Non, Bitcoin ne va pas faire bouillir les océans

Non, Bitcoin ne va pas faire bouillir les océans

Oui, le réseau Bitcoin consomme beaucoup d’énergie. Et une partie de cette énergie émet du CO2 lors de sa production.

Non, Bitcoin n’a pas une empreinte carbone dramatique.

Suite à l’achat de Bitcoin par Tesla pour 1.5 milliard de dollars de trésorerie, plusieurs médias ont rebondi sur l’apparente hypocrisie de Musk cautionnant ainsi cette cryptomonnaie malgré sa supposée empreinte carbone énorme. Bloomberg a même publié un article qualifiant Bitcoin d’industrie “incroyablement sale”, en faisant l’amalgame naïf entre consommation d’énergie et pollution.

Et c’est là où on découvre une incompréhension fondamentale de Bitcoin, et de l’électricité en général. Des amalgames hasardeux prennent racines dans la conversation et font reculer celle-ci. Cette désinformation est une forme d’arnaque à la peur, qui paralyse la compréhension et radicalise les opinions.

Alors, si vous le voulez bien, analysons un peu plus en détail pourquoi Bitcoin n’est pas le monstre que certains aimeraient attaquer sans comprendre.

En particulier à travers les trois erreurs qu’on rencontre le plus souvent.

1. Bitcoin encourage-t-il la production d’énergie “sale”?

La création d’électricité à base de combustibles fossiles (charbon, pétrole…) est le choix des politiques énergétiques des États. Vous et moi, tout comme l’immeuble de bureaux et l’usine au bout de la rue, n’avons pas eu notre mot à dire lors de la création du réseau électrique de là où nous vivons. Aujourd’hui, la situation s’améliore un petit peu et les alternatives grandissent, mais très peu de gens globalement sont capables de choisir l’énergie qu’ils consomment. Par exemple, savez-vous quel pourcentage de votre consommation quotidienne à la maison provient de quelles sources? Pouvez-vous passer au 100% renouvelable si vous le désirez? Et qu’en est-il du supermarché où vous faites vos courses? Ou de l’éclairage public dans votre rue…?

Selon une étude pointue du Cambridge Center for Alternative Finance, 39% de l’énergie utilisée par les mineurs de Bitcoin provient de sources renouvelables, et 76% utilisent du renouvelable pour au moins une partie de leur énergie.

Comment explique-t-on cette apparente “conscience éthique” de la part de ces mineurs qu’on sait uniquement guidés par leur cupidité?

Le secret, c’est que contrairement à ce qu’on croit savoir, l’énergie “verte” est meilleure marché que les combustibles fossiles! Ou du moins, elle PEUT l’être, dans certaines conditions.

Il faut savoir que la conservation de l’électricité est difficile, chère, et subit de la perte de courant avec le temps. Son transport aussi, même à travers les lignes à haute tension, est aussi relativement inefficace et se réduit avec la distance. Idéalement on produirait l’électricité pour la consommer instantanément et sur place. Malheureusement ce n’est souvent pas possible. Son transport sur de longues distances n’étant pas pratique, on est obligé de jongler entre les sites de productions et les industries énergivores, les villes, etc.

Mais parfois, comme par exemple dans la province chinoise du Sichuan, on construit large en prévoyant l’avenir, ou en s’adaptant aux conditions locales, et on obtient une capacité hydroélectrique bien plus élevée que la consommation qui lui est liée. Il en résulte un gaspillage du potentiel énergétique qui est simplement évacué en ouvrant les vannes pour laisser couler l’eau, plutôt que de générer de l’énergie non-consommée, difficile et chère à stocker ou à distribuer plus loin.

Ce phénomène n’est pas nouveau, plus près de chez nous et en 1886 déjà, la ville de Genève construisit une usine hydraulique sur le Rhône. Mais quand le soir les artisans arrêtaient leurs machines il se créait des surpressions dangereuses. On ajouta alors au système une vanne de sécurité permettant de contrôler la pression en laissant s’échapper vers le ciel l’eau en surpression jusqu’à 30 mètres de haut. Et c’est ainsi qu’est né le jet d’eau de Genève.

