Ultralibéral, ultracaricatural ?

Au cours de mes activités politiques, j’ai eu l’occasion d’être qualifiée d’ultralibérale. Que cela soit par des inconnus, des proches ou même des collègues de parti. En Suisse, soutenir une mesure libérale, y compris lorsqu’elle est consensuelle[1], peut vous valoir d’être ainsi caricaturé. Par exemple, un journaliste du Matin, tint ces propos au sujet de la légalisation du cannabis dans l’un de ses articles : « Les producteurs sont partisans d’un modèle ultralibéral, à l’image de ce qu’a fait le Colorado aux États-Unis. »[2] Alors, forcément, on vient à se demander ce que cela signifie. Si l’on demande conseil à notre ami Google, on apprend que c’est un terme polémique désignant péjorativement quelque chose de peut-être libéral[3]. Peut-être, parce qu’il n’y a pas de consensus sur la signification de ce terme. En somme, c’est un mot fourre-tout pour décrédibiliser l’adversaire. Charmant, cette volonté de débattre de façon honnête.

Parfois, j’essaie de comprendre ce besoin de simplifier, de mettre dans une case. Cela relève à mon avis de la paresse intellectuelle. Je comprends que nous ne soyons pas du même avis, la diversité est saine et même souhaitable. C’est en débattant avec autrui que l’on se forge une opinion. Seule la concurrence des idées et leur choc permet de faire émerger une vérité, si relative soit-elle.

Seulement, user de ce terme est bien la preuve qu’un débat sera vain. En un mot, la fermeture de notre interlocuteur nous est connue. Par le simple préfixe qu’est ultra-, on sait alors que l’autre nous considère comme extrémiste. Que notre position est excessive. Or, nous le savons tous, tout ce qui est excessif est insignifiant. On est donc TROP libéral. Mais sait-il au juste ce que signifie le terme libéral ? Sur internet (là encore, Google est votre ami), on trouve la définition suivante : « Ensemble des doctrines politiques fondées sur la garantie des droits individuels contre l’autorité arbitraire d’un gouvernement (en particulier par la séparation des pouvoirs) ou contre la pression des groupes particuliers (monopoles économiques, partis, syndicats).»[4]  Ensemble sous-entend qu’il y a plusieurs visions du libéralisme, plusieurs approches. Que l’on défende le libéralisme classique (« doctrine qui défend la propriété privée, une économie de marché non entravée, l’État de droit, les garanties constitutionnelles de liberté religieuse et de liberté de la presse, et des relations internationales pacifiées par le libre-échange. »[5]), le minarchisme (« théorie politique qui prône un Etat minimum limité à ses pouvoirs régaliens (Etat-Gendarme) qui sont ceux de sa stricte légitimité : le maintien de l’ordre, la justice, la défense du territoire. »[6]) ou l’anarcho-capitalisme (« philosophie individualiste du droit basée sur la non-agression. Sont légitimes toutes les interactions entre adultes consentants ; sont illégitimes toutes les atteintes à la propriété d’un tiers non consentant. »[7]) ; tout libéral peut avoir son propre idéal. En accord avec cette liberté qui nous est chère, nous n’imposons pas notre vision du monde (bien commun pour les intimes) à autrui. Cette ignorance du libéralisme est patente jusque parmi ceux qui se qualifient pourtant de libéraux. Ou plutôt de “libéraux-responsables“. Pour ces personnages, la nuance est inconnue. N’est-il pas possible de confronter nos idéaux sans taxer illico presto notre condisciple d’idéologue ?

Edouard Philippe le résume bien : « Quand on veut disqualifier une politique, ou une mesure, libérale, on la qualifie d’ « ultra-libérale ». Cela permet de tuer immédiatement le débat et de rejeter d’emblée l’adversaire dans un enfer assez effrayant peuplé d’horribles individus qui ne rêvent que d’une chose : que les citoyens soient laissés à eux-mêmes et qu’ils ne soient plus soignés, protégés, transportés, soutenus. Bref, administrés. »[8]

[1]https://www.tdg.ch/suisse/suisses-prets-legaliser-cannabis/story/19912748

[2]https://www.lematin.ch/navlematindimanche/ouvert/Les-500-000-fumeurs-suisses-de-cannabis-valent-une-fortune/story/17390892

[3]https://fr.wikipedia.org/wiki/Ultralibéralisme

[4]http://www.cnrtl.fr/definition/libéralisme

[5]https://www.contrepoints.org/2010/10/30/5735-qu’est-ce-que-le-liberalisme-classique

[6]http://www.toupie.org/Dictionnaire/Minarchisme.htm

[7]https://www.wikiberal.org/wiki/Anarcho-capitalisme

[8]Edouard Philippe, Des hommes qui lisent, 2017.

Louise Morand

Louise Morand

Louise Morand est étudiante en droit à l’Université de Fribourg. A côtés de ses études, elle s’engage activement pour les idées libérales. Elle est la vice-présidente des Jeunes Libéraux-Radicaux du canton de Genève et coordinatrice locale de la section suisse de Students for Liberty.

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