stratosphériques et que celle de la popularité s’effondre dans des profondeurs abyssales un homme politique est incontestablement entré dans une zone de turbulence….même dans la tranquille Helvétie. Au moment de son élection, il y a un peu plus d’an an, Ignazio Cassis avait pourtant été accueilli avec bienveillance. Après plus de 20 ans d’absence, le moment semblait en effet venu pour le canton du Tessin d’être à nouveau représenté au gouvernement. Les valses-hésitations contradictoires dont il s’était fait l’auteur durant la campagne avaient surpris. On les avait mises sur le compte de son manque d’expérience.

Ses premiers pas à la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), ou plutôt ses faux pas, ont surpris plus d’un avant d’inquiéter les autres. Après ses déclarations étonnantes sur l’UNWRA, sa remise en cause abrupte des mesures d’accompagnement de nos accords avec l’UE ont même amené le Chef du PS à s’inquiéter que la politique étrangère de la Suisse soit dirigée par un “apprenti”. Il ne tenait qu’au PS de reprendre le DFAE lors de la dernière rocade mais Alain Berset a malheureusement privilégié un autre scénario plus personnel! Ignazio Cassis avait annoncé, avant son élection, un “reset” dans nos relations avec Bruxelles. Or, son seul reset fut d’enlever les responsabilités européennes à la Secrétaire d’Etat en fonction et de les confier à un nouveau Secrétaire d’Etat. Bien lui en a pris aux vues des résultats! Pour le reste, le nouveau ministre n’a pas réussi à convaincre une majorité du gouvernement d’approuver le projet d’accord-cadre soumis en ce moment-même à un processus inédit de consultation. Les couacs se sont poursuivis avec la décision de refuser la signature et la ratification du Traité d’interdiction des armes nucléaires, retoquée par les deux Chambres du Parlement, et du Pacte mondial sur les migrations. Des déclarations ambiguës ont aussi suivi, comme celle sur la nécessité de réformer le multilatéralisme après des entretiens à Washington avec des interlocuteurs aussi peu recommandables sur cette question que Mike Pompeo, son homologue américain, et John Bolton, le très “hardliner” Conseiller à la sécurité nationale de D. Trump ou celle récemment, devant le Conseil des droits de l’homme, sur “notre devoir de lutter pour les droits humains…mais aussi de nous concentrer sur l’essentiel” (?)! L’insatisfaction et les inquiétudes concernant les ruptures de cohérence voire les volte-faces de la politique étrangère suisse sont aussi allées croissantes à l’intérieur même du DFAE. Bref, aujourd’hui le malaise semble être évident à l’extérieur comme à l’intérieur de la maison.

A ces questions de fond vient s’ajouter un récent sondage d’opinion (Sotomo, 02.2019) qui voit notre ministre des affaires étrangères terminer bon dernier du classement avec plus de 70% d’opinions défavorables combinées. C’est du jamais vu pour un Conseiller fédéral si peu de temps après son élection. Les premières voix critiques, encore anonymes, se font entendre dans son propre camp libéral-radical! Il n’est jamais bon pour un pays que son premier représentant à l’étranger soit contesté et fragilisé à l’intérieur.

On ne peut s’empêcher de comparer le lent et apparemment inexorable processus de décrédibilisation dont souffre aujourd’hui Ignazio Cassis à celui qui avait lentement prétérité puis pourri le mandat de Pierre Aubert son lointain prédécesseur socialiste (1978-1987), au point de le mettre quasiment hors-jeu ainsi que son Département. Le risque de devenir inaudible, quoique l’on dise ou fasse, menace. La comparaison entre les deux magistrats ne s’arrête pas là, puisqu’Ignazio Cassis, sur un plan personnel, semble manifester dans ses contacts la même chaleur humaine que son prédécesseur. Un aspect de sa personnalité qui le distinguerait positivement de son dernier prédécesseur tessinois.

Pris dans les courants descendants, comme un plongeur, un homme politique doit s’en dégager. Pour se relancer, le chef du DFAE serait bien conseillé de resserrer et de concentrer le sommet de sa hiérarchie. Il devrait se laisser inspirer par l’excellence de la gestion du dossier européen et confier l’ensemble de la diplomatie helvétique à son architecte, le Secrétaire d’Etat aux affaires européennes. En lui confiant les relations bilatérales avec les pays européens, il a déjà franchi un pas significatif dans cette direction. Le DFAE a rarement connu de direction bicéphale et n’a rien à gagner d’une concurrence au sommet. Par ailleurs, cette concentration permettrait aussi une économie d’échelle importante au niveau salarial, toujours bienvenue en période d’économie. Mais c’est surtout la cohérence qui y gagnerait. Il resterait bien sûr ensuite au ministre à faire plus confiance à cette direction renforcée qu’à ses intuitions, comme c’est déjà visiblement le cas pour les affaires européennes, dans lesquelles, à l’exception notoire de ses déclarations dévastatrices sur les mesures d’accompagnement, les dérapages ont été rares.

