La Suisse et le monde

Etat islamique, avatar proche-oriental du fascisme?

A nouveau, l’"Etat islamique" a frappé. Comme toujours, avec un sens achevé de la médiatisation. Au Proche-Orient : mise en scène de tueurs de nationalité occidentale, préparation de la destruction massive de pièces maîtresses du patrimoine historique de l’humanité, vidéos d’horreur, emplies de toute l’horreur du réel. En Tunisie: au début de la saison touristique, d’abord le musée du Bardo, maintenant les grands hôtels de la côte, tout à fait sur le modèle du fou raciste norvégien qui a froidement tué voici 3 ans 77 jeunes dans un camp de vacances. Faire fuir le touriste, c’est fragiliser l’économie encore un peu plus, pour que les laissés pour compte rejoignent le camp de ceux qui ont fait fuir ceux qui auraient pu être leurs clients.

Et si tout cela, qui dure depuis plus de vingt ans (l’attentat de Louxor… les années noires en Algérie), était une forme proche-orientale de fascisme ?

Le terme de fascisme et de fasciste a été tellement galvaudé qu’on en a un peu oublié les fondamentaux du fascisme historique, celui qui a failli emporter la civilisation européenne dans les années 30 et 40. Le mouvement a été lancé par Mussolini, puis porté aux extrêmes par Hitler, et imité dans des versions moins exaltées par des dictateurs de la péninsule ibérique et d’Amérique du Sud. Mouvement dont les caractéristiques sont l’autoritarisme, l’absence de légalité dans la sphère politique, donc la légitimation d’une vraie dictature, assumée, cultivée, portée aux nues ; un nationalisme exacerbé qui vire vite au racisme et à la volonté forcenée d’uniformisation à l’intérieur et de conquête voire d’extermination à l’extérieur ; un dictature culturelle et comportementale, un embrigadement constants, la censure permanente ; l’affirmation d’une communauté nationale à prétention sociale mais qui en vérité a plus que laissé tranquilles les grandes fortunes, les industriels et les héritiers. Enfin, un trait typique du fascisme est d’attirer par sa rhétorique et ses contenus une partie des perdants du moment.

Ces formes de gouvernance déviantes ne se sont nullement limitées au monde occidental. Le cas du Japon impérial, allié d’Hitler et de Mussolini, responsable d’innombrables atrocités notamment en Chine, faisant régner la terreur dans toute l’Asie du Sud-Est, le démontre bien. On connaît moins les manigances fascistes en Inde. On peut citer ici Chandra Bose, qui, en dissidence avec Gandhi dont il désapprouvait les méthodes non violentes, se mit à courtiser Hitler au nom du principe que les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Puis, après avoir été poliment éconduit à Berlin, il offrit les services de son armée de libération de l’Inde aux Japonais puis mourut dans les derniers jours de la guerre des suites d’un accident d’avion.

Oui, le fascisme est possible partout au monde. Voici donc le tour de sa variante proche-occidentale. Par ses formes, tyrannie, mise en scène spectaculaire, nivellement de toute différence culturelle, sa radicalité, son culte du chef et sa violence sans limites mais savamment orchestrée, l’Etat islamique présente toute les caractéristiques du fascisme. Et que dire de ses fondements idéologiques ? A Mein Kampf a succédé une litanie pseudo-religieuse, qui prend la lecture de textes sacrés mal compris, parodiés et pervertis comme prétexte à massacrer et à opprimer.

L’originalité de cette nouvelle forme de fascisme est en effet de se nicher tel un virus au cœur de la pensée, des références émotionnelles des personnes de foi musulmane, afin de dénaturer cette dernière et de les détourner peu à peu du droit chemin. Toute religion contient des références guerrières, intransigeantes, des injonctions comminatoires, toujours à remettre dans leur contexte mais dont on peut en effet abuser. C’est l’occasion de rappeler très clairement que le vrai contenu d’une religion est spirituel, ses textes sont des véhicules pour parvenir à l’expérience spirituelle ; séparer les textes de l’esprit c’est les trahir, l’esprit est placé largement au-dessus du texte.

La religion devrait être aux premières loges pour dénoncer son instrumentalisation. Il importe que les religions comprennent l’islamisme comme une forme de fascisme et de trahison de la religion, et dénoncent avec la dernière énergie toute imposture de ce type. Et l’erreur majeure à ne pas commettre serait de tomber dans le piège de confondre islam et islamisme. C’est tout aussi absurde et insultant que de confondre les Evangiles et le christianisme avec l’inquisition, la conversion forcée ou les Croisades, soit les abus faits en son nom. Et c’est tout ce que les islamistes cherchent : polariser, amalgamer, pour déstabiliser un maximum de musulmans en faisant croire à une guerre de religion, d’un affrontement entre civilisations. Alors que c’est un affrontement, oui, mais entre les civilisations quelles qu’elles soient, et la barbarie.

Lorsque les valeurs constitutives du monde, à savoir la déclaration des droits humains et les libertés politiques, étaient en grand danger, des millions de femmes et d'hommes d’Amérique et d’Europe se sont engagés pour les défendre et, en alliance avec une Union soviétique traîtreusement agressée, ont pu mettre fin au règne du fascisme. Aujourd’hui, une nouvelle grande alliance est nécessaire pour déraciner dans les têtes et les cœurs la bête fasciste qui renaît de ses cendres dans les déserts de Mésopotamie, de Syrie et de Libye, et la combattre fermement sur tous les fronts. Que l’on soit Chrétien, Juif, Musulman, Hindouiste ou Bouddhiste on ne peut aucunement laisser des criminels tuer et détruire leur prochain en osant invoquer une religion. Et au-delà des religions, comme dans les années 30 et 40, ce sont les valeurs humanistes qui rendent la vie possible sur Terre qui sont en jeu. Chacun est concerné.

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