Bien avant Bitcoin, les centrales hydroliques ou géothermiques exploitent aussi déjà souvent leurs surplus énergétiques pour fondre la bauxite et créer de l’aluminium par exemple.

Ainsi, l’énergie est transformée en une matière infiniment plus pratique à transporter et conserver.

Le prix de cette énergie, qui autrement serait jetée donc perdue, par manque de demande locale, est évidemment négocié à la baisse par l’acheteur, en comparaison au prix de celle provenant de la même source mais vendue aux consommateurs normaux, car elle offre un revenu supplémentaire au vendeur, qui s’ajoute à celui de la consommation énergétique locale.

L’industrie du minage Bitcoin vient s’inscrire dans cette tradition de récupération d’énergie existante mais non-exploitée, bénéficiant d’une grande mobilité géographique, par des entrepreneurs cherchant évidemment à maximiser leurs gains, ne voulant (ou ne pouvant) pas payer le même prix que celui des ménages ou des industries normales.

En d’autre termes, les mineurs de Bitcoin agissent comme des charognards qui récupèrent les restes d’énergie disponible au rabais.

Un autre exemple intéressant, ce sont ces mineurs qui exploitent les émissions de méthane qui résultent de l’extraction pétrolière, et qu’on est obligé de brûler sur place car le CO2 ainsi créé est moins polluant que de déverser le méthane directement dans l’atmosphère. Bitcoin n’est évidemment pas responsable de l’exploitation pétrolière, mais récupère la valeur de ce gaz qui serait autrement gaspillé.

Quand on sait que les décharges génèrent également du méthane en quantité non négligeable, et que celui-ci doit être brûlé lui-aussi, on peut prendre un peu de recul et considérer nos propres habitudes de consommation, leurs conséquences, et remettre Bitcoin dans son contexte plus large.

On l’aura donc compris, l’énergie consommée par Bitcoin n’est pas retirée du marché, et personne n’est privé d’électricité en conséquence. En revanche, l’industrie du minage de Bitcoin peut non seulement valoriser une énergie déjà existante, mais aussi rentabiliser l’exploitation d’une énergie provenant de pollution.

Mais qu’en est-il alors des endroits où une énergie fossile est très bon marché, par exemple subventionnée par l’État?

Bitcoin n’est qu’un consommateur d’énergie comme un autre, comme l’industrie bancaire par exemple, et parce que le minage ne produit aucun bien physique, c’est une industrie qui n’est pas liée à une géographie précise et est très mobile. Comme toute industrie, elle cherche la meilleure rentabilité, et s’installera là où le prix du courant est le plus attractif. Bitcoin est une industrie compétitive, les mineurs cherchent l’électricité la moins chère possible pour rester rentables.

Le charbon et le pétrole sont relativement facile à conserver, et on ne brûle donc que ce dont on a besoin en fonction de la demande. Il n’y a pas de gaspillage forcé, et la négociation du prix est donc forcément plus difficile.

Quoi qu’il en soit, ce n’est encore une fois pas la faute de Bitcoin et ses mineurs si un État met l’accent sur des énergies fossiles et favorise leur usage.

2. Si Bitcoin est inutile, son minage est-il lui aussi inutile, donc 100% gaspillé?

Il est difficile de parler d’utilité objective. Le système du “Proof of Work” (preuve par le travail) de Bitcoin est ce qu’il y a aujourd’hui de plus sécurisé, respectueux de la vie privée, rapide à finaliser de manière infalsifiable et irréversible, et protégé contre les censures et l’abus, de manière pair-à-pair, à travers la planète. Pour certains, c’est quelque chose qui a de la valeur. Cette valeur est facilement calculée par la dépense qui serait nécessaire pour attaquer le réseau. Cette dépense, c’est l’équivalent de la puissance de calcul cumulée du réseau des mineurs. En d’autres termes, pour attaquer Bitcoin, il faudrait déployer un réseau d’ordinateurs au moins aussi puissants que le réseau existant de tous les mineurs déjà en compétition les uns avec les autres. C’est la raison pour laquelle certaines personnes et entreprises comme Tesla investissent dedans, justement.

