Comment la vague verte nous impose le «choix» entre gaz de schiste et gaz qatari

Il semble loin, le temps des promesses de transition énergétique synonyme d’abandon des énergies fossiles. Par un manque coupable de prévoyance – les lacunes de la stratégie avaient été largement annoncées – la Suisse se retrouvera prochainement devant un choix douloureux entre le gaz naturel qatari et le gaz de schiste américain, si elle compte éviter les pénuries.  

Vox populi, vox dei. Il s’agit d’un principe auquel je crois fortement et je ne vais ainsi jamais demander de passer outre une décision démocratique prise dans les règles. L’adoption de la loi sur l’énergie en 2017 ne fait pas exception. Toutefois, quand l’expérience des faits démontrent qu’une erreur a été faite, il est sain de savoir se remettre en question et de chercher des solutions – là encore, dans le respect des règles.

En l’occurrence, la stratégie énergétique adoptée en votations sous la pression de la gauche écologiste s’avère être une erreur : toutes les craintes soulevées à l’époque par l’UDC et le comité interpartis de centre-droit sont confirmées, jour après jour, et démentent les fausses promesses de l’époque.

Le centre de la stratégie énergétique n’est pas « pilotable »

Et ces promesses étaient alléchantes. Dans ses explications adressées à la population, le Conseil fédéral vantant les incitations à « diminuer la part des combustibles fossiles importés » et assurait que « notre dépendance à l’égard de l’étranger pourra ainsi être réduite et le climat préservé ». Pour cela, « les énergies renouvelables indigènes issues du soleil, du vent, de la géothermie et de la biomasse » seraient encouragées. Quel programme !

Le problème, c’est que tous ces beaux projets ne sont pas suffisants pour assurer la production électrique durant toute l’année. La raison est simple : en pariant largement sur le solaire et l’éolien, l’on mise sur des énergies non pilotables. En d’autres termes, l’on ne peut pas choisir de produire plus au moment où la consommation est la plus haute – il faut au contraire espérer que la demande soit élevée lorsque le vent souffle ou que le soleil brille et qu’elle soit faible lorsque ce n’est pas le cas. Il s’agit bien entendu d’une vue de l’esprit qui doit être corrigée.

La voie royale pour le gaz

Les moyens de correction, dans un monde post-vague verte, ce sont les centrales à charbon ou à gaz. Il n’existe pas d’autres alternatives crédibles et suffisantes, l’énergie atomique ayant fait les frais de l’engouement climato-politique. Voilà donc que le 17 février 2022 encore (!), Simonetta Sommaruga annonçait son intention de construire deux à trois nouvelles grandes centrales à gaz pouvant produire l’équivalent d’une centrale nucléaire, et cela pour combler les lacunes de la stratégie énergétique.

Alors que le Parti socialiste s’empressait de soutenir sa ministre – préférant toutefois remplacer les grandes centrales par 2’000 petites unités régionales – les Verts restaient bien évasifs quant aux solutions à apporter. A Lausanne, par exemple, le Municipal écologiste en charge des SIL, Xavier Company, rappelait qu’il fallait « privilégier les gaz renouvelables », tout en omettant de préciser… qu’il est impossible en termes de quantité d’en produire en suffisance.

Le drame de la gauche : avoir misé électoralement sur la fin du nucléaire dès 2011

Le grand drame de la transition énergétique si chère au camp rose-vert, c’est qu’elle est montée au premier rang de l’actualité après quelques années de combat acharné contre l’énergie nucléaire, seule alternative à (très) bas CO2 aux sources de production fossiles capable de supporter l’usage grandissant de l’électricité (transport, numérisation etc.). Il fut impossible à la gauche de revenir en arrière sur son combat antinucléaire, même quand il est devenu évident que l’on ne pourrait lutter contre les gaz à effet de serre sans une augmentation massive de l’énergie atomique – de l’aveu même du GIEC.

Forcée de trouver une béquille capable de soutenir sa transition énergétique, la gauche écologiste a dû se résoudre au choix du gaz naturel, alors largement importé de Russie. Raison pour laquelle ce combustible fossile était encore privilégié début 2022 – solution refusée tant par la droite que par les manifestants pour le climat, dont les appels ne sont que mal relayés par la classe politique socialiste et verte.

La guerre étant passée par là, il reste désormais à savoir s’il sera compensé par le gaz naturel qatari ou le gaz de schiste américain – tous deux sources importantes de CO2. Choix forcément perdant : le premier vient d’un pays qui, pour des raisons religieuses et culturelles, ne connait pas les droits de l’homme. Le second, importé par bateau, vient d’un mode de production qui était il y a encore peu l’ennemi numéro un des Verts, Vassilis Venizelos en tête.

Une situation pourtant annoncée

En voyant l’échec cuisant de la stratégie énergétique, l’on pourrait croire qu’il est dû à des événements imprévisibles et inattendus. Il n’en est rien : l’UDC et le comité interpartis qui combattait la loi avaient répété les risques : dépendance accrue à la production étrangère, augmentation des prix, recours forcé au gaz, risque de pénuries. Tous ces arguments avaient été balayés par le Conseil fédéral et les experts climatiques acclamés par les foules étudiantes et les prix Nobel au fil des manifestations.

