Il y a trop de lois et règlements inutiles en Suisse. Un récent article de la Handelszeitung montrait que la cuisine d'un restaurant pris au hasard dans la campagne bernoise tombait sous le coup de pas moins de 18 lois, ordonnances et règlements pour fonctionner au quotidien. On peut multiplier les exemples: une épicerie, un garage, un salon de coiffure…
Avec ces 18 textes législatifs, le journal alémanique s'est limité à l'échelon fédéral, n'oublions pas que chaque canton y va de ses spécificités, en particulier dans la construction, mais aussi la restauration. Il ne faut pas (encore) être juriste pour exercer une activité indépendante, mais on ne pourra bientôt plus rien faire du tout sans y recourir. Même pas pour proposer des nuits d'hébergement… Bon exemple que l'hébergement: chaque hôtel est soumis à de multiples prescriptions (bruit, incendie, taille des chambres, etc).
Mais depuis une quinzaine d'années, Internet modifie sans cesse le mode de fonctionnement du tourisme. Et pas seulement en matière de réservation. Tout le monde sait qu'il peut désormais proposer une chambre, ou son appartement inoccupé quelques semaines par an, à louer sur des plateformes actives mondialement.
Les professionnels et les intermédiaires disparaissent, gestionnaires de site mis à part. Que deviennent les lois et règlements dont on a négocié chaque virgule avec les organisations concernées, les consommateurs, les défenseurs de l'environnement et du patrimoine? Que devient le swiss finish? Faut-il interdire Airbnb, Uber, ebooker? Les soumettre à toutes les dispositions destinées aux hôtels, taxis et voyagistes traditionnels? Avec quelle justification? Internet a révolutionné la manière de préparer et réserver ses vacances, de regarder la télévision, d'acheter et même, plus fondamentalement, de travailler. Il est possible de freiner les changements, mais pas de les empêcher. Ce qui est sûr, c'est que le catalogue des dispositions actuelles régissant chacune des branches ne résistera pas longtemps à un besoin de complète refonte. Il faut en profiter pour simplifier au passage. La technologie permet à certains acteurs de s'affranchir du "monstre bureaucratique". Et tout continue à fonctionner sans problème, visiblement. Il ne sera pas facile de mettre de côté les légitimes réflexes corporatistes, de renoncer à la suissitude "toujours et partout", mais cette remise à plat va être bientôt inévitable. Plutôt que d'y voir des risques, regardons les opportunités.