Il y va de l’intérêt de la Suisse de sauver le soldat Cassis même contre lui-même!  

 

Charybe climatique ET Scylla nucléaire?

Ne sommes-nous pas tous autant que nous sommes coresponsables du chaos qui règne sur la planète où que l’on se tourne (politique, économique, environnemental)? D’ailleurs sommes-nous réellement choqués par un système aberrant qui rend les pauvres toujours plus nombreux et toujours plus pauvres, les riches toujours plus riches, qui porte des atteintes de plus en plus irréversibles à l’environnement et qui favorise la course aux armes notamment nucléaires, qui permettent déjà d’assurer plusieurs fois la destruction du continent européen et de rendre impossible toute vie sur la planète? Au lieu d’empoigner ces problèmes de survie, de se les approprier pour mieux les combattre, les peuples, à commencer par les plus favorisés, détournent les yeux, se renferment sur eux-mêmes et portent au pouvoir des politiciens démagogues dont le seul programme est d’encourager leurs peurs, de leur faire croire qu’ils sont seuls au monde et de renforcer leur tendance au repli identitaire, égoïste et finalement suicidaire. Ne croyons pas que la Suisse échappe au mouvement !

N’est-pas cette ancienne, classique et fausse distinction entre la politique intérieure, qui serait la seule utile donc digne d’intérêt, et la politique extérieure, souvent perçue comme inutile voire un jouet pour occuper les cocktails de diplomates oisifs, qui entretiendrait l’illusion toxique de croire qu’un peuple heureux serait un peuple qui n’a pas de politique étrangère? La mondialisation marchande triomphante profite comme jamais dans l’histoire humaine à un nombre toujours plus réduit, au détriment de l’immense majorité qui s’appauvrit d’année en année. On assiste parallèlement à un phénomène d’hyper-fragmentation qui dresse les groupes humains les uns contre les autres, pauvres contre riches bien sûr mais aussi pauvres contre pauvres et riches contres riches! Le paradoxe n’est qu’apparent, puisque, sans un système de répartition agréé juste et équitable, la lutte pour accéder à un gâteau décroissant sera de plus en plus féroce entre un nombre croissant de candidats. Même de grandes entités, comme l’Union Européenne, risquent d’être emportées par cette vague identitaire. Les profiteurs de la mondialisation se rendent-ils compte que, faute d’en faire profiter l’ensemble de l’humanité, ils pourraient ne plus en profiter seuls bien longtemps?

Si la politique intérieure est l’art d’optimiser l’adéquation entre les besoins d’une population et les ressources budgétaires disponibles dans un pays, la politique extérieure ne devrait avoir d’extérieure que le nom puisqu’il s’agit d’assurer la même adéquation au niveau de la planète. La planète serait-elle une entité extérieure?  Bien sûr que non et les jeunes l’ont rappelé récemment encore dans les rues de nos ville: elle est notre bien commun et il n’y a pas de planète B.

Les menaces climatiques et nucléaires sont accrochées au-dessus de nos têtes comme deux nuages mortels. Or, l’actualité n’est guère encourageante. Après être sorti de l’Accord de Paris sur le climat, D. Trump a annoncé qu’il en fera de même s’agissant du traité INF (Intermediate-range nuclear forces treaty) signée en 1987 par Reagan et Gorbatchev, pour mettre un terme à la crise des SS-20 soviétiques des années 80. Le président américain a d’ores et déjà annoncé la repise de la course aux armements. La Russie pourrait en faire de même!

Suisse ressaisis-toi!

