#Curiosités-Technologiques

Dans ce post, l’idée est de revenir sur la genèse d’une démarche expérimentale. Comme certains d’entre vous me l’ont demandé, voici quelques éléments à l’origine de la naissance du blog. J’ai choisi le format de glossaire pour donner ponctuellement des éclairages. Ci-après quelques mots clefs, référencés par un hashtag (signe typographique, #). Ce glossaire constitue un véritable code d’entrée au blog « Curiosités Technologiques ».

 

#Déclics

Des rencontres qui ont fortement contribué au ferment de ce blog.

2009. L’Atelier Arts-Sciences est adossé à la Direction Scientifique du CEA et de l’Hexagone Scène Nationale Arts Sciences. Les trois structures sont implantées sur le territoire grenoblois. Depuis 2007, l’Atelier Arts Sciences cultive, grâce à son métissage, un équilibre subtil qui aide artistes, chercheurs et entreprises à s’enrichir de modes de création inédits. Cet Atelier nous fait sortir de nos pensées préfabriquées et attendues. Je suis en poste dans le groupe d’électronique Thales, et participe à une journée porte-ouverte. C’est la révélation. Nous pouvons renouveler nos imaginaires, par les liens fertiles de l’Art avec la Science et l’Industrie. J’ai tout de suite été adoptée par l’équipe qui anime cette structure atypique. Je pense à Marie Brocca, Michel Ida, Antoine Conjard, Eliane Sausse, Laurence Bardini, ou encore Nathaly Brière. Après plusieurs collaborations enthousiasmantes, nous sommes toujours très proche. https://www.atelier-arts-sciences.eu/

2012. À l’origine de ma rencontre avec l’artiste plasticien Claude Blanc-Brude, une idée un peu folle. Je dirige la plateforme franco-suisse Mind, qui fait le pont entre la Recherche et l’Industrie. A l’occasion de ses 20 ans, je propose de faire travailler 20 artistes autour de 20 technologies dans lesquelles Mind s’est fortement impliquée. Les premiers artistes contactés furent tellement enthousiastes, que l’idée se transforma rapidement en véritable aventure humaine, unique et originale. Car plus que « L’Art qui rencontre la Technologie », ce sont des artistes qui rencontrent des scientifiques et des technologues. C’est dans le cadre-là que je découvre Claude Blanc-Brude et ses toiles « Horizons ». Dès lors, sa peinture devient le substrat de mon écriture. https://claudeblancbrude.wixsite.com/claudebb/

2013. Les créatures énigmatiques de l’iranien Davood Koochaki. Les herbiers fantasmagoriques de la tchèque Anna Zemánková. Les divinités hybrides de l’indien Kashinath Chawan. Sobriété de moyens, de supports. Du carton, de la ficelle, des stylos à bille, des mines de graphite. Richesse de formes, de coloris, de détails. Autant de jaillissements de la pensée de femmes et d’hommes, en marge de nos sociétés consuméristes. Les créations « brutes » de ces artistes donnent à explorer les recoins intimes de leur esprit, la représentation d’un Monde, le leur. A la source de ces constructions originales de l’imaginaire, il y a un naufrage ; qu’il soit de l’ordre de l’ennui, de la frustration ou de la folie. Depuis un espace clos interpsychique qui leur est propre, ces êtres développent des pensées non conventionnelles, dérangeantes, en dehors de tout paradigme dominant. Depuis leur exil mental, ces personnes s’expriment de façon impérieuse dans le Réel. Pour elles avant tout, pour surnager, pour rester reliées au Monde, pour s’exprimer, pour déposer un esprit encombré. Je profite d’une semaine de congés à Lausanne en Suisse, et reste scotchée à « La Collection de l’Art Brut ». J’y découvre chaque jour des objets sensibles, fait de bric et de broc ; comme autant de reflets d’états de conscience peu ordinaires. Ces femmes et ces hommes singuliers produisent de merveilleuses monstruosités, où la vanité n’a pas de place. L’émotion me submerge. On est face à des obsessions, doucement terrassantes. Devant l’expression de ces Mondes intérieurs, la pensée est en mouvement. Faire l’expérience de ces créations, c’est glisser dans l’intranquillité d’un « cabinet de curiosités » à secrets. C’est chercher dans la sédimentation de chaque œuvre, « le pire advenu ». C’est découvrir l’Autre, dans sa profonde concentration, sa poésie incarnée. Ces œuvres nourrissent le cœur, déformatent l’esprit de l’Observateur. Pour nous, Curieux, c’est la promesse d’excéder, de décentrer, notre pensée. Tel m’apparait la promesse de l’Art : n’avoir point de frontière. https://www.artbrut.ch/

