Le système de milice s’effrite. Plus de 200 entreprises et organisations ont signé l'appel d'economiesuisse et de l'Union patronale suisse pour rappeler son importance. Le but de cette démarche est d'encourager les entreprises à l'engagement politique de leur cadres et employés. L'une des raisons est que les préoccupations et besoins de l'économie n'ont pas été assez pris en compte dans certains débats politiques, comme la Stratégie énergétique 2050 ou l'aménagement du territoire, par exemple.
L'autre raison, c'est la professionnalisation de la politique, notamment à Berne. Une réalité qui peut être chiffrée : en trente ans le nombre d'élus miliciens a reculé de 25 à 13 % au National. La situation est encore plus parlante au Conseil des Etats, où les miliciens font exception. Si l'on compare les législatures 1971-1975 et 2003-2007, la tendance à un parlement de professionnels est incontestable. Elle s’explique par les exigences de la politique fédérale, toujours plus complexe et technique, qui nécessite du temps et des compétences. . Mais ces compétences doivent venir de tous les milieux, et il est essentiel que les préoccupations économiques soient représentées dans les institutions politiques. La prise en compte de la diversité des intérêts de notre société fait partie intégrante de notre système démocratique. Cela renforce les relations de confiance et favorise le transfert de compétences. Au même titre que la démocratie directe, cet engagement des citoyens au bénéfice de la communauté est généralement considéré par les Suisses comme l’un des fondements de l'identité du pays. Le système de milice, c'est aussi l'idée que chacun peut participer au processus législatif. Il renforce la bonne compréhension globale entre l'économie, la politique et le peuple. Il faut le maintenir et l'encourager.
Ce mécanisme, pilier du modèle auquel nous devons notre succès, est aujourd’hui sous pression. Les personnalités économiques élues au sein des parlements fédéraux et cantonaux se font de plus en plus rares. Entre 1980 et 2010, le nombre de parlementaires membres des conseils d'administration est passé de 160 à 146, soit une diminution de 10 %. La compréhension du fonctionnement de l’économie et des besoins des entreprises est donc de moins en moins bonne, ce qui peut poser problème pour l’avenir de notre place économique.
La participation active à la vie parlementaire demande un très fort engagement pour les personnes concernées. Un don de temps pour la collectivité qui peut décourager. Il faut trouver des moyens permettant de le concilier avec l’activité professionnelle. Beaucoup d'entreprises, dont les signataires de cet appel, font déjà un pas vers la mise en place de structures propices à cette conciliation. Elles le font en étant flexibles sur le temps de travail, entre autre. L'économie a besoin de représentants impliqués dans la gestion et la conduite d'une entreprise. Pour le bien de tous.