Quoiqu’il en soit, on ne peut pas juger de la valeur de quelque chose comme Bitcoin, à partir du moment où un industriel paie pour son électricité. Sinon, on devrait aussi commencer à analyser “l’utilité objective” de l’énergie consommée par les réseaux sociaux pour stocker des copies multiples de vidéos de chatons et autres photos parodiques de Donald Trump, cartes d’anniversaires animées, etc. Et qu’en est-il des serveurs de Netflix et Spotify? Ou même des décorations des fêtes de fin d’année privées et publiques, elles aussi très énergivores?

Une étude de 2004 établissait que 8% de la consommation totale d’électricité résidentielle au Royaume-Uni provenait des appareils électriques et électroniques conservés en permanence en mode de veille. Le téléviseur qu’on laisse en stand-by, ou les chargeurs de smartphones constamment branchés, alimentent cette consommation “fantôme” qui, si elle provient de sources non renouvelables, font de nous, consommateurs paresseux, non seulement des gaspilleurs mais aussi des pollueurs.

3. Si une transaction coûte en moyenne si cher en énergie, le système va-t-il brûler toute la planète à long terme?

Cette erreur provient d’une incompréhension de Bitcoin et de son fonctionnement.

D’abord parce que les transactions elles-mêmes ne consomment quasiment pas d’énergie du tout. Ce qui consomme l’énergie à travers le minage des blocs, c’est le règlement final des transactions, pour les rendre valides et irréversibles.

On a écrit qu’une transaction en Bitcoin générerait l’équivalent en CO2 de 706’765 transactions par cartes de crédit. Ce calcul est trompeur car il repose sur des raccourcis qui n’existent pas.

Pour commencer, il faut comparer ce qui est comparable, et comprendre qu’une transaction avec une carte de crédit ne s’arrête pas une fois qu’on a composé son code secret. En réalité, plusieurs acteurs vont se passer le relais et prendre leur commission avant que le commerçant ne puisse recevoir l’argent, quelques jours plus tard. Mais même à ce moment-là, la transaction ne sera réellement terminée, parce que le propriétaire de la carte pourra encore faire opposition et annuler le paiement parfois jusqu’à 3 mois après celui-ci. Ceci pour des questions de sécurité liées aux vulnérabilités de la carte, comme on a pu le constater lors de nombreux vols et arnaques en tout genre.

Bitcoin se suffit à lui-même. Son réseau gère le flux depuis la transaction jusqu’au règlement final au destinataire. Le “prix d’une transaction” c’est justement son règlement quasi instantané, irréversible, au plus tard une heure après paiement. Y compris et surtout avec les transactions en ligne, sans code NIP, sans puce, sans numéros secrets ridicules au dos de la carte, sans intermédiaire de vérification.

Si on compare ce qui est comparable à la même échelle, Bitcoin est finalement beaucoup plus sûr, rapide, et économe en énergie, qu’une transaction par carte de crédit.

Mais alors comment ce calcul a-t-il établi un tel coût moyen par transaction?

Le raccourci malheureux c’est de prendre le nombre de transactions totales dans un bloc et de diviser l’énergie dépensée pour celui-ci par celles-là. D’abord parce que ça ne marche pas comme ça, et une seule transaction Bitcoin peut avoir jusqu’à 32’256 destinataires, par exemple.

De plus, l’énergie dépensée est complètement indépendante des transactions, et ne dépend que des mineurs en compétition. Lors de la création du réseau, à l’époque où seuls quelques amateurs y participaient et minaient encore sur leurs ordinateurs personnels non dédiés, l’énergie dépensée pour un bloc était infiniment moindre que celle requise aujourd’hui, et pourtant, ni les blocs ni les transactions n’ont fondamentalement changé.

L’énergie mise en œuvre pour valider et sécuriser les blocs c’est celle requise pour sécuriser le réseau. Plus le nombre de participants et le prix du Bitcoin augmentent, et plus il est logique que la capacité électrique nécessaire à le protéger augmente proportionnellement.

