Thabo Sefolosha: de la fumette qui aurait pu coûter très cher

Le premier Suisse à jouer en NBA, Thabo Sefolosha, s’est fendu d’un tweet hier soir pour s’excuser auprès de ses coéquipiers, de son entourage et de ses fans. Pourquoi? Parce qu’il devra purger une suspension de cinq matchs une fois qu’il sera remis de sa blessure. Dans son message, on apprend qu’il a commis des “erreurs de jugement” pour lesquelles il assume l’entière responsabilité de ses actes.

On en saura pas plus. En cherchant à trouver ce qui se cache derrière les mots et les regrets, on apprend qu’il a été sanctionné par la NBA pour avoir été testé pour la troisième fois positif au cannabis.

Voilà une nouvelle occasion de relancer un vieux débat: le cannabis doit-il vraiment figurer sur la liste des produits dopants?

Il existe certes quelques arguments pour prétendre que le sportif peut, dans certaines circonstances, en tirer un avantage: meilleure récupération, amélioration de la fréquence respiratoire, propriétés analgésiques qui permettraient de s’entraîner en cas de blessures etc

En réalité, si cette substance figure sur la liste des produites interdits, c’est essentiellement parce qu’il est contraire aux valeurs du sport que de fumer des joints. Malgré cette position dogmatique, la consommation de marijuana n’est interdite qu’en compétition, ce qui signifie que le sportif est libre d’en fumer lors de ses phases d’entraînement. C’est donc un juste milieu qui a été trouvé.

Au delà de la question de savoir si le cannabis aide véritablement le sportif à améliorer ses performances, Thabo Sefolosha peut s’estimer heureux d’évoluer en NBA. Parce que s’il jouait toujours en Europe, ou dans n’importe quel championnat affilié à la Fédération Internationale de Basketball, ses trois tests positifs auraient potentiellement pu mettre fin à sa remarquable carrière. Si, par pure hypothèse, il s’est fait attraper les trois fois en compétition, l’application des règles ancrées dans le Code mondial antidopage aurait conduit, en cas de seconde récidive, à une suspension entre huit ans… et un bannissement à vie!

C’est le jeu des législations différentes: pour un même comportement, les conséquences peuvent être radicalement différentes. Le cas de Thabo Sefolosha l’illustre parfaitement: n’importe quel sportif positif pour la 3ème fois à la marijuana serait parti en retraite forcée. Mais parce qu’il évolue dans une ligue privée américaine qui ne reconnaît pas les règles du Code mondial antidopage, il n’aura que cinq matches de suspension à purger. Autrement dit, des peanuts!

On ne manquera pas de souligner ici l’ironie de la situation. Au pays de l’Oncle Sam où les sanctions pénales sont autrement plus dures qu’ici – il est fréquent de purger dix à quinze ans de prison pour quelques grammes de drogue vendue (pour un florilège des longues peines de prison, cliquez ici) -, il se trouve qu’il s’agit d’un véritable paradis pour les sportifs ayant recours à des produits dopants.

Yvan Henzer

Yvan Henzer

Avocat spécialisé en droit du sport, Yvan Henzer est un observateur privilégié des manœuvres politiques qui font l’actualité sportive et se trouve au cœur de l’action au gré des affaires qui occupent son quotidien.

2 réponses à “Thabo Sefolosha: de la fumette qui aurait pu coûter très cher

  1. “[…] la consommation de marijuana n’est interdite qu’en compétition, ce qui signifie que le sportif est libre d’en fumer lors de ses phases d’entraînement.”
    Faites-vous référence au Code mondial antidopage dans ces propos? Si oui, on voit aussi une différence avec les règles appliquées en NBA, puisque ce joueur est actuellement blessé et donc ..”hors compétition” – il ne reviendrai semble-t-il que dans quelques mois. On peut admettre qu’il a joué avec le feu mais il est intéressant de noter que les joueurs hors compétition sont donc également testés.

    1. C’est effectivement le Code mondial antidopage, ou plutôt la liste des produits interdits, qui prévoit que le cannabis n’est interdit qu’en compétition. Thabo est certes blessé, mais on ne sait pas si les trois tests positifs ont été faits avant ou pendant sa période d’indisponibilité. La question demeure donc ouverte!

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