Le mouvement “Black Lives Matter” sera-t-il le bienvenu aux prochains Jeux Olympiques?

Dans la foulée de la mort insupportable de George Floyd et du mouvement “Black Lives Matter”, le Comité International Olympique (CIO) est sous pression pour lever ou alléger la règle interdisant toute démonstration ou propagande politique ou religieuse sur les sites olympiques. Assurément, certains athlètes voudraient profiter de la vitrine que leur offrent les Jeux Olympiques pour manifester leur opinion, alors que le CIO ne tolère généralement aucun écart.

La règle qui fait l’objet de la controverse est simple: “Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique” (Règle 50 de la Charte Olympique).

L’idée est que les Jeux Olympiques, comme grand rassemblement d’athlètes du monde entier, sont intrinsèquement l’expression de valeurs fondamentales telles que la paix entre les peuples et l’interdiction de discrimination. La Charte Olympique rappelle du reste que

“Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine”

Il ne s’agit pas d’un vœu pieux. Le CIO oeuvre très concrètement pour un monde plus pacifique comme en témoigne l’existence de la “Trêve Olympique“; cette trêve, que connaissaient les Grecs de l’Antiquité, a été rétablie dans une résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 25 octobre 1993. Par cette résolution, les Etats Membres de l’ONU sont invités à respecter une trêve du septième jour précédant l’ouverture des Jeux olympiques jusqu’au septième jour suivant leur clôture. Pas plus tard qu’hier, l’Assemblée générale des Nations Unies a confirmé que la Trêve olympique pour les Jeux de Tokyo 2020 serait observée du 16 juillet 2021 au 12 septembre 2021.

Si les Etats doivent cesser toute hostilité en période de Jeux Olympiques, il fait donc sens d’exiger des athlètes qu’ils ne véhiculent aucun message politique lorsqu’ils sont dans l’arène. Dans une directive adoptée en début d’année, la Commission des athlètes du CIO exhorte les futurs participants à respecter la Règle 50 en rappelant que le sport doit rester neutre et être préservé de toute interférence politique ou religieuse. Les athlètes doivent pouvoir profiter de l’expérience des Jeux olympiques sans aucune perturbation susceptible de semer la discorde.

Par le passé, ceux qui ont utilisé les Jeux olympiques pour manifester n’ont pas été ménagés. Beaucoup d’entre nous avons en tête l’image de Tommie Smith et John Carlos, têtes basses, un poing ganté et levé, alors qu’ils étaient sur le podium du 200 m des Jeux de 1968 à Mexico pour protester contre les violences raciales aux Etats-Unis; mais peu se souviennent qu’ils ont payé le prix fort pour leur action: ils ont été exclus séance tenante des Jeux et ont été bannis par leur fédération.

Plus de 50 ans après ce coup d’éclat, la discrimination raciale demeure un problème majeur et il est prévisible que des athlètes affichant leur sympathie au mouvement “Black Lives Matter” emboîtent le pas aux deux médaillés de Mexico. Il n’est toutefois pas sûr que les athlètes bravant l’interdit reçoivent le même châtiment que leurs aînés. Le Président Thomas Bach a du reste déjà laissé entendre qu’il était prêt à revoir la règle et on peut donc attendre qu’il fasse preuve d’une certaine compréhension face aux écarts qui pourraient se produire.

Mais que la Règle 50 demeure dans sa forme actuelle ou non, on peut néanmoins se demander si des athlètes qui feraient passer des messages de tolérance, de non-discrimination et de paix contreviendraient réellement à l’interdiction actuellement en vigueur. En effet, un athlète qui arborerait par exemple un survêtement “Black Lives Matter” lors d’une cérémonie protocolaire ne fait en réalité aucune démonstration politique. Au contraire, il véhicule le message que nous sommes tous égaux. Ce serait quand même un comble qu’un athlète soit sanctionné alors qu’il agit dans le respect des valeurs de l’olympisme qui stigmatise toute discrimination.

