L’histoire est un perpétuel recommencement avec des fantaisies.
A Marignan, en 1515, des mercenaires suisses enrôlés dans des armées ennemies se battaient les uns contre les autres, mais pas pour leur pays, pour leurs employeurs respectifs. Le carnage final a incité les Suisses à réfléchir. Certains prétendent que Marignan est à l’origine de la neutralité suisse.
A Lens, en 2016, des Albanais, parfois frères, enrôlés dans des équipes de foot rivales, se sont battus les uns contre les autres, pour leurs employeurs respectifs, confondus avec des pays. Par bonheur, à la différence de ce qui s’est passé à Marignan, il n’y a pas eu de morts, ni même de blessés ; les supporters des deux équipes étaient au demeurant plutôt civilisés. On s’en réjouit. Mais que se serait-il passé si les mercenaires albanais avaient été employés par des Russes et des Anglais à Marseille ?
A vrai dire, les joueurs de foot internationaux sont malheureusement des mercenaires achetés et vendus au gré du marché, de leurs qualités professionnelles et des moyens financiers des employeurs. Et le nationalisme de mauvais aloi qui pervertit les équipes menace à tout moment de transformer le sport en un jeu sanglant du cirque. C’est d’une tristesse à mourir.
Chaque fois qu’un drapeau est hissé, qu’un hymne national est chanté, on éprouve une nausée. Combien de temps faudra-t-il encore pour que le football tire la leçon de Marignan ?
Le 14 juin 2016