Les Américains

La lutte gréco-romaine, la diplomatie du ping-pong entre l’Iran et les Etats-Unis

C'est sans doute le moment le plus inattendu de ces derniers mois. Une équipe américaine a participé cette semaine à la Coupe du monde de lutte gréco-romaine à Téhéran et s'est classée troisième derrière les équipes iranienne (1re) et russe (2e) après une défaite symbolique de 6-1 contre l'Iran. Vendredi, à la fin du tournoi, dans un geste de bonne volonté, les lutteurs américains ont serré la main du controversé président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

L'événement, auquel ont participé dix nations, ne va pas sans rappeler la diplomatie du "ping-pong" de 1971 entre les Etats-Unis et la Chine. Il marque par ailleurs une occasion unique pour Américains et Iraniens de s'allier pour atteindre le même objectif: sauver la lutte libre des sports que le Comité international olympique entend bannir des Jeux à partir de 2020. Le directeur américain de la lutte gréco-romaine, Mitch Hull, a enfoncé le clou à la télévision d'AP à Téhéran: "Nous serons bras dessus bras dessous avec l'Iran et nous résisterons avec la Russie et avec plein d'autres pays. […] Nous avons pleine confiance de pouvoir travailler avec la Fédération iranienne de lutte, avec les lutteurs et le peuple iraniens pour montrer au monde que, quoi qu'il arrive sur le plan politique, nous avons le même objectif et la même foi dans la lutte en tant que sport et la même passion."

Dans une tribune libre publiée dans le Washington Post le 15 février, l'ex-secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld défendait lui aussi le maintien de la lutte comme sport olympique. Associé à l'expression prononcée par George W. Bush lors de son discours sur l'état de l'Union en 2002, classant l'Iran sur "l'Axe du Mal", Donald Rumsfeld n'est toutefois pas allé jusqu'à défendre la participation américaine à la Coupe du monde de Téhéran.

L'improbable alliance irano-américaine pourrait bien être doublée d'une autre alliance improbable: celle de Cuba et des Etats-Unis. L'île des Caraïbes entend aussi se battre pour sauver la lutte en tant que sport olympique. Cette diplomatie du sport renvoie à un autre type de diplomatie informelle dit Track II. Le Temps publiait en avril 2009 une enquête sur les discussions secrètes de Genève entre Américains et Iraniens pour rompre les barrières culturelles et politiques et instaurer la confiance.

Les scènes vues dans la capitale iranienne sont à des années-lumière de ce qui se passe sur le plan politique entre Téhéran et Washington. La République islamique continue d'enrichir de l'uranium à 20% et a même récemment déclaré avoir acquis des centrifugeuses beaucoup plus rapides. Les Occidentaux et les Américains en particulier ainsi qu'Israël craignent que l'Iran tente d'acquérir l'arme nucléaire. Des négociations vont précisément débuter le 26 février à Almaty au Kazakhstan.

Une vidéo de l'événement filmé par la télévision iranienne:

 

 

Le coach de l'équipe iranienne explique pourquoi les intérêts des Iraniens et des Américains convergent:

 

 

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