Osons ouvrir le marché de l’électricité!

Le projet de libéralisation complète du marché de l’électricité est en consultation jusqu’à demain, 31 janvier. L’objectif : offrir à Monsieur et Madame Tout-le-Monde la possibilité d’opter pour le fournisseur de leur choix. Attendue depuis des années, l’annonce faite par Doris Leuthard peu avant son départ du Conseil fédéral doit être saluée !

En 2002, faute d’une prise de conscience des réels avantages, le peuple avait balayé un projet similaire. Sept ans plus tard, seules les grandes entreprises justifiant d’une utilisation supérieure à 100’000 kWh par an ont obtenu une ouverture partielle du marché. L’écrasante majorité des consommateurs d’électricité, soit les PME et les ménages, est ainsi restée captive des quelque 650 distributeurs du pays, dont les tarifs varient du simple ou double selon les régions ! Résultat : depuis 2009, les petits consommateurs ont déboursé 4,3 milliards de trop en rapport à ce qu’ils auraient payé sur le marché libre.

Ce chiffre semble laisser indifférent les opposants à la libéralisation, qui avancent la nécessité absolue de miser sur la production d’énergies renouvelables. Sur le fond, ils ont raison. Sur la forme, ils ont tort, puisque leur exigence n’est pas incompatible avec des revendications tarifaires. En effet, donner le choix aux consommateurs, c’est leur donner le pouvoir de faire pression. Pression sur les prix, mais aussi sur l’origine de l’électricité consommée. Ils influenceront – certes indirectement, mais valablement – l’évolution de l’approvisionnement électrique, incitant les distributeurs à développer des produits et des prestations innovants, à des tarifs moins exorbitants.

Pression des consommateurs

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder autour de nous. Ailleurs en Europe, partout où le marché a été libéralisé, des offres favorables aux utilisateurs ont été développées. Le rôle des associations de consommateurs y a d’ailleurs été crucial. Rien qu’en Belgique ou en Autriche, pays comparables à la Suisse, les opérations d’offres d’achat groupé ont exercé une pression très forte sur le secteur. En se profilant comme centrales d’achat, ces lobbys des consommateurs ont endossé un rôle économique fort et en sont sortis grandis.

Revenons en Suisse et, à quelques heures de la clôture de la consultation, espérons que les politiques et les milieux associatifs auront su saisir l’occasion qui leur est offerte de supprimer les rentes de situation dont bénéficient les fournisseurs d’électricité, d’exiger une transparence totale sur l’origine du courant fourni et d’encourager le développement d’énergies renouvelables.

Il suffit, une fois encore, d’oser le changement !