Enfin, il faut comprendre que la taille des blocs qui contiennent les transactions, et les transactions elles-mêmes, sont indépendantes des montants qu’elles véhiculent.

Comme une transaction bancaire traditionnelle, ça coûte la même électricité d’envoyer 1 centime ou 1 milliard de francs.

L’évolution de Bitcoin est en train d’être développée sur des couches parallèles qui viennent s’ajouter sur le protocole de base qu’est la Blockchain. Parce que l’espace dans un bloc est limité, les transactions sur la première couche deviennent de moins en moins adaptées pour les petites dépenses quotidiennes, car trop chères. Pour payer son café par exemple, un système comme le réseau Lightning peut gérer des milliers voire des millions de transactions par seconde, puis régler plusieurs millions d’échanges via une seule transaction de couche 1 effectivement sur la Blockchain.

À l’avenir, le nombre de nouveaux BTC attribués aux mineurs lors de la création des nouveaux blocs va continuer à progressivement se réduire, comme ça l’a fait jusqu’à présent, et jusqu’à l’émission des 21 millions de bitcoins totaux. Après quoi, les mineurs continueront à sécuriser le réseau mais ne recevront que les frais de transactions, qui représentent aujourd’hui environ 15% de leur revenus, contre 85% provenant de la mise en circulation des nouveaux bitcoins.

On prévoit que le tarissement complet de cette récompense aura lieu en 2140. D’ici là, on peut imaginer que l’écosystème de Bitcoin aura sans doute été amené à beaucoup évoluer et s’améliorer, de même que les politiques énergétiques et technologiques des États en faveur d’une meilleure gestion des ressources renouvelables. Au bénéfice des réseaux sociaux, Netflix s’ils existent encore, et des décorations des fêtes de fin d’année… mais aussi de Bitcoin.

En attendant, les partisans des énergies vertes garderont à l’esprit qu’aujourd’hui déjà, “consommation d’énergie” ne signifie pas forcément “pollution”.

Et surtout, que si l’électricité disponible est “sale”, tous les consommateurs de cette énergie, quels qu’ils soient, contribuent à la pollution qu’elle engendre. Alors, au lieu de blâmer Bitcoin sans comprendre son indéniable utilité, intéressons-nous à la production électrique que nous consommons et à son origine, et souvenons-nous que rien n’est gratuit ni sans conséquence.

Qu’en est-il des autres projets de cryptoactifs avec des blockchains moins gourmandes en énergie?

Par exemple, on présente souvent Ethereum 2.0 comme LA solution, avec son “Proof of Stake” (preuve par séquestre) censé remplacer l’actuel “Proof of Work”.

Le problème de cette approche, c’est qu’elle re-centralise ce qu’on essaie justement de décentraliser. Un des buts et principales caractéristiques de Bitcoin c’est justement cette distribution du pouvoir et de la gouvernance à travers son réseau grandissant n’obéissant qu’au consensus. C’est un équilibre solide et fragile où les mineurs ne font qu’éxecuter les transactions et restent soumis à l’ensemble du réseau.

Sortir de cet équilibre revient à confier un pouvoir immense à un petit groupe d’acteurs, avec tous les problèmes que ça peut entraîner, comme installer au pouvoir une junte militaire pour remplacer la démocratie directe.

Cette décentralisation est fondamentale à la bonne marche d’un projet de cette envergure.

Si vous étiez un journaliste d’opposition vivant dans une dictature, sur vos gardes parce que toujours menacé de prison ou pire, préféreriez-vous être protégé par “toute l’énergie utilisée par la Suisse” ou par un jeune entrepreneur autoproclamé arbitre de la monnaie internationale qui fournira volontiers vos coordonnées et gèlera vos fonds indéfiniment, au moindre coup de téléphone?

Ou pire, ce jeune entrepreneur peut se faire hacker et vos données seront publiques.

Enfin, vu les sommes qui sont en jeu, méfions-nous des fausses bonnes idées uniquement là pour enrichir leurs créateurs.

Alors, comment rendre Bitcoin moins énergivore?

