Politique européenne

Suisse, France: faire front à la préférence nationale

Qu’est-ce que « la clause de sauvegarde » suisse a de commun avec les élections régionales françaises ? Rien, absolument rien. L’une concerne la relation que la Confédération helvétique entretient avec l’Union européenne, l’autre la politique intérieure de la France. Aucun dénominateur commun ne semble donc réunir ces deux événements, tant leur contenu respectif est différent l’un de l’autre. Alors pourquoi vouloir ébaucher l’esquisse d’une esquisse qui ne repose que sur des présupposés qu’aucune analyse de fond ne viendrait conforter à première vue ? Parce que victime de sa propre presbytie politique, la communauté a besoin de s’interroger sur le glissement progressif d’une idéologie qui, à n’y prendre garde, ne lui garantit plus la moindre sauvegarde.

La clause de sauvegarde est une infraction. Elle enfreint les accords que la Suisse a signés avec l’Union européenne. Et comme toute infraction, elle devra être pénalisée si elle devait entrer en vigueur. Émanation d’une pensée unilatérale, elle n’est qu’une invention nationale. En ce sens, elle est parfaitement en droit d’être défendue par le Conseil fédéral dont les attributions se restreignent au seul territoire suisse. En contrepartie, elle peut faire l’objet de représailles par l’Union européenne, celle-ci étant parfaitement en droit de sanctionner une mesure qui contrevient aux engagements qu’elle a elle-même souscrits.

De surcroît, la clause de sauvegarde s’inscrit dans une matrice idéologique qui se définit elle-même de « préférence nationale ». Et c’est là qu’elle rejoint de facto la pensée du Front national. De fait, qu’elle se développe en Suisse, en France ou ailleurs en Europe, « la préférence nationale » n’est que l’expression actualisée d’une extrême droite dont la raison d’être, voire de ne pas être, n’existe que par le refus de l’autre. Quitte à provoquer ou à oser dire ce que personne n’a encore le courage d’exprimer, il est temps de dénoncer tous les partisans de la « préférence nationale », non pour alimenter la polémique, mais pour admettre que cette idée ne peut être défendue que par les extrémistes de droite.

Fruit d’une évolution politique aussi préoccupante que dangereuse, une nouvelle ligne de fracture s’est désormais installée au sein de nos sociétés occidentales. Elle sépare celles et ceux qui privilégient la liberté partagée en préférant l’international – et l’Europe – de celles et ceux qui se recroquevillent dans l’enclos fermé de la solitude nationale. Les uns préfèrent l’ouverture, les seconds la fermeture. Et de cette préférence, voire de cette fracture se scindent deux mondes, de plus en plus inconciliables l’un avec l’autre, où le choix personnel de chacun se résume par la simple question de l’exclusion ou de l’acceptation de l’autre.

A quelques rares exceptions près, très peu de personnes se déclarent ouvertement d’extrême droite. Ça continue de faire mauvais genre. Mais combien en défendent les idées ? Combien en épousent les principes, voire les méthodes ? Plus qu’il n’en faut, plus que nos sociétés politiques peuvent en accepter. Du « plus jamais ça », n’est-on pas tombé dans le piège du « pourquoi ne pas essayer avec eux », voire dans celui, plus grave encore, d’un raisonnement totalement déraisonné qui avalise et légalise des propos qu’autrefois on qualifiait, avec raison, de nauséabonds ? Cela fait longtemps qu’en France, on dénonce « la lepénisation des esprits », alors que le Suisse, on omet toujours de condamner « la Blochérisation de la pensée ». Mais, les garde-fous sautent les uns après les autres, et, à chaque scrutin, la honte et les peurs ne masquent même plus les scores qui vous crachent au visage, à ce visage de démocrate que vous croyez encore vouloir et pouvoir protéger.

On l’aura compris, « la clause de sauvegarde suisse » n’a, à première vue, rien à voir avec les élections régionales françaises. Ou justement si, même beaucoup plus que l’on pourrait le croire de prime abord. Par conséquent, au lieu de privilégier la préférence nationale, en sauvegardant desdits contingents, mot horrible s’il en est, il est désormais urgent de sauvegarder les valeurs humanistes; tout au moins pour celles et ceux qui seraient enfin conscients du danger qui nous guette!

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