La petite Suisse n’est pas irréprochable non plus. On se souvient qu’à la fin 2018 les Commissions et les plénières des deux Chambres de notre Parlement, dans un geste sans beaucoup de précédents, avaient retoqué le Conseil fédéral, lui demandant de signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (v. un de mes Blogs précédents). Les actuels signaux en provenance du DFAE, à l’origine de la décision aberrante du gouvernement de tourner le dos à des années d’engagement contre l’arme nucléaire, ne sont pas très encourageants. Au lieu de faire contre mauvaise fortune bon cœur, les mauvais perdants de notre ministère des affaires étrangères sembleraient essayer de faire l’inventaire de tous les arguments possibles pour, dans le meilleur des cas, repousser à plus tard la signature du traité, qui ne serait qu’une option parmi d’autres (?), voire, dans le pire, l’exclure. Ils ne proposeraient même plus de ratification. Espérons qu’Ignazio Cassis, humilié en l’occurrence devant ses collègues du gouvernement et le Parlement, ait compris la leçon, donne les bonnes instructions et veille à ce qu’elles soient suivies! En effet, selon icanw.org, 70 pays ont signé le traité adopté en 1987 et 21 l’ont ratifié (50 nécessaires pour l’entrés en vigueur). L’attitude de la Suisse, à l’origine avec d’autres du traité, sera décisive parce qu’elle est observée. Lorsqu’elle a refusé de signer, le rythme des signatures a considérablement ralenti. L’OTAN a contrario l’a présentée comme un trophée de chasse inespéré.

Puissent ces signaux être contredits dans les faits. La Suisse n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle se situe à la hauteur de ses traditions humanitaires mais retrouve sa vraie taille, très petite, lorsque, pour des intérêts mal compris, elle joue les supplétifs ou les trophées de chasse d’un camp, foulant au pied au moins l’esprit de sa neutralité. Suivant les vœux du Parlement, il est enfin temps qu’elle rejoigne son camp naturel.

Le mitage et les cornes de nos vaches sont bien sûr importants mais que restera-t-il de nos beaux paysages et de nos admirables vaches si des catastrophes climatiques et nucléaires globales rendent impossible toute vie sur la planète? Chaque citoyen doit se persuader qu’il n’y a plus de politique qui lui soit étrangère! A chaque génération ses combats. La mienne a rempli les rues contre l’arme nucléaire (“Lieber rot als tot”). Celles d’aujourd’hui le font pour le climat. Elles seraient bien conseillées de s’occuper aussi du nucléaire!

Si le pire, heureusement, n’est jamais certain, en revanche, à force de marcher au bord du gouffre, nous pourrions bien finir par perdre l’équilibre.   

 

 

Suisse-UE ou le syndrome du peuple/enfant-roi

La démocratie directe ou semi-directe à la mode suisse est le meilleur système politique à l’exclusion de tous les autres. Ce n’est pas le moment de cracher dans la soupe, au moment où de plus en plus de peuples, à défaut de leurs dirigeants, nous l’envient. Il n’est toutefois pas parfait, pourquoi le serait-il? On peut y relever des effets indésirables. Au fil des décennies, une relation ambiguë et complexe s’est installée entre le peuple et la classe politique dans son ensemble. Si le premier est le souverain absolu, la deuxième devrait faire preuve de courage et n’avoir de cesse qu’elle ne le persuade de la justesse de ses décisions et de ses propositions. Cette interrelation est à la fois la base de notre système et la garante de son bon fonctionnement. Imaginons un instant un peuple devenu lunatique et irresponsable et une classe politique qui aurait peur de son ombre et n’oserait plus rien lui proposer de crainte d’être désavouée. On se retrouverait en plein syndrome du peuple/enfant-roi. Un peuple usant, abusant et jouant de sa souveraineté absolue, s’amusant à faire peur à ses élus et des élus tétanisés n’osant plus rien lui proposer de peur de le mettre en colère. De surcroît, si l’enfant-roi ne peut changer de parents, le peuple-roi suisse, lui, peut contredire et renvoyer ses élus comme bon lui semble. Nous ne sommes pas loin de vivre cette dérive pathologique du système en politique étrangère.

Si le gouvernement propose la construction d’un tunnel et le peuple le désavoue, il n’y a pas le feu au lac et la vie suivra son cours. De même, pour l’achat d’avions de combat, une énième révision de l’AVS, voire l’augmentation du prix de la vignette autoroutière. Chaque fois le peuple, plus ou moins en connaissance de cause, vu qu’il subira directement les conséquences de son choix, pèse le pour et le contre d’une acceptation et d’un refus et se décide. En politique étrangère, rares sont les décisions qui ont un impact direct, immédiat et tangible pour le peuple. Dès lors l’adrénaline, les émotions et les hormones remplacent souvent la raison. Parfois tout est bien qui finit bien, comme dans le cas de l’adhésion dans la douleur aux Nations-Unies, mais dans le contexte de nos relations compliquées avec l’UE, les émotions et la raison jouent au chat et à la souris!

