Une attaque sans précédent contre nos droits fondamentaux

Le 25 novembre prochain, la population suisse est appelée à voter sur l’initiative de l’UDC dite « Le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l’autodétermination) ». Cette initiative représente un véritable danger pour notre pays, mais aussi pour les autres pays européens, car elle essaie de nous tromper sur sa portée dévastatrice. Le point ci-dessous sur quelques affirmations mensongères des initiants.

Une initiative anti-droits humains

Qu’on ne s’y trompe pas : l’initiative ne mentionne pas les droits de l’homme, mais elle vise clairement à obtenir le retrait de la Suisse de la Convention européenne des droits de l’homme. Le journal tous-ménages distribué par l’UDC en mars 2015, lors du lancement de l’initiative, évoquait d’ailleurs les « arrêts choquants de la cour européenne des droits de l’homme ».

On peut ne pas être d’accord avec toutes les décisions prises par un tribunal, par exemple par le Tribunal fédéral. Faut-il pour autant proposer de supprimer ce tribunal si ses décisions ne nous plaisent pas ?

Pour rappel, la Convention européenne des droits de l’homme protège les droits fondamentaux de toutes les habitantes et de tous les habitants du continent européen, du Portugal à la Russie. Les droits énoncés dans cette convention sont garantis par l’existence d’une cour, la Cour européenne des droits de l’homme, basée à Strasbourg. Chaque État membre du Conseil de l’Europe envoie un juge à cette cour.

La Cour européenne est une cour unique au monde, devant laquelle chaque habitant d’un pays membre du Conseil de l’Europe peut recourir s’il s’estime victime d’une décision arbitraire. Les arrêts rendus par la cour de Strasbourg ont fait progresser le respect des droits humains en Europe, et même dans notre pays où ces droits ont largement inspiré la rédaction de notre nouvelle Constitution.

Des juges « étrangers » ou « internationaux » ?

Contrairement à ce qu’affirme l’UDC, les juges de la cour ne sont pas des « juges étrangers ». Le terme correct aurait été de les appeler « juges internationaux », c’est-à-dire des juges qui viennent de tous les pays membres du Conseil de l’Europe. Mais le terme « international » ne sonnait pas de façon assez négative aux oreilles des initiants, qui ont préféré les désigner comme des « juges étrangers ».

Or il ne s’agit pas d’étrangers : il y a deux Suisses parmi les 47 juges qui siègent à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg (l’une, la Zurichoise Helen Keller, qui représente la Suisse, l’autre, le Saint-Gallois Carlo Ranzoni, qui représente le Liechtenstein). Aucun autre pays n’est représenté par deux juges, donc la Suisse est, d’une certaine façon, privilégiée dans cette cour.

Il ne viendrait à personne l’idée de remettre en question un arrêt du Tribunal fédéral au sujet d’une loi argovienne sous prétexte que le juge qui a pris la décision est un Vaudois. Pourquoi en irait-il différemment avec la Cour européenne des droits de l’homme ?

Ajoutons que la Suisse n’a été que très rarement condamnée par cette cour, si on compare avec des pays comme la Turquie ou la Russie. Pourtant, cela constitue une protection essentielle pour notre liberté et notre sécurité. Car aucun pays, pas même le nôtre, n’est à l’abri de violations des droits des individus ou des minorités.

La Suisse est libre de signer des traités

Contrairement également aux affirmations de l’UDC, la Suisse n’a pas renoncé à son autodétermination. Notre pays ne subit pas les décisions prises par d’autres États. La Suisse choisit librement de conclure des traités avec les autres États et c’est en général le Parlement qui se prononce. Cela a été le cas en 1974, lorsque l’Assemblée fédérale (élue par le peuple suisse) a approuvé la Convention européenne des droits de l’homme.

C’était le cas aussi l’an dernier lorsque l’Assemblée fédérale a par exemple décidé de ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Est-ce que ces ratifications portent atteinte à notre autodétermination ? Ces signatures engagent bien sûr la Suisse à respecter les traités, mais personne n’a mis un pistolet sur la tempe des parlementaires pour les forcer à accepter ces ratifications.

