Une chronique politique sans parti pris

Eloge de la démocratie face à la crise

 

 

La comparaison est sans appel. Dans une dictature, le citoyen, si l’on ose encore utiliser ce beau terme, est privé de toute liberté : en temps d’épidémie, il peut être obligé de porter un masque, confiné strictement à domicile, interdit de voyager, privé de toute vie sociale, vacciné contre son gré. Les frontières sont fermées et les étrangers malvenus. Si un agitateur ose répandre des informations, mêmes authentiques, ou critiquer les vaccins, il se retrouve vite fait à l’ombre pour être rééduqué.

Dans une démocratie, c’est l’inverse, le citoyen véritable peut ne pas porter de masque, se promène librement, quitter le pays s’il en a envie. Non seulement il peut refuser la vaccination mais il a aussi la possibilité de critiquer le vaccin et de lui attribuer des effets secondaires, vrais ou faux. Les étrangers sont d’autant mieux accueillis   qu’un pays comme la Suisse ne pourrait se passer de la main d’œuvre frontalière. Certes, même dans une démocratie, quelques mesures mentionnées plus haut ont été imposées, mais le plus tard, le moins longtemps et le plus légèrement possible. A titre de symbole impérissable, les remontées mécaniques des stations de ski ont été ouvertes tandis que les restaurants étaient fermés, tant il est vrai que l’homme ne vit pas que de pain.

La Chine a profité grossièrement de son système pour éteindre froidement sur son territoire cette épidémie, qu’elle a elle-même créée, au lieu d’en supporter les conséquences ultimes. On montre des foules sans masques agglutinées à Wuhan, ce qui est le comble de la provocation et de l’indifférence à la souffrance des autres nations. Car cela pose une interrogation existentielle : vaut-il mieux vivre opprimé que de mourir libre ?

Notre réponse fut sans ambiguïté. Elle s’inscrit dans la tradition de tous les combattants qui sur les champs de bataille firent le sacrifice de leurs vies pour défendre la liberté de leurs concitoyens. Dans cette guerre contre un virus, nous préférons mourir debout plutôt que de vivre couchés. Nous ne nous gênons même pas pour nous plaindre à la fois que le vaccin ne soit pas disponible et pour refuser d’être vacciné. Il n’y a pas de liberté de s’exprimer sans celle de se contredire.

Dès lors, hors épidémie, la Chine peut massivement reprendre son activité économique et inonder les marchés européens de marchandises que ces pays confinés ne produisent plus. Les lignes aériennes intérieures chinoises circulent insolemment comme à l’habitude, sans égard pour la pollution. Cette puissance économique fondée sur l’oppression du peuple se traduit par un expansionnisme sans fard. Les Ouighours sont exterminés à petit feu et Hong Kong rentre dans le giron impérial en attendant Taïwan. La pandémie a doublement servi ce pays en le renforçant et en affaiblissant ses concurrents. Il est en passe de devenir la première puissance mondiale. Si Xi-Jin-Ping a la stature d’un empereur, son impassibilité, sa maîtrise des événements, sa lucidité, il n’a en face de lui qu’un Donald Trump comme figure de bouffon. Quelle injustice de l’histoire, dont on peut espérer qu’elle sera enfin abolie.

En passant, on se doit aussi de citer l’arrogance d’Israël qui vaccinera tous ses habitants d’ici mars en humiliant volontairement de la sorte les pays européens. Ce pays peut procéder ainsi parce qu’il a acheté les doses suffisantes en surenchérissant sur le prix que nous avons payé. Nous nous félicitons au contraire que notre gouvernement ait été ainsi économe de l’argent des contribuables suisses. En principe la vie n’a pas de prix, mais en pratique elle a tout de même un coût qu’il ne faut pas dépasser sans limite. La force d’une démocratie est de l’estimer froidement.

Il faut insister sur le fait que la soi-disant réussite de la Chine est due à son centralisme exagéré. Les ordres de Pékin ne se discutent pas au niveau local, car ils sont durement sanctionnés en cas de négligence ou de mauvaise volonté. La Suisse peut s’enorgueillir au contraire de respecter scrupuleusement le fédéralisme et de laisser les cantons agir à leur guise. Le principe fondamental de subsidiarité passe bien avant quelque basse préoccupation d’efficience sanitaire.

Malgré ce farouche respect des libertés, la Suisse s’en tire plutôt bien, voire même très bien si l’on compare ses 8014 morts aux 19750 morts belges. Tout en respectant l’Etat de droit, il y a donc moyen de supporter la comparaison avec les autres. Ainsi la Suède, qui n’a pris aucune mesure coercitive, a un taux de mortalité de 887 morts par million d’habitants inférieur aux 923 de la Suisse. Si nous n’avions exercé aucune contrainte, peut-être serions-nous même encore en meilleure situation qu’actuellement. Tel est le profond mystère de la liberté démocratique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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