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L’apogée de l’ancienne UBS

Une biographie de l’ancien directeur général Robert Holzach rappelle qu’UBS a pu être une banque essentiellement suisse au management très militaire, il n’y a pas si longtemps.

A la fin des années 1980, lorsque Georges Blum a accédé à la tête de l’ancienne Société de banque suisse (SBS) à Bâle, il détonnait dans le paysage. Pas tant comme Romand, mais comme dirigeant de grande banque sans grade d’officier à l’armée. La règle en ce temps-là pour un cadre était de grimper les échelons militaires parallèlement à ceux de la maison qui l’employait. L’incarnation de ce système était Robert Holzach (1922-2009), directeur général d’UBS à Zurich de 1976 à1980, puis président jusqu’en 1988, et colonel.

Au-delà du personnage, c’est le visage de cette époque, pas si ancienne mais pourtant si différente, que dresse Claude Baumann, journaliste économique zurichois, dans « Robert Holzach. Ein Schweizer Bankier und seine Zeit » (éditions NZZ, 273 p., en allemand uniquement). Un temps où sa banque dominait le paysage helvétique sans guère s’aventurer au-delà des activités traditionnelles d’alors, le crédit, la gestion de fortune, le négoce.

Dans cet ouvrage, Holzach s’affiche davantage comme l’héritier d’une croissance créée par son prédécesseur, le mythique Alfred Schaefer, dont manque encore une solide biographie, que comme celle d’un pionnier. Il s’est montré très sceptique face à la libéralisation des marchés et à l’essor de la finance dans les années 1980, évolution marquée notamment par le big bang de la City en 1986. En 1997, il se dresse contre la fusion de son établissement avec l’ancienne SBS, décidée par son successeur Mathis Cabiallavetta et par Georges Blum, qu’il est impuissant à empêcher. L'auteur y voit néanmoins l'asction d'un visionnaire dont les errements d'UBS sous l'ère Ospel donnent raison.

Rédigé par un journaliste solidement installé au cœur de la Zurich financière, la biographie ne masque pas les revers de Robert Holzach, notamment dans certaines grosses affaires de crédit. Mais elle ne fait que suggérer l’échec majeur d’un militaire dans l’âme, celui de ne pas avoir préparé suffisamment sa banque à la modernité. Très attaché au détail, à l’exécution, et à une bonne organisation dans l’ensemble, le banquier n’a pas su accepter les évolutions en cours dans les années 1980 et préparer sa banque à y faire face. Sous sa conduite, UBS s’est muée en grosse carapace dont la frilosité va la précipiter dans les bras d’une SBS beaucoup plus dynamique dans la seconde moitié des années 1990.

En dépit de cette faiblesse, cette biographie a le grand mérite d’apporter un éclairage bienvenu sur une phase insuffisamment documentée de l’histoire économique suisse contemporaine.

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