Des changements durables

Carnet de campagne épisode 1 : de l’accusation d’instrumentalisation.

Le 20 octobre approche, et dans moins de quatre mois les électrices et électeurs suisses seront appelé-e-s à renouveler les deux Chambres de notre Parlement. Les partis politiques affutent leurs armes, et les candidat-e-s de tous bords se préparent à partir à la chasse aux votes. Mais une campagne électorale, ça fonctionne comment de l’intérieur ?  À quoi pense un-e candidat-e, comment agit-il, quels sont ses états d’âme, ses stratégies pour capter l’attention et si possible la sympathie du corps électoral ?

C’est en toute subjectivité que je vais essayer de répondre à ces questions et à d’autres via une série de textes sur ce blog, étant moi-même partie prenante à cette aventure.

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Premier sujet que je souhaiterais aborder, celui de la notion d’instrumentalisation, et de la manière dont elle est employée en politique.

En campagne électorale, on se retrouve fatalement à un moment ou à un autre à devoir commenter des faits ou événements, à aller dans des lieux qui nous sont plus ou moins familiers, à débattre de thèmes divers et variés, bref à se positionner.

Comme Verts, tant que vous parlez de tofu, de vélos ou de légalisation du chanvre, ou qu’en tant qu’UDC vous prenez un selfie à la fête fédérale de lutte, ça passe. Mais dès que vous sortez un petit peu des clichés (car oui, ce sont bien des clichés…), et vous vous aventurez sur des terrains qui ne sont pas identifiés comme ceux de stricte propriété de votre formation politique, vous pouvez être sûr-e-s que le mot « instrumentalisation » résonnera avec fracas.

J’en ai fait l’expérience il y a quelques jours, après la publication d’une tribune libre dans un grand quotidien vaudois. Ancien président d’une société de Jeunesse et très attaché à ce milieu avec lequel je garde de nombreux liens, j’ai souhaité écrire quelques mots sur le centenaire de la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes, en insistant sur le rôle important de ces dernières dans la vie sociale des localités rurales. J’ai fait attention à n’aborder aucun thème politique, et ai signé « ancien fédéré » plutôt qu’avec mon titre de président de parti, car il ne s’agissait pas là de faire de la politique, mais simplement de rendre un hommage.

Pourtant, le lendemain, sur facebook un membre éminent d’un grand parti de droite partageait mon texte en le taxant  d’instrumentalisation, et expliquant que les Verts et leurs idées étaient incompatibles avec les Jeunesses campagnardes, tout en m’accusant entre les lignes de ne rien connaître à ce milieu.

Ce qui est fascinant, c’est qu’on en vient souvent en politique à essentialiser nos adversaires, et à s’octroyer le monopole de tel ou tel réseau ou système de valeurs. Je suis le président d’un parti politique de gauche, alors fatalement pour certains je ne peux pas avoir été membre d’une Jeunesse, et encore moins en parler, car c’est un milieu traditionnellement plutôt conservateur.

La sociologie nous a appris depuis longtemps que les individus sont complexes, pluriels  , et ne sauraient être classés selon une vision binaire du monde. Ainsi, comme il existe des Verts au solide ancrage rural et attachés aux traditions, il y a des PLR sincèrement préoccupés par les questions environnementales, et même des UDC avec une vision humaniste de la politique migratoire.

Mais en campagne électorale on appelle ça de l’instrumentalisation, et l’instrumentalisation c’est mal, surtout quand ce sont les autres qui en font.

 

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