NON le 25 novembre

Ceux qui veulent nous ôter la possibilité de recourir devant la cour de Strasbourg veulent nous priver de nos droits fondamentaux. Espérons que la population suisse ne se laissera pas duper et votera NON à cette initiative dangereuse et mensongère.

Mince espoir en Turquie

Ouf, quel soulagement! Mi-août, après plus de quatorze mois de détention arbitraire, le président de la Section turque d’Amnesty International, Taner Kiliç a été libéré (on le voit ci-dessus en photo à sa sortie de prison, accueilli par sa femme et ses trois filles).

Cet avocat avait été arrêté en juin 2017, juste un mois avant dix autres défenseurs et défenseuses des droits humains – et parmi eux figurait notamment ma collègue directrice de la Section turque, Idil Eser. Ce groupe avait finalement été relâché au bout de trois mois, après une intense campagne en faveur de leur libération, mais les charges contre eux n’ont pas été abandonnées pour autant. Tous risquent toujours plusieurs années de prison s’ils sont condamnés, sur la base d’accusations absurdes et d’un procès qui ressemble davantage à une farce qu’à un semblant de justice.

Une parodie de procès

J’étais présente en juin à l’une des audiences de leur procès. Notre ami Taner y assistait par vidéoconférence depuis sa prison. Nous étions bien trop nombreux dans cette petite salle du tribunal d’Istanbul et nous partagions les quelques chaises disponibles avec les représentants des ambassades européennes, venus témoigner de leur préoccupation face à cette attaque sans précédent contre notre organisation.

Les cinq heures d’audience m’ont paru un spectacle grotesque : les deux témoins qui avaient oublié leur déposition d’origine, la cour qui contestait les conclusions d’un rapport de la police turque qui établissait que Taner n’avait pas téléchargé une application suspecte sur son téléphone, bref : il semblait impossible qu’il ne soit pas relâché. Tout cela aurait prêté à sourire si ce n’était pas la liberté de nos collègues qui était en jeu.

Quatorze dans une cellule pour trois

A la lecture du verdict, nous étions effondrés : Taner était maintenu en détention, sans aucune raison valable, et le procès devait se poursuivre en novembre seulement. Les gardiens ont ramené Taner dans sa cellule surpeuplée, prévue pour trois personnes mais partagée avec treize autres détenus. Nous avons ravalé notre rage et continué de faire pression : c’était reparti pour une série de lettres aux autorités turques, aux ambassades, ainsi qu’à Taner et à sa famille pour leur dire de ne pas perdre espoir.

Et mi-août, notre espoir est devenu réalité. La cour a décidé de le libérer, de façon conditionnelle, certes, mais c’est une première victoire. La route sera encore longue et semée d’embûches jusqu’à ce que tous les journalistes et les défenseurs des droits humains détenus arbitrairement en Turquie soient libérés. Des milliers de personnes sont accusées de terrorisme alors qu’elles n’ont fait que critiquer le gouvernement. Une façon bien pratique de les réduire au silence. Mais nos collègues turcs ne se laisseront pas museler. Ils ont besoin de notre solidarité pour pouvoir poursuivre leur combat nécessaire en faveur de la justice en Turquie.

Toujours pas d’accès légal à l’avortement en Argentine

Je viens de lire le témoignage d’Ana Correa (ici en espagnol et ici en anglais) et j’en ai les larmes aux yeux. Son histoire est pourtant terriblement banale : mère d’un petit garçon, elle découvre lors de sa deuxième grossesse que le fœtus souffre d’une maladie grave et n’est pas viable et, pire encore, que sa propre santé est en danger si elle mène sa grossesse à terme.

Elle doit avorter. Mais elle vit en Argentine, un pays qui interdit l’accès légal à une interruption de grossesse sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Malgré les risques encourus par Ana, plusieurs médecins lui refusent leur aide. Elle raconte comment elle a dû chercher une solution pour avorter de façon clandestine, et qu’elle a failli mourir.

Le cintre ou l’aiguille à tricoter

Ce genre de témoignages était légion en Suisse aussi, quand l’interruption de grossesse était illégale. Ce n’est que depuis l’entrée en vigueur de la solution des délais, en 2002, que les Suissesses peuvent avoir recours à un avortement dans tous les cantons. Mais avant cette date, les avortements avaient lieu quand même, dans la clandestinité, à l’aide d’aiguilles à tricoter ou de cintres.