2014. Le génial mathématicien et agitateur d’idées, Xavier Comtesse. Il anime un Think Tank dans le cadre du Swiss Creativity Center. Créé en 2012 sous l’impulsion de la Chambre Neuchâteloise du Commerce et de l’Industrie, ce centre a pour ambition de favoriser l’innovation technologique de rupture, en développant des démarches créatives, dans le canton de Neuchâtel et en Suisse romande. Xavier n’a de cesse d’interroger les transformations technologiques et les révolutions industrielles de notre Monde. Avec mon équipe Mind nous le rejoignons sur une aventure collective d’ouvrages réflexifs. Quel avenir pour la Manufacture ? Quels sont les leviers de croissance à l’ère de l’économie numérique ? Quelles perspectives ouvrent l’expansion des Objets Connectés ? Qui sont les Data-entrepreneurs ? Chaque opus invite à développer une pensée métisse, au travers de nombreux exemples concrets. Par-dessus tout, son sujet de prédilection reste la Santé. A l’ère de l’intelligence artificielle (IA), et en particulier du « machine learning », qui en est une des principales techniques, sauver des vies n’est plus l’apanage des seuls médecins. Dans « Santé 4.0 », son dernier ouvrage, il livre une réflexion autour de cinq exemples de santé connectée qui révolutionnent déjà la médecine. Par ailleurs, Xavier tient un blog personnel, et il écrit dans différents médias suisses, notamment, l’Agefi, Heidi.news, La Tribune de Genève et Le Temps. http://www.scc-network.ch/, http://comtesse.io/wordpress/. Toujours en pleine effervescence, voici l’un de ses tout derniers articles paru dans la revue américaine, la Harvard Business Review https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2020/06/30546-la-resilience-en-trois-actes-resistance-reset-et-relance/

2015. L’illustrateur et graphiste Gilles Esparbet. Nous partageons une esthétique commune et les mêmes goûts pour l’Art Brut, les tiers-lieux, et les innovations de tout ordre. Freelance depuis 15 ans, il a été auparavant directeur artistique dans la presse, en agence et dans l’édition culturelle. Gilles met ses compétences au service des entreprises, d’institutions diverses, des éditeurs, des professions libérales et autres associations. Il aime donner forme et force à des identités visuelles, des événements, des informations. Au travers des projets qu’il construit, il ne perd jamais de vue son but essentiel : œuvrer à la bonne transmission d’un message, en empathie avec l’émetteur et plein d’attention pour le récepteur. En tant qu’illustrateur, il travaille dans des styles variés allant du croquis au numérique, chacun permettant de créer un univers sensible. Nous réalisons progressivement que l’attelage que nous formons, lui à l’illustration et au graphisme, moi à l’écriture, est un véritable creuset à la curiosité. C’est donc tout naturellement, que je lui demanderai de me rejoindre sur la tenue du blog.   http://www.gillesparbet.fr

 

