Droits humains

Twitter toxique et sexiste

« Nauséabonde propagande par la nuisible Manon Schick ». Voilà ce que disait, il y a quelques mois, un tweet d’une personne visiblement domiciliée en France et proche de l’extrême-droite. Dans mon cas, rien de grave. Cela ne m’a pas empêchée de dormir, ni de continuer à être active sur Twitter. Mais pour beaucoup d’utilisateurs, et notamment aussi de nombreuses utilisatrices, les réseaux sociaux peuvent se révéler une expérience extrêmement toxique.

Facebook s’est déjà retrouvée dans la tourmente pour avoir vendu les données de millions de ses « fans » à Cambridge Analytica. Aujourd’hui, c’est au tour de Twitter de se retrouver sur le banc des accusés. Car malgré les signalements, le réseau social identifié par l’oiseau blanc sur fond bleu ne supprime pas les attaques. C’est ainsi que des tweets du genre « Tu ne peux pas juste crever, salope ? » restent en ligne alors qu’ils contreviennent clairement à la politique en matière de conduite haineuse de Twitter, qui interdit, entre autres, les « clichés racistes sans consentement de la part de la personne visée » et les « menaces violentes ». Quant aux auteurs de ces attaques, ils restent anonymes et bien à l’abri derrière leur ordinateur.

Il y a un peu plus de deux mois, Amnesty International a publié des recherches approfondies sur les expériences de femmes ayant signalé des violences et des injures sur Twitter, plateforme devenue tristement célèbre pour sa tolérance à l’égard des pires discours misogynes. Nous avons rassemblé des informations sur la frustration généralisée quant à l’application incohérente par Twitter de ses propres politiques, et quant au fait que la plateforme n’explique pas ses décisions parfois déroutantes sur les circonstances dans lesquelles un contenu injurieux est autorisé.

« C’est la nature même de Twitter »

Le témoignage de Miski Noor, qui gère la page du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis, est édifiant : « Je vois tous les jours les messages haineux déposés sur la page et les horreurs adressées aux organisateurs et organisatrices noirs. Il y a des gens qui ont des comptes uniquement destinés à troller d’autres personnes (…), qui s’en prennent toujours à d’autres personnes parce qu’elles sont migrantes, homosexuelles, transgenres, musulmanes ou handicapées. Ils savent que nous avons telle ou telle identité et ils cherchent activement à nous détruire. Ça n’est pas anecdotique, c’est une tactique (…). C’est la nature même de Twitter. »

L’an dernier, une autre recherche menée par Amnesty auprès de 4000 femmes dans huit pays constatait que plus de trois quarts (76 %) des femmes qui, selon leurs dires, avaient subi du harcèlement sur une plateforme de réseau social avaient modifié la manière dont elles utilisaient ces plateformes. 32 % ont cessé de publier du contenu véhiculant leur opinion sur certains sujets.

Prenons-les au mot

Twitter a récemment déclaré : « Nous soutenons les femmes à travers le monde pour qu’elles se fassent remarquer et entendre. » Prenons-les les patrons du réseau social au mot ! J’ai écrit à Jack, le patron de Twitter, pour lui demander d’appliquer les règles que le réseau s’est lui-même fixées. Je vous invite à en faire de même. Et à rejoindre nos Troll Patrol, un groupe de volontaires qui s’engagent à analyser des tweets et à les classifier comme sexistes ou homophobes, ou comme contenant des menaces sexuelles ou physiques, par exemple. Notre but : créer une gigantesque base de données d’exemples de tweets injurieux contre des femmes, qui nous aidera à identifier les violences en ligne et à mieux comprendre comment elles fonctionnent. S’il est possible pour de simples usagers d’identifier systématiquement les violences en ligne, alors Twitter devrait en être capable aussi !