Le Sénat argentin disposait d’une occasion historique de mettre fin à l’utilisation de ces méthodes moyenâgeuses et de permettre enfin aux femmes argentines de disposer de leur corps. Hélas, il a rejeté un projet de loi visant à autoriser l’accès à l’interruption volontaire de grossesse au cours des 14 premières semaines.

Cette loi avait pourtant été acceptée par le Congrès en juin, mais elle nécessitait l’aval du Sénat. Après un débat fleuve, et malgré la pression de la rue, les sénateurs et sénatrices ont hélas choisi de faire fi de la demande de centaines de milliers de femmes argentines qui se battent pour leurs droits sexuels et reproductifs.

Avortements dangereux

La loi argentine en vigueur – qui criminalise l’avortement sauf en cas de danger pour la vie ou la santé de la mère, ou en cas de viol – a coûté la vie à plus de 3’000 femmes argentines au cours des 30 dernières années. Près de 50’000 autres mettent leur santé et leur vie en danger chaque année, en pratiquant des avortements clandestins. Ces pratiques dangereuses sont la principale cause de mortalité maternelle dans ce pays, ce qui est particulièrement choquant au vu du niveau de développement élevé du système de santé argentin.

Les femmes argentines, et moi avec, sont extrêmement déçues de cette occasion manquée. Mais elles reprendront le combat, pour que le prochain vote soit le bon, et qu’enfin elles puissent librement disposer de leur corps.

Twitter toxique et sexiste

« Nauséabonde propagande par la nuisible Manon Schick ». Voilà ce que disait, il y a quelques mois, un tweet d’une personne visiblement domiciliée en France et proche de l’extrême-droite. Dans mon cas, rien de grave. Cela ne m’a pas empêchée de dormir, ni de continuer à être active sur Twitter. Mais pour beaucoup d’utilisateurs, et notamment aussi de nombreuses utilisatrices, les réseaux sociaux peuvent se révéler une expérience extrêmement toxique.

Facebook s’est déjà retrouvée dans la tourmente pour avoir vendu les données de millions de ses « fans » à Cambridge Analytica. Aujourd’hui, c’est au tour de Twitter de se retrouver sur le banc des accusés. Car malgré les signalements, le réseau social identifié par l’oiseau blanc sur fond bleu ne supprime pas les attaques. C’est ainsi que des tweets du genre « Tu ne peux pas juste crever, salope ? » restent en ligne alors qu’ils contreviennent clairement à la politique en matière de conduite haineuse de Twitter, qui interdit, entre autres, les « clichés racistes sans consentement de la part de la personne visée » et les « menaces violentes ». Quant aux auteurs de ces attaques, ils restent anonymes et bien à l’abri derrière leur ordinateur.

Il y a un peu plus de deux mois, Amnesty International a publié des recherches approfondies sur les expériences de femmes ayant signalé des violences et des injures sur Twitter, plateforme devenue tristement célèbre pour sa tolérance à l’égard des pires discours misogynes. Nous avons rassemblé des informations sur la frustration généralisée quant à l’application incohérente par Twitter de ses propres politiques, et quant au fait que la plateforme n’explique pas ses décisions parfois déroutantes sur les circonstances dans lesquelles un contenu injurieux est autorisé.

« C’est la nature même de Twitter »

Le témoignage de Miski Noor, qui gère la page du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis, est édifiant : « Je vois tous les jours les messages haineux déposés sur la page et les horreurs adressées aux organisateurs et organisatrices noirs. Il y a des gens qui ont des comptes uniquement destinés à troller d’autres personnes (…), qui s’en prennent toujours à d’autres personnes parce qu’elles sont migrantes, homosexuelles, transgenres, musulmanes ou handicapées. Ils savent que nous avons telle ou telle identité et ils cherchent activement à nous détruire. Ça n’est pas anecdotique, c’est une tactique (…). C’est la nature même de Twitter. »

L’an dernier, une autre recherche menée par Amnesty auprès de 4000 femmes dans huit pays constatait que plus de trois quarts (76 %) des femmes qui, selon leurs dires, avaient subi du harcèlement sur une plateforme de réseau social avaient modifié la manière dont elles utilisaient ces plateformes. 32 % ont cessé de publier du contenu véhiculant leur opinion sur certains sujets.