Depuis 1992 et l’échec de l’EEE, nos politiques ont intériorisé les réticences profondes du peuple à l’égard de l’intégration européenne. Avec les Bilatérales ils pensaient avoir trouvé la panacée universelle. Or, elles vieillissent aussi et, pour certaines, se rapprochent de leur date de péremption. Pour y remédier, l’UE ne nous laisse plus le choix. Un remake du passé est exclu. On a compris à Bruxelles que chaque cadeau qui nous a été fait non seulement ne nous a pas rapprochés d’une adhésion mais nous en a éloignés. Désormais, seul un accord global qui assurerait une reprise, quelles qu’en soient les modalités, automatiques ou dynamiques (!), du développement du droit européen entre en ligne de compte. Cette modification, apparemment anodine, des rapports aurait une incidence profonde sur nos relations avec l’UE. Le peuple l’a compris et les élus aussi. D’où les comportements étranges que l’on observe dans la classe politique. On a compris que ce n’était plus possible de faire croire au peuple que l’affaire est du même acabit que les objets qui lui ont été soumis avec succès au cours des dernières décennies sous l’appellation “renforcement de la voie bilatérale”. Avec l’accord dont il est question on entrerait dans une autre dimension. Le temps de l’homéopathie serait révolu. La médecine deviendrait plus lourde! La peur des élites, gouvernement compris, face aux réactions du peuple tend à devenir panique. Elle n’est jamais bonne conseillère et paralyse.

Le président Ueli Maurer, quant à lui, à Davos ne réprime pas sa satisfaction d’être “un président faible à la tête d’un peuple fort!” On peut le croire honnête. Le ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis bat la campagne en répétant que la politique étrangère  est essentiellement de la politique intérieure, comme si un chat pouvait devenir un chien à force de le répéter. Dans son cas, en qualité de ministre des affaires étrangères, c’est soit un signe d’aveuglement soit un parti pris avec les résultats que l’on sait au cours des derniers douze mois. En attendant, le peuple s’amuse face à ce grenouillage peu compréhensible. Il sait la panique qu’il provoque chez ceux qui n’osent pas lui poser la Question, par peur de recevoir un refus.

Le Conseil fédéral tente pour surmonter ses divisions de fuir dans la non-décision. Quelques mois de gagnés, guère plus. Qu’attend-il de la consultation qu’il a initiée? Un petit oui? Difficile à l’imaginer! Un grand non qu’il transmettrait à Bruxelles, comme un petit messager, et derrière lequel il pourrait cacher son irrésolution et ses divisions? Tous ces atermoiements ne font que prolonger la confusion. Le temps est arrivé de demander au peuple ce qu’il veut. Ne pas le faire par peur d’une réponse négative ne peut être une solution. De toute façon, le temps presse et Bruxelles est maîtresse des horloges, plus nous. Si le peuple approuve le projet d’accord, ce qui est peu probable en l’état, la voie sera dégagée, s’il refuse, on entrerait dans une zone inconnue, avec l’avantage que ce serait le peuple qui l’aurait souhaité. Comme c’est jamais la fin de l’histoire, il aurait toujours, s’il le souhaite, la possibilité de corriger plus tard sa décision, une fois qu’il aurait reconnu, le cas échéant, s’être trompé. Notre démocratie est solide parce qu’elle est faite de reculs et d’avancées, de décisions et de corrections soutenus par une majorité de la population.

Il faut donc en finir avec le syndrome du peuple/enfant-roi qui nous conduit nulle part. Il déresponsabilise notre peuple, qui comprend qu’on le pourrit et le gâte pour qu’il ne grandisse pas, et paralyse les élites politiques qui ne remplissent plus leurs fonctions de conduite. Le Conseil fédéral aura beau s’y reprendre autant de fois et aussi longtemps qu’il le souhaite, il ne parviendra jamais à faire prendre au peuple des vessies pour des lanternes! Qu’il ait la volonté de surmonter ses divisions et le courage de défendre son projet devant ce peuple qu’il semble craindre.     

 

2018 : année des cactus pour la diplomatie suisse

« Dans leurs têtes, il y a des cactus
Dans leurs intentions il y a des cactus
Dans leurs déclarations il y a des cactus
Dans leurs décisions il y a des cactus
Aïe aïe aïe !
Ouille »

Depuis douze mois, la diplomatie suisse a redonné une nouvelle jeunesse, plutôt inattendue, au tube des Sixties, écrit par Jacques Lanzmann et interprété par Jacques Dutronc, que l’on pourrait paraphraser ainsi !

Et pourtant tout avait été imaginé et rêvé autrement.

