Politique européenne

Aux Urnes Citoyens!

Pourquoi ne pas le dire aujourd’hui franchement ? Car seule la vérité compte. La Suisse est dans l’impasse. Qu’elle ne se fasse pas la moindre illusion. Elle ne pourra pas mettre en œuvre le nouvel article constitutionnel sur l’introduction de contingents étrangers, sans en payer le prix fort. Que sa diplomatie ne se laisse donc pas griser par quelques baisers volés sur la joue de la Présidente de la Confédération. Le refus de la Commission européenne est explicite : pas question de renégocier les accords en vigueur. Bref, soit les bilatérales, soit les contingents.

Depuis une année, les Suisses ont pourtant fait preuve d’une grande ingéniosité. Juristes, économistes, politiques et conseillers fédéraux, tous se sont mis à l’ouvrage. Tous cherchaient leur solution, la trouvèrent, mais omettaient un petit détail, certes subalterne par définition, mais néanmoins rédhibitoire dans la pratique. De la position de la Commission européenne, les responsables suisses ont volontairement fait table rase. De plus, ils ne se doutaient pas un instant que c’était là l’irruption de la fin d’un modèle contractuel engagé dès les accords bilatéraux 1. Ratifiés il y a près de quinze ans, ceux-ci avaient ouvert la voie d’une ère nouvelle entre la Confédération et l’Union européenne. Et voilà que le 9 février 2014, il y a plus d’un an, cette ère s’est refermée sur elle-même.

Alors que pour sortir d’une impasse il faut savoir faire marche-arrière, le gouvernement suisse a décidé de faire du surplace. Ou pour le formuler autrement, il veut gagner du temps, car il ne sait pas quoi faire d’autre. Habile à certains égards, il déclare vouloir garantir à la fois la mise en œuvre des contingents et poursuivre les bilatérales. Mais cela ressemble à du faux-semblant. Il sait fort bien que ce n’est pas possible, mais que ça sonne bien. Il amuse la galerie helvétique, espérant toutefois que son exercice d’équilibriste ne sera pas trop regardé par Bruxelles. A ses risques et périls, il avance ses pions, sachant que c’est l’Union européenne qui joue à domicile.

Mais à trop vouloir plaire à Pierre, Paul ou Jacques, le Conseil fédéral risque de remettre en cause sa parole sur le plan international. A force de trop tirer sur la corde, il mettra les bilatérales en danger, ce qui ne serait ni à son avantage, et moins encore à celui de la Suisse. Que l’on ne s’étonne pas alors que les dirigeants européens refusent tout autre négociation avec Berne. Celle-ci est illusoire, d’autant que la patience de la Commission a aussi ses limites. Surtout dans un contexte, où la Suisse a été montrée du doigt pour sa complicité dans le dossier de la criminalité financière avec la banque HSBC. Quant à la proposition de faire la différence entre les citoyens communautaires et ceux qui ne le sont pas, c’est là peut-être une ouverture. Mais que ce soit dans un sens ou dans un autre, cela ne règlera en rien la question de fond. En effet, les travailleurs étrangers en Suisse viennent très largement des 28 pays membres de l’UE ou des pays qui d’ici quelques années y adhéreront. Une fois de plus, c’est le clair-obscur et le flou qui prévalent dans la politique de Berne. Rien n’est fait pour rassurer, ni l’économie, ni la recherche et l’université, ni les interlocuteurs diplomatiques de la Suisse. On devine certes l’intention du Conseil fédéral de squeezer quelque peu le texte de l’initiative de l’UDC, mais on n’en connaît pas le mode d’emploi. Et quoiqu’il advienne, le gouvernement devra, tôt ou tard, se satisfaire d’un petit lot de consolation. Il aura sauvé la face, mais aura perdu la bataille.

Mais à quoi bon lancer plus longtemps la pierre au Conseil fédéral. Face à ses atermoiements ou autres tergiversations, il n’y a pas de meilleure réponse que celle de la responsabilité. Ou plus encore du courage. Aujourd’hui, celui-ci n’est pas du côté de Berne, mais des citoyens. En ce sens, la seule solution raisonnable est celle d’un nouveau vote. C’est là aussi l’idée de l’initiative populaire fédérale « sortons de l’impasse / RASA » qui, après les événements de ces derniers jours, est l’un des très rares scénarios à prendre véritablement au sérieux. Sans nouveau scrutin, la Suisse s’enfoncera encore plus longtemps dans son propre bourbier européen. Qu’enfin vienne le temps de tirer les choses au clair. C’est plus simple, c’est plus honnête et beaucoup plus rassurant pour l’avenir de chacun ou de chacune d’entre nous. Errare humanum est, dit le proverbe latin. Mais quitte à ne plus vouloir persévérer dans l’erreur, il vaut mieux encore avouer que l’on s’est trompé. C’est du moins là faire preuve de grandeur. Mais la grandeur ne compte décidément pas parmi la culture, voire parmi les plus grandes qualités de « la petite Suisse ». Alors qu’elle est beaucoup plus grande qu’elle ne le croit ! Alors qu’elle se grandisse par elle-même et déclare désormais à tous ses compatriotes : « aux urnes citoyens ! ».

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