La Suisse à 10 millions d'habitants

Le Valais, ce nouveau Tessin

Un an après l'acceptation de l'Initiative Weber et au moment de voter sur la révision de la loi sur l'aménagement du territoire (LAT), le Valais, aussi traumatisé qu'au premier jour, s'engage sur une voie de plus en plus solitaire, un peu comme le Tessin avant lui. La Suisse aurait-elle mal à sa frontière sud?

Ainsi donc, seul contre tous, le Valais mène sa croisade contre la révision de la LAT, comme il mena celle contre l'initiative Weber il y a un an – avec le résultat que l'on sait. Un canton seul, abandonné et incompris de tous, fait bloc: à l'exception des verts, une espèce en l'occurrence bien courageuse, tous les groupements et partis cantonaux s'opposent à la révision, jusqu'à ce groupement citoyen de valaisans du dedans et du dehors qui se jette corps et âme dans la campagne comme si sa vie en dépendait. Et à en croire l'essentiel des élites valaisannes, le vote du 3 mars sur la révision de la LAT, dont nous avons déjà parlé ici, est effectivement une question cruciale.

Disons-le tout haut: c'est à n'y rien comprendre. On a l'impression qu'un an après l'acceptation de la Lex Weber, le Vieux-Pays, en plein déni, cherche à rejouer le match. Alors certes, si la révision est approuvée le 3 mars, le Valais, comme d'autres cantons, devra déclasser certaines de ses zones constructibles. Mais regardons les choses en face: dès lors que la construction de chalets et d'appartements de vacances y est bannie, l'écrasante majorité des terrains qui devront être dézonés n'ont plus de constructible que le nom. La nouvelle LAT ne ferait qu'avaliser une décision qui a déjà été prise par le peuple et les cantons. A l'inverse, un refus de la LAT dans les urnes ne permettra en aucun cas aux stations valaisannes de revenir au mode de développement qui était le leur avant la votation de l'an passé. Cette bataille-ci est perdue. 

Cet entêtement qui a quelque chose d'un peu suicidaire pourrait traduire un schisme plus profond: le Valais ne semble pas avoir la même notion du fédéralisme que le reste du pays. Vu du dehors, on a le sentiment que le Vieux-Pays, qui fut longtemps république indépendante tout en étant intimement liée à la Confédération, en a gardé les réflexes. Le fédéralisme y équivaut à un "fichez-nous la paix, nous sommes ici chez nous, nous y faisons ce que nous voulons", avec une forte emphase sur ce "nous" exclusif, assez choquant pour les autres Confédérés. De là, ce refus absolu, épidermique, que l'état fédéral intervienne dans les affaires du Canton. Une attitude un peu dissymétrique d'ailleurs: un Valaisan peut bien gouverner la Suisse – ça s'est vu – mais la Suisse, elle, ne saurait commander au Valais.

Il faut toutefois dépasser le simple constat de l'incompréhension. Il faut d'abord admettre qu'à travers deux votations intervenant dans un laps de temps très court, le Valais risque de se concevoir comme durablement marginalisé par le reste du pays, en même temps que son économie est touchée au coeur – et le jugement qu'on peut porter sur son mode de développement économique n'y change rien. Ce n'est pas un phénomène totalement nouveau: depuis une quinzaine d'années, le Tessin est systématiquement marginalisé par le reste du pays dès lors qu'il s'agit d'accords européens, le Nord des Alpes ignorant superbement les problèmes quotidiens que Bellinzone doit affronter dans ses relations avec son gigantesque voisin lombard. Abandonné, le Tessin manifeste son impuissance à influencer le débat fédéral sur ce sujet en votant de manière extrême. Il y a malheureusement fort à parier que s'engage entre la Suisse et le Valais, sur les questions de gestion du territoire, la même incompréhension, voire le même mépris. Certes, en démocratie, la majorité dirige et gouverne – mais elle doit le faire dans le respect des minorités. Du point de vue des relations confédérales, la Suisse a mal a sa frontière sud. Et si la solution en ce qui concerne la Suisse italienne apparaît limpide – nous devons maintenant lui garantir une présence au gouvernement – il nous reste à imaginer le mécanisme par lequel la Confédération pourrait aider le Valais à sortir de la situation difficile dans laquelle il se trouve, et dont elle porte une part évidente de responsabilité.

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