Le temps des cerises et des …promesses

L’arrivée d’un nouveau chef est généralement associée avec des sentiments positifs. On parle d’un «état de grâce », d’un nouveau départ. On souhaite de fraîches impulsions, après les inévitables années routine du prédécesseur. On s’attend à de nouvelles idées pour débloquer les nœuds devenus gordiens à force de ne pas avoir été défaits. Il n’en fut pas autrement avec l’arrivée d’Ignazio Cassis à la tête de la diplomatie suisse ! Non pas que ses origines cantonales suffisaient à elles seules à augurer des lendemains qui chantent. Après tout, le dernier Conseiller fédéral Tessinois à avoir dirigé le DFAE, pendant 6 ans et 29 jours, figure aussi sur la liste très exclusive des chefs de département dont les démissions ont été célébrées à l’interne avec une joie égale, voire supérieure aux frustrations et aux souffrances qu’ils avaient fait endurer à leurs collaborateurs. Un an plus tard que restent-ils des promesses ? La fin de l’année offre l’occasion d’un premier bilan.

Un champ de cactus

De grands espoirs avaient été placés dans le nouveau venu pour le dossier européen. Ce casse-tête de la diplomatie suisse avait usé de nombreux chefs de département avant lui. Son prédécesseur immédiat avait longtemps cru qu’il allait aboutir à la conclusion de ce fameux « Accord-cadre institutionnel » qui avait fini par lui voler des nuits de sommeil et probablement provoquer le “tsunami” à l’origine d’une démission aussi soudaine qu’inattendue. Ignazio Cassis ne s’y était pas trompé. Avant son élection déjà, il avait annoncé que le moment était venu de pousser sur le bouton Reset, sans lever l’ambiguïté qui entourait sa formule. Il souhaitait empoigner le dossier de manière différente. Lui enlever les émotions négatives qui, à son avis, clivaient inutilement le pays. Relancer la discussion et unir enfin les Suisses et l’UE sur un projet reformulé. Chacun se réjouissait de la potion que l’on espérait magique du bon docteur Cassis !

Le nouveau ministre des affaires étrangères est d’abord allé par monts et par vaux répétant sa conviction que toute politique étrangère était de la politique intérieure. Chiche ! Nous allions donc voir si ses promesses survivraient à son élection au Conseil fédéral. Même si elle fut louable la conviction du nouveau Conseiller fédéral que tout se gagne à l’interne n’avait pas convaincu les plus sceptiques. Ces derniers s’interrogeaient sur les intentions du nouvel arrivé par rapport à Bruxelles. Comment allait-il s’y prendre pour donner un nouveau départ aux négociations proprement dites ? L’avenir leur a donné malheureusement raison. M. Cassis avait-il oublié qu’en politique étrangère, comme pour danser, nous ne sommes pas seuls ? Il était bel et bon de provoquer un coup de sac dans le pays mais il aurait été tout aussi salutaire de pousser sur le bouton Reset dans les négociations avec ce partenaire avec lequel il s’agissait de trouver une solution.

Le temps des cactus a hélas suivi le temps des cerises ! A l’intérieur, les fronts n’ont jamais été autant opposés entre ceux qui appellent l’accord de leurs vœux et les autres. Le nouveau ministre n’y est pas étranger, lui qui a provoqué la colère des syndicats et de la gauche en remettant en question certaines lignes rouges, notamment celles concernant le « dumping salarial ». Pendant ce temps, à Bruxelles, les négociations aboutissaient à un projet d’accord approuvé par les deux équipes de négociation, européenne et suisse. Il y avait cependant un hic et de taille: le projet sortait des garde-fous fixés dans le mandat du Conseil fédéral et franchissait certaines lignes rouges. Si bien que le Conseil fédéral ne s’est pas estimé en mesure de l’approuver, ni même, au grand dam de Bruxelles qui l’a fait savoir, de donner un simple avis sur les résultats. Il a préféré fuir dans une procédure de consultation auprès de partenaires dont les avis sont d’ores et déjà largement connus.

Le Reset a donc fait Pschitt ! A tel point que certains se demandent à quoi bon poursuivre l’exercice. Certes, la position du gouvernement n’est pas enviable, pris en tenaille entre Bruxelles, dont il craint les mesures punitives en cas de refus, et le peuple dont il redoute l’ire en cas d’approbation ! Mais les bons capitaines ne doivent-ils pas prouver leurs qualités de courage et de leadership surtout par gros temps ?