La vraie question à se poser, ce serait plutôt POURQUOI vouloir rendre Bitcoin moins énergivore? Et j’espère qu’à travers ce billet j’aurai pu démontrer que cette question n’adresse pas le vrai problème.

L’électricité dépensée par le réseau Bitcoin pour se protéger est un mécanisme de défense similaire à celui que certains animaux développent pour échapper aux attaques de leurs prédateurs. Bitcoin est un logiciel-libre, comme Linux par exemple, à la merci de tous ceux qui voudraient le voir disparaître. Plus le réseau a de la valeur, et plus ses défenses s’adaptent à la férocité potentielle de ses opposants. Le protocole n’a jamais été hacké en 12 ans d’existence.

Les attaques se font plutôt au niveau de l’opinion publique, à travers des statistiques détournées et des raccourcis effrayants. Au lieu de paniquer, demandons-nous à qui profitent de tels scénarios apocalyptiques.

On le sait aujourd’hui, l’avenir devra compter avec Bitcoin. De la même manière qu’on ne va plus se passer d’Internet, des ordinateurs en tout genre, et de l’électricité en général.

C’est notre nature de créer des outils et d’utiliser de l’énergie pour les améliorer et les optimiser, depuis l’âge du feu, celui de la pierre taillée, du bronze, etc.

Notre civilisation Humaine utilise globalement l’électricité pour toutes ses activités d’une manière ou d’une autre, et de plus en plus l’informatique s’y rajoute. Ça ne semble pas près de changer.

Ne perdons donc plus de temps à débattre si oui ou non l’énergie consommée par Bitcoin est trop importante, et concentrons-nous sur la problématique des énergies renouvelables elles-mêmes.

La vraie question que nous devons nous poser, individuellement, au niveau des nations, et en tant qu’Humanité en général est, quand allons-nous enfin mettre de côté nos différences superficielles et myopes, et nous approprier de manière pérenne et respectueuse les énergies gratuites et quasi infinies à notre disposition, qu’elles soient solaire, hydraulique, éolienne, ou géothermique?

Mensonges

J’ai perdu 250 millions de dollars en Bitcoin! Ou pas.

Le sensationnalisme des histoires de Bitcoin qui finissent mal n’a pas de limite. À chaque fois que le prix monte, on nous ressert les mêmes contes de fées. Démoniser Bitcoin profite à beaucoup de gens qui le craignent et/ou veulent s’enrichir avec.

Le New York Times publiait hier un article parlant de Stefan Thomas qui aurait “perdu la clef de ses bitcoins”, et possède donc des millions de dollars auxquels il n’a pas accès.

L’article raconte qu’il aurait reçu 7’002 de la part d’un autre enthousiaste en 2011, pour le remercier d’une vidéo explicative qu’il avait fait sur Bitcoin. Son portefeuille était sur un disque dur chiffré protégé par mot de passe, mais comme ces BTC ne “valaient rien” à l’époque, il n’y a pas prêté attention et a oublié le mot de passe du disque, rendant celui-ci impossible à ouvrir aujourd’hui.

Inexactitudes et exagérations

En réalité, cette histoire n’a rien à voir avec la technologie de Bitcoin. Il s’agit simplement de quelqu’un ayant perdu le mot de passe de son disque dur.

Voilà le problème quand on parle de Bitcoin ou de technologie en général sans vraiment le comprendre.

Quand le prix de Bitcoin monte, beaucoup de gens se précipitent pour clamer leur expertise, soit pour s’approprier plus de Bitcoin, soit pour promouvoir leur propre projet, à travers l’escroquerie par association par exemple.

Cette histoire parle de la technologie du disque dur utilisé, et surtout du laxisme de Thomas à gérer ses mots de passe. S’il y avait mis des photos de mariage au format JPEG ou un document Word de son premier roman, ceux-ci seraient également inaccessibles.

Rien à voir avec Bitcoin.

Quand vous oubliez vos clefs dans votre voiture, vous blâmez les industries automobile et de l’acier?

L’histoire prétend que Thomas n’a pas fait attention à ces bitcoins parce qu’ils n’avaient presque aucune valeur à l’époque, et n’as donc pas fait d’effort pour se rappeler le mot de passe du disque dur.

