Politique européenne

La Suisse n’est pas Charlie

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Heureusement qu’il y a « L’Hebdo » avec ses journalistes qui n’ont pas froid aux yeux ; heureusement qu’il y a certains de nos compatriotes qui se sont réunis sur quelques places  à Berne, Genève, Lausanne ou Zurich ; heureusement qu’il y a Simonetta Sommaruga qui a défilé aux côtés de Matteo Renzi et de François Hollande le 11 janvier à Paris ; heureusement qu’il y a des élus fribourgeois, avec Christian Levrat à leur tête, qui ont fait le déplacement à Paris ; heureusement qu’il y a quelques organes locaux ou régionaux de la presse écrite et audiovisuelle qui, de Genève à Zurich, ont été à la hauteur de l’événement de ce début d’année.

Sinon rien ou pas grand-chose. Certainement pas de quoi se pâmer de gloire. Contrairement à d’autres pays, parfois beaucoup plus lointains comme l’Afrique du Sud, le Liban, le Mexique ou les États-Unis, la Suisse n’a pas été et n’est pas Charlie. Ces derniers jours, elle s’est souvent montrée sous l’un de ses plus mauvais aspects, indifférente à l’égard de la souffrance des autres, humanitaire sur le papier, mais pas humaniste pour un sou dans la réalité. Faut dire que les choses avaient bel et bien mal commencé, à l’image de ce tweet malencontreux de Doris Leuthard, indigne d’une Conseillère fédérale. Et quant aux démentis, ils ne pouvaient pas rectifier le tir, tant le mal était déjà fait.

Mais c’est le téléjournal de la télévision suisse qui a décroché le pompon de la médiocrité médiatique. A l’heure même, où des millions de Français défilaient pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité, des experts autochtones en sécurité intérieure ou extérieure nous saoulaient avec leurs palabres sur l’authenticité avérée du message vidéo posté sur internet par le terroriste Amedy Coulibaly. C’était certainement intéressant, sauf qu’à cet instant précis, on s’en fichait éperdument. A Paris, on manifestait pour des valeurs. Dans les studios helvétiques, on glosait sur les mesures de sécurité et les revendications islamistes. Pire encore, voilà que la télévision suisse allemande accordait plus d’importance au rassemblent microscopique, organisé par Marine Le Pen sur les rives d’une commune gardoise contaminée par les odeurs nauséabondes de la vermine frontiste, que ne le firent ensemble TF 1 et France 2. Quant au consultant de service, d’une voix avachie, il prenait visiblement du plaisir à s’attaquer aux banlieues françaises, quoique que n’ayant certainement jamais mis ses pieds dans l’une d’entre elles depuis plus de vingt ans ou ayant, au mieux il y a quelque temps de cela, franchi les frontières du périphérique parisien, avec l’un de ses orteils.

Comment ne pas s’interroger ici sur cette Suisse qui a failli ? Il ne faut pas seulement s’en plaindre, car cela ne servirait presque à rien. Certains désespéraient naguère Billancourt, à nous maintenant de désespérer d’autres foyers, où la résistance aurait tout lieu de s’exprimer. Mais comment peut-on le faire en Suisse ? En a-t-on les moyens ? Peut-on encore éviter de confondre ce qui ne doit pas être confondu ? Et comment se défendre, lorsque l’on ose décerner, dans notre pays, des distinctions académiques à des universitaires qui vilipendent la République française parce que celle-ci a pour intention de rayer le mot race  de sa constitution ? A force de trop vouloir se réclamer de la diversité, on a bien vu, où ce type de raisonnement peut nous mener : à savoir dans les bureaux de la rédaction de Charlie Hebdo avec des Kalachnikovs à la main ou dans les rayons d’un hypermarché cacher, munis d’explosifs pour tuer les juifs.

Qu’on préfère alors et de loin ces Français qui, par millions, ont fait honneur le 11 janvier 2015 à ce que la France a de mieux, à sa liberté d’expression, à sa liberté d’insolence. Les bites en érection tournées vers le paradis ou la Tour Eifel avec des couilles, portées au regard de la Ministre de la Culture ou du Président de France Télévisions par d’irrévérencieux caricaturistes, en hommage à Cabu, Charb, Honoré Tignous ou Wolinski étaient moins vulgaires, donc moins ordinaires, que ces commentaires de spécialistes qui n’avaient de spécialiste que le nom. Devant les caméras suisses, ils avaient beau expliquer ce qu’ils devaient expliquer, mais leurs explications n’avaient pas de quoi convaincre celles et ceux qui luttent pour la liberté. Car, ce que la majorité des Suisses n’a pas encore compris, c’est que les près de quatre millions qui ont battu le pavé parisien, lyonnais, rennais ou autre venaient d’adresser l’un des plus beaux messages qu’un peuple peut envoyer contre l’obscurantisme et le fanatisme. Ou pour le formuler autrement, de donner une incroyable leçon aux adversaires de la raison, à savoir donner une indéfectible et impressionnante leçon de démocratie directe, la vraie, celle qui mérite et est digne de son nom !        

                                                                                                                      

 

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