Au final, je ne pense pas que la Règle 50 qui vise à éviter d’attiser des conflits politiques ou religieux en période de trêve doive être abandonnée à l’aune de la sacro-sainte liberté d’expression comme d’aucuns le réclament. Si la règle est appliquée dans son esprit, alors elle doit permettre aux athlètes de propager des valeurs olympiques, tout en les empêchant de faire de la propagande politique ou religieuse.

Il faut espérer qu’un dialogue s’installe entre le CIO et les athlètes pour qu’un chemin raisonnable soit suivi. L’exemple de la Premier League qui, après concertation, a autorisé les joueurs à porter un maillot sur lequel figure “Black Lives Matter” plutôt que leur nom paraît être la bonne voie.

Affaire Semenya: clap de fin?

Dans mon précédent article, j’annonçais avec un peu d’audace que la décision que s’apprêtait à rendre le Tribunal fédéral dans l’affaire Semenya pouvait potentiellement changer la face du sport s’il venait à conclure qu’il fallait supprimer toute discrimination et donc les catégories homme/femme que presque tous les sports connaissent (même les échecs!).

Finalement, il n’en est rien puisque selon l’ordonnance de mesures provisionnelles notifiée hier, l’effet suspensif a été levé avec pour conséquence que le règlement de l’IAAF régissant la qualification dans la catégorie féminine (pour les athlètes présentant des différences du développement sexuel) peut désormais entrer en vigueur.

Caster Semenya ne pourra donc pas défendre son titre au 800 mètres lors des prochains championnat du monde à Doha. (suite…)

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Le casse-tête Semenya

L’affaire Caster Semenya pourrait devenir l’un des feuilletons sportifs de cet été. Un feuilleton à rebondissements dont on peine à deviner l’épilogue. Le Tribunal fédéral, qui devrait bientôt trancher, aura dans tous les cas le dernier mot.

Retour sur les faits: depuis le sacre de Caster Semenya aux Championnats du monde en 2009, la fédération internationale d’athlétisme (l’IAAF) tente de mettre en place une réglementation sur l’hyperandrogénisme afin d’assurer que les compétitions féminines d’athlétisme soient équitables. En été 2015, le Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi d’un appel de la sprinteuse indienne Dutee Chand, avait suspendu l’application des règles sur l’hyperandrogénisme, le temps que l’IAAF puisse apporter plus d’éléments scientifiques à l’appui de sa réglementation. L’IAAF fera finalement marche arrière, annulera sa réglementation et adoptera un nouveau règlement régissant la qualification dans la catégorie féminine (pour les athlètes présentant des différences du développement sexuel). (suite…)

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Grève du 14 juin, et si on parlait de la place de la femme dans le sport?

En cette journée hautement symbolique, l’occasion est belle de parler de la place de la femme dans le sport. Tourné vers la performance physique et la volonté de vaincre, le sport repose sur des attributs très masculins et reste peut-être naturellement dominé par les hommes. L’égalité est très loin d’être atteinte; mais en regardant dans le rétroviseur, les immenses progrès accomplis durant ces dernières décennies permettent aux sportives d’envisager l’avenir avec espoir et enthousiasme.

Dans les textes, l’égalité est de mise: tous les textes fondamentaux des fédérations internationales, des comités olympiques et des autres instances sportives prônent l’interdiction de toute discrimination fondée sur le sexe. Cela peut paraître paradoxal sachant que la quasi-totalité des sports connaît une catégorie homme et une catégorie femme. Y compris les échecs! Paradoxe en apparence puisque cette discrimination permet de préserver l’égalité des chances (cf. mes précédents articles sur Lyndsey Vonn et Caster Semenya).

Si l’égalité est érigée en principe, les faits démontrent que la place réservée aux femmes dans le sport reste polie… (suite…)

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Les burkinis interdits aux Jeux de Paris?

A l’heure où le peuple genevois s’est doté d’une nouvelle loi sur la laïcité, la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF) a récemment lancé un appel au Comité d’Organisation des Jeux de Paris 2024 afin de faire respecter le principe de laïcité; il s’agit d’interdire tout signe religieux parmi les participants de façon à garantir “la paix et le respect entre des jeunes venus du monde entier”. En clair, le voile islamique doit être proscrit des Jeux Olympiques.

