Le sénateur John McCain a finalement tranché. Lors du vote de la Commission des services armés du Sénat, mardi, le républicain d'Arizona a refusé de confirmer la nomination de son "ami" et républicain Chuck Hagel au poste de secrétaire à la Défense. S'il est vrai que John McCain ne se distingue en rien des autres républicains de la commission qui ont tous voté contre la confirmation de l'ex-sénateur du Nebraska, son vote négatif a quelque chose de plus personnel.
En 2008, Chuck Hagel avait commis un crime de lèse-majesté en soutenant Barack Obama et non John McCain dans la course à la Maison-Blanche. Aujourd'hui, ce dernier le lui fait payer. Il suffit d'écouter l'audition du nominé par le Sénat pour en avoir un aperçu (voir vidéo). John McCain le harcèle au sujet du surge, le renforcement des troupes en Irak décidé par George W. Bush en 2007, une stratégie à laquelle Chuck Hagel était opposé. Pour John McCain, Chuck Hagel devait répondre par oui ou par non à une question simple: a-t-il pris une mauvaise décision en s'opposant au surge? Maladroit, le nominé s'est mal défendu et a bafouillé. Mais il voulait élaborer sa réponse.
Ce moment de l'audition est à l'image de John McCain, animé parfois par une vision simpliste des rapports de force et de la réalité des relations internationales. John McCain était bien entendu favorable au surge. Après son échec dans les primaires républicaines de 2000, il a viré néo-conservateur alors qu'il était un républicain de compromis capable de nouer des alliances avec les démocrates. Le sénateur d'Arizona avait aussi une vision claire de qui était le démocrate et qui était le tyran entre Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien, et Dmitri Medvedev, son homologue russe sous l'influence de Vladimir Poutine. Or la guerre de Géorgie à l'été 2008 a révélé les provocations russes, mais aussi la responsabilité de la Géorgie dans le déclenchement de la guerre. L'après-guerre a surtout montré que Mikhaïl Saakachvili était loin d'être le démocrate tant vanté par John McCain.
En termes d'erreur d'appréciation, il y a toutefois pire pour John McCain, qui déplore que Chuck Hagel se soit opposé à des sanctions unilatérales contre l'Iran. Le sénateur du Nebraska préférait en réalité des sanctions multilatérales et onusiennes. Enfin, le donneur de leçons John McCain avait fait le choix de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence des Etats-Unis en 2008. L'expérience de cette ex-gouverneure d'Alaska en matière de politique étrangère était pourtant limitée à sa vision physique de la Russie depuis sa maison…
Si John McCain avait été élu à la Maison-Blanche en 2008, Sarah Palin aurait été la vice-présidente des Etats-Unis. En cas de force majeure, elle aurait même pu officier en tant que présidente américaine…
Un vote favorable de la plénière du Sénat n'est pas garanti pour Chuck Hagel. Une flibuste contre sa nomination risquerait d'aggraver encore le dialogue de sourds entre républicains et démocrates du Congrès.