Les Américains

Jeb Bush a-t-il déjà sapé ses chances pour la présidentielle 2016?

Jusqu'ici, l'ex-gouverneur de Floride Jeb Bush était très populaire au sein de la communauté hispanique. Marié à une Latino, le frère de George W. Bush a montré souvent une flexibilité en matière d'immigration qui a fortement manqué aux républicains lors de la dernière campagne présidentielle. Mitt Romney a été largement snobé par les Hispaniques au profit de Barack Obama. L'ex-gouverneur du Massachusetts avait tenu des propos radicaux en matière d'immigration, invitant tout clandestin à "s'expulser" du pays volontairement. Jeb Bush avait d'ailleurs fustigé la rigidé de Mitt Romney.

Mais c'était avant que Jeb Bush publie, avec Clint Bolick, l'ouvrage "Immigration Wars, Forging An American Solution". Dans l'ouvrage, l'ex-gouverneur de Floride estime qu'il "est absolument vital pour l'intégrité de notre système d'immigration que les actions aient des conséquences -dans ce cas, que ceux qui ont violé la loi puissent rester, mais ne puissent pas récolter les fruits tant désirés de la citoyenneté. Agir différemment indiquerait que les gens qui contournent le système peuvent toujours obtenir tous les bénéfices de la nationalité."

Ses propos font l'effet d'une bombe. Depuis qu'il a pris sa retraite politique de gouverneur de Floride en 2007, Jeb Bush avait montré un visage plus ouvert par rapport aux Hispaniques et à l'immigration. Cette semaine, lors de la présentation de son livre, constatant le tollé provoqué par le livre, il corrige toutefois le tir. Il n'est finalement pas contre offrir un chemin vers la nationalité aux immigrés clandestins, mais il n'est pas non plus vraiment pour. Perçu comme un politique solide et cohérent jusqu'ici, ce candidat potentiel à la présidentielle 2016 donne tout à coup une image qui rappelle étonnamment celle de Mitt Romney: celle de flip-flopper, de girouette.

Cette controverse a porté préjudice à l'image de Jeb Bush et arrive à un moment particulièrement mal choisi. Plusieurs républicains du Congrès travaillent à un projet de réforme globale de l'immigration pour couper l'herbe sous les pieds du président Barack Obama qui a déjà présenté son projet. Après la cuisante défaite de Mitt Romney, ils ont pris conscience que la question de l'immigration est une condition sine qua non pour reprendre pied avec l'électorat. La volte-face de Jeb Bush paraît d'autant plus incompréhensible qu'il faisait déjà figure d'autorité naturelle au sein du Parti républicain. Or, en adoptant une position beaucoup plus dure que par le passé, il semble vouloir acquérir les faveurs des plus conservateurs. Certains observateurs avancent que c'est une manière de se distinguer du sénateur Marco Rubio, un conservateur qui fait pourtant partie du groupe de républicains souhaitant réformer à fond l'immigration.

A-t-il déjà sapé ses chances s'il entend se porter candidat à la Maison-Blanche en 2016? L'épisode a montré une facette méconnue de Jeb Bush: une relative incohérence. Mais dans trois ans, beaucoup d'eau aura encore coulé sous les ponts du Potomac.

 

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