Prenons-les au mot

Twitter a récemment déclaré : « Nous soutenons les femmes à travers le monde pour qu’elles se fassent remarquer et entendre. » Prenons-les les patrons du réseau social au mot ! J’ai écrit à Jack, le patron de Twitter, pour lui demander d’appliquer les règles que le réseau s’est lui-même fixées. Je vous invite à en faire de même. Et à rejoindre nos Troll Patrol, un groupe de volontaires qui s’engagent à analyser des tweets et à les classifier comme sexistes ou homophobes, ou comme contenant des menaces sexuelles ou physiques, par exemple. Notre but : créer une gigantesque base de données d’exemples de tweets injurieux contre des femmes, qui nous aidera à identifier les violences en ligne et à mieux comprendre comment elles fonctionnent. S’il est possible pour de simples usagers d’identifier systématiquement les violences en ligne, alors Twitter devrait en être capable aussi !

Une première étape vers davantage de responsabilité des multinationales?

Glencore, une multinationale active dans le domaine de l’extraction de matières premières, expulse de force des communautés indigènes au Pérou pour pouvoir agrandir l’une de ses mines : c’est ce que révélait l’association Comundo le mois dernier. Un exemple parmi de nombreux autres qui prouve que les entreprises basées en Suisse ne respectent pas toujours les droits humains et l’environnement dans leurs activités à l’étranger.

Recours au travail des enfants et au travail forcé, appropriation de terres par des expulsions, pollution des rivières et des champs en y déversant des déchets toxiques, autant de comportements de nos entreprises qui ne seraient jamais tolérés s’ils se déroulaient en Suisse, mais qui passent inaperçus quand ils se déroulent à des milliers de kilomètres.

Ces comportements sont inacceptables. C’est pourquoi il faut fixer des règles valables pour toutes les firmes suisses. Depuis des années, les principales organisations non gouvernementales de notre pays actives dans les domaines de l’entraide, des droits humains, des droits des femmes, de la protection de l’environnement, des Eglises, mais aussi des syndicats et des associations d’actionnaires, militent pour des règles contraignantes qui obligeraient les entreprises suisses à respecter les droits humains et l’environnement, dans notre pays et à l’étranger. L’initiative pour des multinationales responsables, sur laquelle la population suisse sera appelée à voter, est aujourd’hui soutenue par plus de cent organisations et cinquante entreprises.

Le Conseil fédéral refuse de fixer des règles

Dans ce domaine comme dans d’autres, l’autorégulation est insuffisante. Elle est par exemple insuffisante pour garantir un droit pourtant ancré dans la Constitution, celui de l’égalité entre femmes et hommes dans notre pays. Alors comment imaginer que l’autorégulation soit suffisante pour faire respecter les droits humains et l’environnement à l’étranger ? C’est pourtant la position défendue par le Conseil fédéral, qui refuse de fixer des règles contraignantes.

Fort heureusement, certains parlementaires ont compris que l’Etat devait agir et fixer des règles valables pour toutes les entreprises. Un contre-projet indirect a été élaboré par la commission des affaires juridiques du Conseil national dans le cadre de la révision du droit de la société anonyme. Une première étape qui pourrait être confirmée par l’ensemble du Conseil national en juin.

La coalition pour des multinationales responsables, dont Amnesty International fait partie, attend des parlementaires qu’ils fixent enfin un cadre légal contraignant les multinationales suisses à respecter les droits humains et l’environnement, et surtout qu’ils prévoient la possibilité de sanctionner celles qui continueraient à s’en moquer.

Des entreprises sont en faveur d’un contre-projet

Bon nombre d’entreprises ont compris qu’il était dans leur intérêt que toutes les firmes soient soumises aux mêmes règles et que les mesures d’autorégulation prônées par le Conseil fédéral étaient insuffisantes. Certaines se sont prononcées ouvertement en faveur d’un contre-projet qui prévoit des mesures contraignantes, comme le Groupement des entreprises multinationales (GEM, qui regroupe plus de 90 multinationales), ou encore des entreprises comme la Migros ou Ikea.