#Convictions

Nous sommes confrontés chaque jour aux mêmes réalités lancinantes : crise environnementale, crise sanitaire, crise financière, crise politique, … Nous sommes également face à des crises plus sourdes, tout aussi violentes : crise de l’intime, crise identitaire, crise existentielle, … Et mon constat est que, plus criant encore, nous sommes en pleine crise de la pensée. Il y a toujours eu, ancrée en moi, la volonté de m’interroger sur le sens de la Vie, notre Humanité, notre façon d’être au Monde. Le paradoxe de la situation est le suivant : l’Humanité n’a jamais produit autant de connaissances, et pourtant ce contexte de poly-crises s’installe. Et avec lui, le déchaînement d’un obscurantisme, qui se propage comme une traînée de poudre. L’être humain est limité en temps et en espace. Peu importe, il a trouvé aujourd’hui l’Energie pour s’en affranchir. Quoi qu’il en coûte. Son Monde réel est limité en ressources. Pourtant, il les gaspille. Son imaginaire est illimité. Pourtant, il se pasteurise. Son langage le relie aux Autres. Pourtant, il s’en sert, plus que jamais, pour tendre des barricades. La raison est un de ses biens les plus précieux. Pourtant, l’émotion devient son ivresse quotidienne. Nos antennes tournées vers le Monde, sont en réceptivité permanente, voire sur-stimulées intentionnellement. Nous sommes « accros » au tout information. L’hyper attention devient notre principal style cognitif. Nous commutons rapidement entre différentes tâches. Petit à petit, nos esprits se saturent de rêves obsédants. Nous perdons en temps de concentration. Désormais nous sommes passés sous la barre des 7 secondes d’attention, moins qu’un poisson rouge. À mon échelle, comment montrer la vaillance de notre Présent ? Comment lutter contre les prophéties mortifères d’un Monde perdu ? Comment démêler l’écheveau entre ce qui relève de l’irréel, de la falsification du réel, et du Réel ? Comment accompagner l’émergence de nouvelles pensées ? Autant de questions qui m’animent. Ce blog sera un outil. Pour donner de la matière, autant à penser qu’à ressentir le Monde, à hauteur d’Homme.

 

#Horizons

Le point de départ, un espace confiné, celui d’une toile « Horizon » de l’artiste plasticien Claude Blanc-Brude. Faire l’expérience de ses réalisations artistiques, c’est accepter d’être aspiré dans l’espace brudien. En franchissant le seuil visuel, la décorporation est immédiate. On se retrouve alors dans une nouvelle géométrie, un nouvel agencement de lignes, imaginé par le Peintre. La rêverie commence à se manifester imperceptiblement puis elle envahie le territoire artistique proposé, pour finir de l’habiter de façon exclusive et ultime. Ni paradisiaque ni désagréable, l’expérience proposée est celle d’une confrontation à un espace édénique primaire – un espace théâtral d’une élégante épure – qui déclenche des « visions » et des « sensations ». Dans cet au-delà, on peut rester un objet erratique dans un territoire disjoint, qui n’a pas de poids, tout est dans l’épaisseur des traits. Les horizons brudiens sont des espaces d’opportunités, propices à la vastitude mentale. On est immergé entre terre et mer. Dans un territoire vierge et onirique. Dans un désert des Tartares, suspendu au-dessus de l’impossible. On est au-delà de la vue. On contemple l’infini maritime et céleste, la grandeur et la beauté de la Création. On regarde à perte de vue l’infiniment grand. Notre acuité est décuplée et croissante. Le sentiment premier qui nous étreint est notre petitesse, face à cet horizon démesuré. Puis enfin on se déploie. On ressent au plus profond de notre intime les lignes de forces du paysage, l’éclat de notre pensée. Ce sont des lieux irréels, où l’on expérimente notre pouvoir de communion avec la Nature en présence. Ses toiles « Horizons », sont comme un sas où la conscience peut croître, dans les plis de l’étoffe d’un Univers délicat. Toute la Vie est là, fragile, en suspens, offerte. Soyez celui ou celle qui expérimente. Les outils numériques comme la réalité virtuelle, nous donnent l’illusion d’appartenir encore au Monde extérieur. La technologie peut duper nos sens, et persuader l’esprit que c’est la Réalité. Mais chacun a déjà la possibilité de vivre dans des Mondes parallèles, disjoints. J’installerai mon Cabinet de Curiosités dans les Horizons du peintre.

