Femmes dans les instances dirigeantes helvétiques

Sous-représentation des femmes dans les instances dirigeantes helvétiques

C’est la quinzième fois consécutive que Travail.Suisse, l’organisation indépendante des travailleuses et travailleur dont je suis vice-présidente, enquête sur l’écart salarial entre les salaires les plus bas et les plus hauts, dans 26 entreprises suisses. Cette analyse met également en évidence la proportion des femmes dans le conseil d’administration et les directions de ces 26 sociétés.

Moins de 9% des femmes dans les directions: un chiffre indécent!

Bien que la représentation féminine au sein des conseils d’administration n’ait cessé d’augmenter, il en va différemment au niveau des organes de direction où les chiffres sont décevants, moins d’un poste sur dix étant occupé par une femme.

En 2018, on comptait 19 femmes parmi les 208 membres des directions générales des 26 sociétés étudiées, ce qui correspond à une proportion féminine de moins de 9%. A ce rythme, il faudra encore 30 ans pour atteindre les 20% souhaité par le Conseil fédéral. 12 des 26 entreprises étudiées n’occupent aucune femme dans leur direction générale et près de la moitié des entreprises étaient dirigées en 2018 par des instances purement masculines. Alors que les niveaux d’études et de compétences des femmes ne cessent d’augmenter et qu’elles représentent plus de 50% des étudiants dans les hautes écoles.

Deux fois plus de femmes dans les CA ces 10 dernières années

Heureusement il y a de plus en plus de femmes dans les conseils d’administration. En 2018, cette proportion était 25,6% de femmes. La proportion de femmes dans les conseils d’administration a ainsi doublé au cours de la dernière décennie.

En comparaison européenne, la Suisse se situe toutefois nettement au-dessous de la moyenne européenne de 29%.

Des changements sont nécessaires!

Il est grand temps que les deux sexes soient adéquatement représentés dans les postes de direction et dans les conseils d’administration. Il en est de la responsabilité des politiques et des entreprises que cela change et bouge rapidement !

La révision de la législation sur le droit des sociétés anonymes prévoit que les conseils d’administration des grandes sociétés devront compter au moins 30% de femmes et la direction au moins 20%. Aucune  sanction n’est prévue si ce seuil n’est pas respecté, mais les entreprises devront se justifier dans un rapport.

Bonne nouvelle: les organes décisionnels des SA devront être davantage composés de femmes!

Le droit des sociétés anonymes doit être modernisé. Après le National, le Conseil des Etats a adopté mercredi 19 juin 2019 la réforme qui permettra, je l’espère, d’augmenter la présence de femmes au sommet des grandes entreprises cotées en bourse.

Cela concerne quelques 250 entreprises qui devront simplement s’expliquer si elles n’ont pas atteint les objectifs fixés. Elles disposeront de cinq ans pour y parvenir du côté du conseil d’administration et de dix ans pour la direction.

Pour rappel, le National avait dit “oui” à plus de femmes dans les instances dirigeantes à une voix près. La commission préparatoire du Conseil des Etats voulait transiger et biffer le seuil de 20% proposé pour les directions. Les sénateurs ont heureusement entendu l’appel des citoyennes (citoyens) à plus de femmes à des postes à responsabilité et renversé la vapeur.

Carole Furrer
Candidate au Conseil national (VS)
Vice-présidente de Travail.Suisse

Carole Furrer

Carole Furrer

Carole Furrer est candidate au Conseil national (VS) pour les élections fédérales du 20 octobre 2019. Elle est licenciée en sciences économiques de l'Université de Lausanne et active en politique. Ancienne secrétaire générale du PDC du Valais romand, au Grand Conseil valaisan durant 9 ans, elle est aujourd'hui la 1ère femme à présider des Syndicats chrétiens du Valais (SCIV). Elle est également vice-présidente de Travail.Suisse, organisation faîtière indépendante des travailleurs/ses.

3 réponses à “Femmes dans les instances dirigeantes helvétiques

  1. C’est curieux: on se préoccupe beaucoup de la présence des femmes dans les conseils d’administration. Donc les féministes veulent à tout prix interdire aux hommes de dominer dans les fonctions de haut prestige et de haut revenu. Et elles exigent des quotas pour les femmes dans ces beaux postes. Pas seulement des quotas : elles exigent 50% des postes.

    Mais jamais les féministes ne protestent contre le fait que les professions les plus pénibles et les moins valorisantes, comme celle de manœuvre, d’ouvrier sur les chantiers ou de mineur de fond notamment, soient réservées à 100% aux hommes. C’est pourtant une discrimination scandaleuse.

    Pourquoi ce deux poids deux mesures? Il est évident que tout le monde se moque éperdument des conditions de travail des hommes prolétaires pauvres qui assument les tâches physiquement pénibles. De ça, ces dames n’en veulent pas. C’est bon pour les hommes. En revanche les postes d’administrateurs, le caviar et le champagne, ça les féministes le veulent.

    Je commencerai à respecter le féminisme quand j’entendrai une féministe exiger la parité homme femme sur les chantiers.

    1. Bonjour,
      Je vous remercie de votre remarque. Les syndicats se préoccupent depuis fort longtemps des métiers masculins pénibles et nous avons pu mettre en place une retraite anticipée à 60 ans. Par contre dans les métiers féminins pénibles, par exemple les soins dans les EMS, il n’y a pas de retraite anticipée.
      Meilleures salutations
      Carole Furrer

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