Cet appel semble faire suite à la politique de deux pays, l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui soumettent la participation des femmes aux compétitions internationales à des considérations extra-sportives : seules les disciplines jugées « coraniques » leur sont autorisées, mais à la condition qu’elles soient couvertes de la tête aux pieds et qu’elles ne participent qu’à des épreuves non-mixtes. (suite…)

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Il n’y a pas que sur le sexe des anges que l’on discute

La fédération internationale d’athlétisme (IAAF) vient d’adopter un nouveau règlement régissant la qualification dans la catégorie féminine (pour les athlètes présentant des différences du développement sexuel). Il vise à mettre un terme à un vaste débat sur le sort des athlètes hyper-androgènes. Plus simplement dit: “Avec qui les femmes qui ressemblent à des hommes doivent-elles concourir?”

Le postulat de base est simple: il y a des hommes d’un côté, des femmes de l’autre, et cela a toujours été ainsi depuis la nuit des temps: “Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme” (Genèse 1.27), apprend-on au catéchisme.

Mais qu’est-ce qu’un homme? Et une femme? Cela paraît si simple! En ouvrant le dictionnaire, on y lit que l’homme est un adulte de sexe masculin. Est masculin ce qui a les caractères de l’homme. Plutôt circulaire comme définition, me direz-vous! Ce sont parfois les choses les plus évidentes qui sont les plus complexes à définir. (suite…)

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Thabo Sefolosha: de la fumette qui aurait pu coûter très cher

Le premier Suisse à jouer en NBA, Thabo Sefolosha, s’est fendu d’un tweet hier soir pour s’excuser auprès de ses coéquipiers, de son entourage et de ses fans. Pourquoi? Parce qu’il devra purger une suspension de cinq matchs une fois qu’il sera remis de sa blessure. Dans son message, on apprend qu’il a commis des “erreurs de jugement” pour lesquelles il assume l’entière responsabilité de ses actes.

On en saura pas plus. En cherchant à trouver ce qui se cache derrière les mots et les regrets, on apprend qu’il a été sanctionné par la NBA pour avoir été testé pour la troisième fois positif au cannabis.

Voilà une nouvelle occasion de relancer un vieux débat: le cannabis doit-il vraiment figurer sur la liste des produits dopants? (suite…)

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Lindsey Vonn peut-elle se prévaloir de l’égalité des sexes?

Lindsey Vonn n’en démord pas: elle souhaite participer à une descente avec les hommes avant de mettre un terme à sa brillante carrière. Par sa fédération nationale, elle a adressé une requête formelle à la Fédération Internationale de Ski (FIS) au début de cette saison 2017/18, son but étant de participer à la descente de Lake Louise en novembre 2018 avec ses congénères masculins. Une requête similaire avait déjà été rejetée il y a 5 ans et il y a à vrai dire peu de chances que la FIS change de point de vue. C’est l’occasion de faire le point sur le sport et l’égalité.

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Quand un petit kazakh incarne les valeurs de l’Olympisme

Les opinions que vous trouverez habituellement dans cette rubrique ont pour objet de décortiquer ce qui fait débat dans le sport. Entre les incessantes affaires de dopage, les basses manœuvres politiques, les comportements parfois révoltants des sportifs, dirigeants et supporters, on est servi! Il n’y a pas une semaine sans que le sport fasse parler de lui dans le plus mauvais sens du terme. Ces derniers jours nous l’ont encore montré: que penser des agissements honteux de ces abrutis qui se prétendent fans de sport qui ont récemment envahi la pelouse du stade maudit de Furiani pour agresser les joueurs de l’équipe adverse ou, plus près de chez nous, de ceux qui ont caillassé le bus du Servette FC?

En cette période de fêtes de Pâques, mon billet du jour ne relatera pas un de ces tristes épisodes; il sera plus personnel, mon souhait étant de montrer que le sport peut encore servir d’exemple. (suite…)

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