Le Parlement sauve l’honneur

Le Reset ne s’est pas limité aux relations avec l’UE. Très vite, le vent mauvais s’est engouffré dans toute la maison. En douze mois, la Suisse a tourné le dos aux politiques qu’elle avait menées pendant des décennies. Son engagement en faveur du multilatéralisme a été mis en doute par nos partenaires traditionnels. Les critiques du ministre à l’encontre de l’UNWRA ne sont  pas passées inaperçues et ont pour le moins surpris. L’assouplissement de l’ordonnance d’exportations des armes de guerre vers les pays en guerre ou en guerre civile a choqué. Le refus de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires et le Pacte des Nations-Unies sur les Migrations, adopté récemment à Marrakech, a d’autant plus été perçu dans le monde comme un lâchage que la Suisse avait beaucoup travaillé à leur élaboration. En cette fin 2018, le “cactus européen” n’est donc, malheureusement, pas isolé dans ce qui ressemble de plus en plus à un véritable champ!

Une lueur d’espoir brille toutefois en cette fin d’année au-dessus de nous, comme Vénus, l’Etoile du berger. Face à un Conseil fédéral et un DFAE défaillants, le Parlement a corrigé les dérapages les plus choquants. Il a forcé le gouvernement à revenir sur sa décision concernant l’exportation de matériels de guerre. Plus impressionnant encore, les deux Chambres, à une large majorité, ont demandé à l’exécutif de revoir sa copie et de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires. L’événement est suffisamment exceptionnel dans notre histoire pour être relevé. Il faut dire que, concernant ce dernier, les raisons invoquées par le gouvernement pour ne pas le signer, tirées d’un rapport interdépartemental d’une faiblesse étonnante, étaient si spécieuses qu’elles ne pouvaient que s’effondrer d’elles-mêmes. N’en retenons qu’une : la Suisse ne peut risquer d’agacer l’OTAN sans risquer par la même occasion de se voir interdire l’accès au parapluie nucléaire de l’Alliance en cas de crise ! La défense de la neutralité a su se montrer plus ferme, convenons-en !

Au moment des vœux, souhaitons à notre pays pour 2019 un véritable Reset diplomatique … dans le bon sens cette fois. Nous en aurons besoin pour que la Suisse reprenne avec dignité sa place sur la mappemonde. Pour que l’on entende à nouveau sa voix apaisante dans les nombreux conflits qui l’ensanglantent. Personne ne comprendrait une Suisse égoïste, repliée sur elle-même. C’est à la fois la fidélité à notre héritage et la rançon de nos succès économiques qui nous obligent.

Mes meilleurs vœux pour les Fêtes et une Année 2019 pleine de bonheur et de santé à vous toutes et tous qui passez par ici!

Composez votre Conseil fédéral!

On a compris que cette fois les pièces du puzzle qui composera le prochain Conseil fédéral ne se mettent pas en place aisément. Après tout, ce n’est pas toutes les décennies que deux départements sont libres en même temps. Ajoutés aux envies des uns d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, les souhaits des autres de laisser derrière eux des nœuds de problèmes inextricables offrent, les mathématiciens nous l’ont rappelé, plus de 5000 variantes de nouvelles compositions!

Ce n’est pas habituel non plus que le nouveau Conseil non seulement ne parvient pas à se mettre d’accord en une séance mais qu’il annonce qu’il lui faudra probablement une semaine pour trouver la “formule magique”. Pour donner du temps au consensus et éviter des votes sans doute! Même si cela n’est pas constitutionnel, saisissons la chance qui nous est ainsi offerte pour composer notre propre “Dream Team”. Toutes les variantes sont possibles avec une condition: l’obligation de se contenter des sept figurines proposées, même si l’on souhaiterait en échanger quelques unes comme … les Panini!

Les deux vacances peuvent déboucher sur une mini-ou maxi-rocade. Le retard de la décision indique probablement que nous sommes dans le deuxième cas de figure. Imaginons un instant que la décision ne soit pas laissée aux seuls intéressés mais proposée par un Institut spécialisé dans l’optimisation non pas fiscale mais gouvernementale.

Pour reprendre l’ordre des départements proposé par le portail officiel du gouvernement, commençons, cela tombe bien, par les affaires étrangères (DFAE) et l’intérieur (DFI). Tout devrait justifier le maintien du ministre Ignazio Cassis au DFAE, car il est le dernier arrivé et probablement son département n’excite pas outre mesure les convoitises. Or, cet aspect purement quantitatif doit être pondéré par les résultats qualitatifs que le ministre présente depuis ses débuts et la comparaison de son profile et du profile idéal de la fonction.