 

#Parti-pris

Pour cheminer, j’ai choisi de rapprocher des champs de connaissances morcelés, qui me passionnent : les Arts, les Sciences et les Technologies. Par négligence ou par facilité, nous avons érigé des murs, qu’il nous faut défaire. Les Arts seraient « Pour notre bien », les Sciences « Pour le bien de l’Humanité », et les Technologies « Pour le bien du Marché ». Repenser ces arbitrages, c’est sortir d’un entre-soi, et réenchanter la Connaissance, depuis sa production jusqu’à sa valorisation. Arts, Sciences et Technologies, pour une même curiosité au Monde. Des frontières d’ordinaire abrasives peuvent devenir labiles, dans une nouvelle tectonique des plaques. Et il est permis de rêver à un Renouveau. Oser. Provoquer. Nous pourrons ainsi désenclaver nos regards et nos croyances. Sans renoncer à l’idée de progrès, soutenir l’avènement d’une Humanité, profondément respectueuse du Vivant, sur la base de nouvelles fondations. Ce blog sera engagé. Pour participer à la chaîne ininterrompue, de celles et ceux qui, de siècle en siècle, là comme ailleurs, perpétuent une pensée vivante.

 

#Scénographie

Dans ce Monde résolument technologique, il me fallait trouver une mise en scène ; où je puisse mener des confrontations saisissantes, et parfois troublantes. En effet, je voulais me permettre de créer des effractions à la pensée dominante, et des tremblements de lueur. A la Renaissance, c’est l’époque des premières grandes découvertes scientifiques et de l’exploration du Monde. Des curieux fortunés, des aristocrates, des savants regroupent des objets qui viennent de loin, dans l’espace ou dans le temps. Ils rassemblent des collections d’objets très variés mais toujours insolites, exotiques et rares. Les premiers Cabinets de curiosités ont été constitués au XVIe siècle et ont perduré jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Ils ont joué un rôle fondamental dans l’essor des Sciences, et l’avènement de la révolution industrielle du XIXème siècle. On peut citer celui de Mazarin et de Rodolphe II de Habsbourg, ou encore celui d’Alexandre-Isidore Leroy de Barde. On y retrouvait pêle-mêle : des fossiles, des branches de corail, des coquillages, des crânes, des pierres précieuses, des dents, des crocs d’éléphants, des peaux de reptiles, des fœtus dans du formol, des herbiers peints et des graines de fruits, des racines séchées, des insectes naturalisés et des animaux empaillés. On trouvait des lentilles grossissantes et des instruments scientifiques (de médecine, d’astronomie, …), des globes terrestres, des manuscrits rares, des médailles, des camées, des tabatières, … Au détour d’étagères, on découvrait du bois pétrifié, de la corne de licorne, de la mandragore, des bézoards (des accumulations de débris, de cheveux par exemple), … Ces Cabinets de curiosités donnaient à voir trois règnes, animal, végétal et minéral, en plus de quelques réalisations humaines créées ou modifiées. Le tout était généralement disposé sous des cloches de verre.  Le philosophe et historien polonais Krzysztof Pomian a beaucoup étudié ces fascinantes collections. Progressivement les musées ont remplacé les Cabinets, et se sont spécialisés par nature d’objets. Le blog s’inspirera de ces Cabinets, et hébergera toutes sortes de Curiosités Technologiques.

 

© Image d’en-tête : Création originale de Gilles Esparbet, intégrant une œuvre “Horizons” de Claude Blanc-Brude, et 3 Curiosités Technologiques : “La Cellule Solaire”, “La Vague Artificielle” et “Le matériau-Méduse”.

Gaëlle Rey

Gaëlle Rey

Gaëlle Rey a un parcours fortement orienté innovation technologique, de la Microélectronique à la Papertronique. Son quotidien au sein de la plateforme technologique franco-suisse Mind : maturer des solutions disruptives, éprouver des potentialités et des sens possibles. Son travail l’a conduit progressivement à intégrer des champs créatifs, décloisonnant ainsi les savoirs.

2 réponses à “#Curiosités-Technologiques

  1. «Le paradoxe de la situation est le suivant : l’Humanité n’a jamais produit autant de connaissances, et pourtant ce contexte de poly-crises s’installe. Et avec lui, le déchaînement d’un obscurantisme, qui se propage comme une traînée de poudre»

    Ca n’est pas un paradoxe, c’est une conséquence.

    L’obscurantisme se répand PARCE QUE l’humanité n’a jamais produit autant de connaissances.

    Et plus la connaissance, et donc l’horizontalisation des valeurs et la production de doute qu’elle induit, progressera, plus l’obscurantisme, animé par le besoin de certitudes et de croyances, deviendra agressif et violent.

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