C’est malheureusement faux, pour deux raisons.

Tout d’abord, comme c’est expliqué dans l’article, il a reçu ces bitcoins comme remerciements de la part d’un autre bitcoiner pour avoir créé une vidéo explicative intitulée “qu’est-ce que Bitcoin?” Même s’il ne s’attendait pas à ce que le cours atteigne les prix records qu’on a atteint ces jours, il en connaissait suffisamment bien la technologie pour en connaître la valeur et le potentiel à long terme.

Et aussi et surtout, en 2011, le prix du BTC atteignait déjà US$ 8, ce qui donnait à son portefeuille une valeur de US$ 50’000!

Mensonges et tours de passe-passe

Alors pourquoi raconter autant de faussetés? À qui une telle affabulation peut-elle profiter?

Penchons-nous un peu sur le protagoniste de l’article, le malheureux étourdi, enrichi puis ruiné par le méchant Bitcoin.

Comme je le mentionnais plus haut Stefan Thomas n’est pas simplement un passant qui se trouverait là par hasard, il était déjà impliqué dans Bitcoin en 2011, lorsqu’il en faisait des vidéos d’introduction. Comme plusieurs passionnés de cette époque, il a eu l’occasion d’accumuler des BTC à un moment où ceux-ci étaient encore très abordables. S’il décide un jour de vendre ou d’échanger ses bitcoins contre des dollars, le fisc États-Unien le taxera donc sur l’importante plus-value de ces jetons.

Il est alors probable qu’il préfère tenter de les faire disparaître sous le tapis momentanément. Ce n’est pas nouveau: le mot de passe “oublié” ou la perte de smartphone contenant les clefs privées lors d’un accident de bateau sont des blagues potaches qui reviennent à chaque montée du cours, au sein de la communauté Bitcoin.

Coincidences

Mais à mon avis, c’est encore ailleurs qu’il faut regarder. Thomas n’est pas qu’un amateur des débuts de Bitcoin. C’est aussi un des premiers employés de Ripple, la société derrière le jeton du même nom (XRP), et son CTO (Directeur Technique) de 2013 à 2018.

Ripple se présente comme une alternative à Bitcoin, un réseau se voulant plus rapide et puissant, mais mettant de côté l’indépendance et la décentralisation car dirigé et contrôlé par la société Ripple. Celle-ci possède d’ailleurs entre 50 et 60% de la totalité des jetons créés, dont elle en vend périodiquement une petite partie sur le marché. Ses fondateurs dirigeants se partagent 10 à 20% du reste selon les estimations.

Ripple est officiellement la 4e cryptomonnaie, avec une “capitalisation” de 30 milliards de dollars, mais dont seulement la moitié des jetons sont en circulation sur le marché, et ses fondateurs et dirigeants se partagent donc entre 3 et 6 milliards de dollars de la masse monétaire en circulation, reçus à la création du réseau.

Alors depuis décembre Ripple est poursuivie par la SEC (l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financier) qui accuse la société et deux de ces dirigeants d’avoir levé plus de 1,3 milliard de dollars dès 2013 par le biais d’une “offre non enregistrée d’actifs numériques ”.

Et Stefan Thomas, le pauvre étourdi qui a oublié le mot de passe de son disque dur est donc l’ancien Directeur Technique d’une start-up multimilliardaire ambitionnant de révolutionner les cryptomonnaies, accusant la technologie concurrente et leader —Bitcoin— d’être trop bien construite et trop décentralisée, tout en protégeant ses propres finances au cas où ça commencerait à sentir le roussi du côté de la justice ou des impôts.

Moralité(s)

Protégez vos données de valeurs derrière un bon mot de passe, et ne l’oubliez pas.

La morale de cette morale: ce n’est pas parce que le New York Times le dit que c’est forcément vrai. Comme on dit dans la communauté Bitcoin “Ne faites pas confiance; vérifiez!”

(Et aussi, faites attention aux projets dont la société elle-même et ses fondateurs gardent plus de la moitié des jetons et du contrôle?)