Ses nombreuses prises de position tranchées et clivantes sur un certain nombre de questions internationales ne furent pas particulièrement consensuelles. Il a suscité l’ire d’une partie de la classe politique, en même temps qu’il s’est fait applaudir par l’autre. Personnellement il en a conclu qu’il était dans son rôle. Tant mieux pour lui mais le problème est que la politique étrangère ne peut être conduite que de manière consensuelle donc au centre de l’échiquier, parce qu’elle doit être supportée dans l’idéal au moins par deux Suisses sur trois. Il répète justement que la politique étrangère est de la politique intérieure. Il aurait dû par conséquent être le mieux positionné pour mener à bon port la “question européenne”. On vient de voir comment il n’a pas réussi à réunir le Conseil fédéral sur une position commune, pour ne pas parler de la population, plus divisée que jamais. La vraie question le concernant est donc la suivante: pour la suite, compte tenu de la situation d’échec actuelle et des nouvelles autorités européennes dès 2019, est-il toujours la bonne personne ou ne faudrait-il pas changer de capitaine? Présente-t-il par ailleurs les qualités consensuelles suffisantes pour diriger notre diplomatie?

Le président de la Confédération, Alain Berset, termine son année présidentielle au cours de laquelle non seulement il a démontré son goût pour les rencontres et les questions internationales mais encore ses talents pour en parler et proposer des solutions. Il a plusieurs fois répété son adhésion au multilatéralisme contrairement à son collègue tessinois. Après son cruel échec lors de la votation de septembre 2017 sur les rentes sociales, il devrait peut-être aussi laisser à un autre la mission d’accompagner l’inévitable prochaine tentative.

L’évidence s’impose de manière criante: si Alain Berset présente toutes les qualités d’un ministre des affaires étrangères, ainsi soit-il! Quant au docteur Cassis, qui connait très bien aussi le domaine des assurances maladies, il pourrait reprendre le DFI et ainsi conduire à l’avenir les politiques sociales et de santé. Il y serait très probablement plus heureux qu’au DFAE, où il semble depuis quelque temps traîner un certain spleen. Au DFI, il devra apprendre à mieux calibrer qu’au DFAE ses déclarations, s’il souhaite constituer des majorités autour de ses propositions. Voilà une optimisation effective entre offre et demande!

Le département fédéral de justice et police (DFJP) semble aussi sur le marché, si l’on en croit les rumeurs selon lesquelles Mme Sommaruga souhaiterait un nouveau défi. Comme le sont ceux de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) ainsi que de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) suite à la démission de leur titulaire.

Si Mme Sommaruga présente toutes les qualités pour succéder à Mme Leuthard au DETEC, une nouvelle arrivée, Mme Keller-Sutter, serait parfaite, chacun en convient, pour reprendre le DEFR des mains de son collègue de parti démissionnaire. L’autre nouvelle et juriste Viola Amherd pourrait idéalement reprendre le flambeau des mains de Mme Sommaruga à Justice et Police.

Restent deux départements dirigés par les deux Conseillers fédéraux de l’UDC: les finances (DFF) et la défense, la protection de la population et des sports (DDPS). M. Ueli Maurer se plaît et ne démérite pas aux finances. De surcroît, il souhaite garder son dicastère et sera Président de la Confédération en 2019. Son âge par ailleurs ne fait pas de lui un homme d’avenir! Quant à M. Parmelin, il n’y a aucune raison pour lui de changer d’air. Il doit conduire à leur terme les chantiers ouverts, notamment l’achat d’un nouvel avion de combat. Il est aussi difficile de l’imaginer ailleurs que là où il est!

Je doute que “mon Conseil fédéral” ait des chances de voir le jour. Mais on peut toujours rêver…précisément d’une “Dream Team”! Qui imaginerait une équipe de football qui déciderait seule, sans coach, de sa composition? C’est ce que va faire le Conseil fédéral au cours des prochains jours!

Il est évident que ce qui précède est fictif et que toute ressemblance avec des personnages ou des situations réels n’est ni fortuite ni involontaire!

 

 

 

La France rattrapée par ses démons

Le spectacle offert par la France depuis quatre semaines fait souffrir les démocrates et en tout cas tous ceux qui aiment ce pays. Qui peut en effet se réjouir de ce spectacle? L’arrivée des médias en continue nous transforme en voyeurs et spectateurs d’un phénomène absolument nouveau dans nos vieilles démocraties. Imagine-t-on BFM et LCI à Versailles et à la Bastille en 1789? D’ailleurs l’analogie n’a pas échappé aux gilets jaunes, dont certains veulent prendre l’Elysée et menacent les Macron du sort de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Grâce (ou à cause?) aux chaînes d’information en continue nous sommes en effet les spectateurs d’une téléréalité grandeur nature. Tout est renversé! Le président ou le Premier-ministre s’exprime? Immédiatement le commentateur décrète que ce sont des “cacahuètes” et tend le micro vers le brave gars en gilet jaune sur son barrage. On lui glisse les réponses dans la bouche en lui demandant si ce qui a été dit va vraiment assez loin, ne vient pas trop tard ou ne constitue pas une nouvelle humiliation de la part du pouvoir. On l’invitera à poursuivre avec ses revendications qui vont de “Macron démission”, à “Assemblée nationale dissolution”,  “Nomination d’un général à Matignon” ou “Mort à la 5ème République et vive la 6ème République”!

