Les Américains

Prix de l’énergie: le FMI sermonne les Etats-Unis et le reste du monde

Il y a quelques semaines, l'augmentation du prix du gallon (3,89 litres) d'essence à quelque 4 dollars a suscité une vague de protestation aux Etats-Unis. Les Américains ont l'habitude de bénéficier de prix très bas à la pompe, comparés aux prix européens. Avec le boum des gaz et huiles de schiste, qui permet aux Etats-Unis d'envisager d'exporter bientôt du gaz tant la production est abondante, la tendance ne s'est pas améliorée et le prix de l'or bleu en Amérique défie toute concurrence, incitant des entreprises américaines qui avaient délocalisé leur production à l'étranger de revenir.

Mercredi, le FMI s'en est directement pris à ce type de politique où l'énergie n'est pas facturée au prix juste. Premier directeur général adjoint du FMI, David Lipton l'a souligné dans une interview accordée au Washington Post: "Il est temps de mettre fin aux subventions et de mettre en place une taxe carbone. L'idée n'est pas de provoquer une surconsommation parce qu'on peut acquérir quelque chose à un prix inférieur à son coût réel et qu'on fait payer pour cela quelqu'un d'autre."

Selon le FMI, les Etats-Unis devraient majorer le prix du gallon d'essence de 1,4 dollar pour atteindre une augmentation totale, toutes taxes comprises, de 1,7 dollar par personne afin de compenser le coût réel des énergies fossiles utilisées et d'inclure dans le prix le coût de la pollution et des mesures prises pour lutter contre le réchauffement climatique.

L'étude risque de produire l'effet d'une bombe tant elle marque l'entrée fracassante du Fonds monétaire international (FMI) dans le débat sur le changement climatique. Pour le FMI, ne pas tenir compte des coûts réels de l'énergie a des conséquences fâcheuses sur l'économie mondiale et le marché de l'énergie: cela encourage la surconsommation et laisse des pays sans moyens pour répondre aux besoins sanitaires et éducatifs. Cela pervertit les décisions prises en matière d'investissements dans le domaine de l'énergie. Des pays comme le Pakistan ou l'Egypte sont réputés pour subventionner fortement les prix de l'essence. L'Iran est un exemple plus éloquent encore. Faute de raffineries suffisantes, Téhéran importe de l'essence de Turquie au prix du marché, qui est souvent revendue en Turquie au prix subventionné iranien ou qui alimente la contrebande vers l'Afghanistan ou le Pakistan.

Aux Etats-Unis, le subventionnement des énergies fossiles coûte 2,4% de la production annuelle, soit 363 milliards de dollars en 2011. Au plan mondial, cela représente quelque 1900 milliards de dollars par année.

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