Une chronique politique sans parti pris

Le mentir-vrai selon Toni Brunner

L’édition spéciale de l’UDC sur l’immigration de masse fera un malheur dans les deux sens du terme. En ce sens qu’elle suscitera l’admiration des publicitaires et qu’elle recrutera des votants en faveur de l'initiative. La propagande suit les mêmes règles que la publicité, c’est-à-dire qu’elle réussit dans la mesure où des spécialistes s’en chargent. A ce titre, de façon purement formelle, sans considérer le message, cette édition spéciale est un petit chef d’œuvre à utiliser en formation professionnelle pour illustrer le thème : comment crédibiliser un mensonge.

Le message de Toni Bruner dans cette édition spéciale dupe habilement le lecteur en prétendant que l’immigration «fait croître le chômage, exerce une pression à la baisse sur les salaires, crée des abus en matière d’asile et d’assistance sociale, surcharge les trains, crée des bouchons sur les routes, etc…» Dans le genre, la règle bien connue de Joseph Goebbels est «plus le mensonge est gros, et plus les gens y croient». Cette méthode est appliquée pour les trois premières assertions : il faut être schizophrène pour s’imaginer que le chômage augmente et que les salaires baissent en Suisse. L’afflux d’immigrants prouve à l’évidence le contraire : ils ne se précipiteraient pas en Suisse si les salaires étaient médiocres et le chômage élevé.

Mais pour faire passer la pilule de ces premiers  mensonges, Toni Bruner a inventé une autre règle : «Mélanger le faux au vrai pour créer la confusion entre les deux.» Il est clair que les trains et les routes sont saturés en Suisse lémanique, bien que ce ne soit pas la "faute" des immigrants. C’est le manque de prévoyance des pouvoirs publics et les refus systématiques de l’UDC en matière de budget des transports. C’est vrai mais cela n’a rien à voir.

Et enfin pour ficeler le tout, il faut se rappeler la pensée d’Adolf Hitler: «Un mensonge répété dix fois reste un mensonge, mais répété dix mille fois il devient une vérité.» Le numéro spécial de l’UDC, moyennant un budget somptueux, adresse douze pages de mensonges répétés auxquels il est impossible de ne pas ajouter foi au terme de la lecture.

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