Tous les commentateurs politiques critiquent sans concession les déclarations des représentants du pouvoir, toujours trop tardives et jamais assez substantielles, mais chacun boit avec délectation les commentaires de n’importe quel gilet jaune comme s’il s’agissait d’eau de Lourdes. Dans le pays le plus vertical et centralisé qui soit et sans institutions qui encadreraient les processus on nage en pleine démocratie directe de type révolutionnaire. Les forces de l’ordre sont prises en otage au milieu et paye le prix fort d’une base radicalisée et pénétrée par des ultras casseurs d’extrême-droite et d’extrême-gauche.

Il y a sans doute une vraie crise économique et fiscale dans ce pays dont les responsables sont d’ailleurs moins Macron que ceux qui ont gouverné le pays pendant les 50 dernières années. Plus de 45% de prélèvements obligatoires, près de 55% de dépenses publiques et une dette qui atteint 100% du PIB indiquent l’ampleur de l’échec des politiques économiques et fiscales depuis de longues années. Peut-être après tout c’était aussi au système qui entretient et nourrit ces excès que s’était attaqué Emmanuel Macron! Mais lui donnera-t-on le temps de risquer de réussir?

La crise politique me paraît encore plus sérieuse. Macron est un produit du populisme. Il a passé par un trou de souris dans les ruines des partis traditionnels qui s’étaient affaissés. Mais ce n’est pas de sa faute! Il n’a certes rassemblé que 25% des voix au premier tour et a été élu au deuxième, certains diraient par défaut, contre Marine le Pen. Incontestablement plus de 40% des électeurs avaient voté au premier tour pour des candidats anti-libéraux voire anti-démocratiques (Mélenchon et le Pen). Néanmoins sa victoire fut incontestablement démocratique. Aujourd’hui, les vainqueurs d’il y a 18 mois sont mis en difficulté par un mouvement social d’un type nouveau. Macron n’a certainement rien vu venir et n’a pas tout fait juste.  Il n’y a plus les syndicats d’autrefois qui encadraient les mouvements sociaux. Les gilets jaunes bien sûr “pacifistes” mènent des actions totalement anarchiques, inorganisées, sans responsables qui débouchent sur les violences dont nous avons été les témoins.

Les perdants des dernières élections, après avoir été eux aussi dans un premier temps surpris par cette explosion sociale, y voient une occasion de refaire le match, de forcer un troisième tour. Mélenchon, le Pen (ce n’est pas une surprise!) mais aussi Wauquiez et Faure (plus surprenant compte tenu des responsabilités de leur parti dans la crise) pensent qu’ils ont l’occasion de prendre leur revanche sur Jupiter qui les a humiliés. Chacun y va de sa proposition. Aucun ne se sent mal à l’aise d’instrumentaliser une situation dont ils ne sont pas sans responsabilité. Dupont-Aignan saute d’un plateau tv à l’autre sans réussir à cacher son plaisir ni ses souhaits que la crise perdure. Comme les vautours ils aiment le sang et les carcasses. La chasse au Macron est incontestablement ouverte! Un signe qui ne trompe pas: les deux ex les plus célèbres du pays, Ségolène Royal et François Hollande, sont aussi de retour!

Au vue des revendications politiques radicalisées de quelques milliers de gilets jaunes, toujours soutenus dans les sondages par 80% des Français, et des fragilités d’un pouvoir de plus en plus isolé, il y a lieu de craindre que la France ne suive, dans le meilleur des cas, la Hongrie ou l’Italie sur la voie du populisme ou, dans le pire, plonge dans l’anarchie et la violence. Si le pays devait parvenir à ces extrêmes ce sera trop simple d’en rendre responsable le seul Macron. Mais que restera-t-il d’une classe politique pyromane pour rendre des comptes? Ceux qui réclament la dissolution de l’Assemblée nationale savent que les sondages donnent aujourd’hui plus de 60% aux deux partis extrêmes du Rassemblement national et de La France insoumise!

Une fois de plus, comme souvent dans son histoire, la France doit vaincre ses démons! Comme toujours, elle y parviendra! Mais le plus vite sera le mieux!