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1:12: A côté de la plaque

Dans une analyse qui aurait eu toute sa place dans le débat helvétique en cette campagne sur l’initiative 1:12, l’hebdomadaire britannique de référence “The Economist” constate la part toujours plus faible des salariés dans la répartition globale des bénéfices de la croissance économique mondiale. De 66% dans les années 1990, cette part a fondu à 62% une seule décennie plus tard. Le solde, ce sont les détenteurs du capital qui se l’approprient. Les travailleurs accepteront-ils longtemps encore que leur part du gâteau se réduise?

Le vote sur l’initiative 1:12 du 24 novembre prochain apportera une réponse helvétique à cette question de portée universelle. A la lecture de l’unique sondage publié, il apparaît clairement que les citoyens sont très nombreux à exiger une correction immédiate à cette dérive.

Or, deux aveuglements sont mis en évidence dans la campagne. Le premier est celui des partisans de l’initiative, qui croient que la solution réside dans la limitation de l’éventail des salaires. Pas dénuée de sens sur le fond (au vu du scandale des super-rémunérations des grands patrons de grosses sociétés, qui ne sont, le plus souvent, que de super-fonctionnaires du privé), leur proposition oublie complètement la question du partage de la valeur ajoutée globale entre propriétaires et salariés. Pire, elle conduit à les exacerber: Un patron contraint par la loi à limiter son salaire sera tenté de compenser son manque à gagner par une part en capital.

Le second, c’est celui des milieux économiques opposés à l’initiative et qui se réfugient derrière les arguments habituels de peur (délocalisations) et d’inefficience (texte facile à contourner) pour occulter la vérité sur le creusement des inégalités. Avenir Suisse, le think tank des grandes entreprises, a très sérieusement enquêté sur les inégalités de revenus. Mais il a soigneusement évité d’aborder les écarts résultant de la possession du patrimoine en plus du fossé entre petits et gros salaires. Alors que cette préoccupation reste centrale dans l'esprit des salariés-électeurs.

"The Economist" ne propose pas de solution au problème des inégalités grandissantes. Le magazine se borne à constater l’échec de la recette à laquelle il croyait, à savoir l’amélioration de la compétitivité. Loin de bénéficier à tous, elle profite de façon grandissante aux détenteurs du patrimoine. Aussi, ces derniers seront-ils bien avisés de renverser au plus tôt leur logique d’accaparement au risque de recevoir de violents coups de manivelle en retour. Et pas seulement par des initiatives populaires type 1:12. L’histoire récente est pleine d'exemples autrement plus contraignants.

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