Un sondage mené l’an dernier auprès d’un échantillon représentatif de la population suisse montrait que la question bénéficie d’une très large sympathie : 77% des personnes interrogées se déclaraient en faveur de règles qui obligent les entreprises suisses à respecter les droits humains et l’environnement dans l’ensemble de leurs activités. Il est plus que temps d’agir pour éviter de nouveaux exemples de violations dramatiques commises par des multinationales domiciliées dans notre pays.

Parce que nous sommes des femmes

Pour étrenner mon blog sur le site du Temps, le thème des droits des femmes me paraissait incontournable, notamment parce que Le Temps mène durant un mois une excellente opération sur l’égalité entre femmes et hommes. Mais aussi et surtout parce que les récentes mobilisations des femmes montrent que nous pourrions vivre un tournant : aux États-Unis, suite à l’électrochoc qu’a représenté l’élection d’un président qui traite les femmes comme des objets sexuels, les Américaines ont manifesté par centaines de milliers. En Pologne, les femmes descendent dans la rue, vêtues de noir, pour s’opposer à la limitation de l’accès à l’avortement dans l’un des pays déjà les plus restrictifs en matière d’IVG. Partout dans le monde, les femmes se mobilisent sur les réseaux sociaux sous le slogan #metoo ou #balancetonporc pour dénoncer le viol ou le harcèlement sexuel qu’elles ont subi seulement parce qu’elles sont des femmes.

Il faut le rappeler : toutes ces violences ou ces discriminations ont le genre pour cause commune. Parce que nous sommes des femmes, on nous refuse dans certains pays le droit à l’éducation, l’accès au marché du travail ou la possibilité de divorcer. Parce que nous sommes des femmes, nous sommes victimes de mutilations génitales, de viols comme arme de guerre, de féminicides. Parce que nous sommes des femmes, nous risquons dans certains États la prison pour un avortement clandestin ou même une condamnation à des années de détention pour une fausse couche.

Les inégalités salariales se maintiennent

Et si en Suisse les femmes ont obtenu – souvent de haute lutte – le droit de vote, l’accès à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse, ou encore la condamnation du viol au sein du couple, il ne faut pas se leurrer : l’égalité a beau exister dans la loi, elle n’est pas encore, et de loin, réalité. Les femmes restent sous-représentées en politique et dans les postes à responsabilité des grandes entreprises. La charge du travail domestique reste majoritairement assumée par les femmes. Leur salaire reste inférieur de près de 20 pourcent à celui des hommes, notamment parce qu’elles travaillent davantage à temps partiel et n’accèdent pas aux mêmes responsabilités. Mais ces justifications ne suffisent pas : la différence salariale inexplicable et non liée à des facteurs objectifs reste de 7 pourcent dans notre pays, et cet écart n’est pas en train de se réduire.

Il est donc impératif d’adopter rapidement des mesures contraignantes pour lutter contre cette discrimination à l’égard des femmes. Nos autorités – essentiellement composées d’hommes – rechignent : le Conseil des États a refusé en mars une mesure en faveur de l’égalité salariale au sein des entreprises. Une mesure pourtant très limitée, puisqu’elle ne visait qu’à imposer aux entreprises de plus de 50 employées et employés d’analyser les salaires une fois tous les quatre ans et de faire contrôler cette analyse par un tiers, mais ne prévoyait aucune sanction en cas de disparités salariales.

A quand une nouvelle grève des femmes ?

Aux États-Unis ou en Pologne, il a fallu de véritables retours en arrière pour que les femmes s’insurgent. Que faudra-t-il pour que les femmes suisses se mettent à nouveau en grève ? J’avais seize ans lors de la grève des femmes du 14 juin 1991, une grève qui visait à faire appliquer l’égalité entre hommes et femmes dans notre pays, et j’étais allée à l’école habillée de rose, par signe de solidarité avec ce mouvement. Vingt-cinq ans plus tard, force est de constater que les femmes ne sont toujours pas les égales des hommes. Et si nous ressortions nos habits roses du placard et réclamions que l’égalité des droits devienne enfin réalité ?