Rattrapés par la réalité, il est temps de prendre conscience des faits et d’y apporter des solutions. La sécurité de l’approvisionnement et l’indépendance énergétiques doivent être des priorités. Alors qu’il faudra remplacer 40TWh d’ici 2050, le besoin de réaction est plus pressant que jamais. C’est en ce sens que l’UDC a publié son document de fond pour un approvisionnement énergétique sûr, abordable et respectueux de l’environnement.

Yohan Ziehli

Né à Lausanne en 1993, Yohan Ziehli a grandi entre les vignes de Lavaux et de la Riviera. Amateur de produits du terroir, lecteur compulsif et pianiste à ses heures perdues, il travaille pour le groupe de son parti au parlement fédéral en tant que juriste, spécialisé dans les questions de politique extérieure, institutionnelle et démographique. Il est conseiller communal et vice-président de l’UDC Vaud.

19 réponses à “Comment la vague verte nous impose le «choix» entre gaz de schiste et gaz qatari

  1. bonjour; le programme présidentiel de J-L Mélanchon prévoit la sortie du nucléaire par application du scénario NégaWatt; ce n’est pas du tout farfelu, sinon à court terme, du moins assurément à long terme.

  2. Une indépendance énergétique de la Suisse signifie notre indépendance pour toujours. Or le CF ne veut pas de notre indépendance, car elle compromet le schéma global de l’UE. Il pense avoir la paix politique durable par une soumission totale au dictat de l’UE. La preuve est que nous avons les moyens financiers de construire des barrages et de centaines de fermes solaires dans les Alpes (fort ensoleillement), nous pourrions même devenir un grand exportateur de l’électricité vers les big 3 de l’UE! Nous n’allons pas nous en sortir que par une union de la droite pour ramener la gauche à sa taille naturelle de 20 à 25% et réduire leur présence dans les exécutifs et les parlements cantonaux ! La grande question est de savoir si le PLR est vraiment de droite.

    1. C’est vrai que c’est la gauche qui est à l’origine des problèmes énergétiques. Ouf, on a un coupable sur qui taper et se défouler et ça va nous permettre de ne surtout pas se remettre en question et de continuer à foncer dans le mur. Quant au PLR il roule pour lui et ses petits copains, il n’y a plus rien à espérer de ce parti.

      1. Entre la gauche distributive des richesses d’autrui, et le libéralisme effréné, destructeurs de valeurs, je crois de plus en plus que les pays qui veulent s’en sortir doivent se faire gouverner par les patriotes. Dans un monde idéal ceux qui disent ouvertement qu’ils ne sont pas patriotes doivent perdre le droit se présenter à des élections, voire, ne pas accéder à la fonction publique. Quand on visite Paris par exemple, l’on se rend compte que les anciens ont fait l’effort de se priver à court terme pour construire des monuments hors normes, comme le Louvre. S’ils savaient que leurs descendants allaient devenir minoritaires en 2035, ils n’auraient construit que des baraques en bois qui durent le temps d’une vie, au maximum deux. La Gauche moderne, habillée en vert, est plus dangereuse que le communisme puisqu’il était assez facile de deviner que le communisme ne tient pas et il est contraire aux ambitions naturelles.

  3. Vous oubliez un grand principe qui est le seul à pouvoir nous sortir de cette situation, la sobriété énergétique. Réduire nos déplacements baisser nos chauffages et diminuer notre consommation de biens (le plus souvent superflu)….
    L idée des mini centrales à gaz est plutôt bonne dans le sens où elle sont des centrales à cogeneration finalement c est juste des chauffages à gaz comme à l heure actuelle sauf qu ils produisent aussi de l électricité et ceci quand ils fonctionnent soit en hiver la ou on a justement un problème d approvisionnement.
    De plus on a déjà de grande source d énergie pilotable avec l hydraulique et le pompage turbinage.
    Bref votre discours n est la que pour “taper” sur vos adversaires politiques, sans amener de solutions.. Mais on a l habitude…

    1. Je n’oublie pas les économie d’énergie et le potentiel hydrauliques. Ce sont deux éléments clefs de notre vision pour l’énergie.
      Mais ces éléments sont déjà inclus dans les calculs qui arrivent à une conclusion claire: il va nous manquer 40 TWh d’ici peu.

      On peut se voiler la face et répéter que la transition, c’est bien, et que la pollution, c’est mal. Mais ce brassage d’air ne produit pas de courant.

      Quant à votre dernière pique selon laquelle je “tape” sans amener de solutions… permettez-moi de la trouver légère, étant donné que mon article se termine par un renvoi vers un document de 30 pages rempli de constats et de propositions concrètes.

  4. A nouveau vous faites fi de la majorité écrasante que représente la droite tant au CN, au CE et au CF. Vous imputez la responsabilité aux roses-verts alors que ces choix viennent d’un gouvernement résolument à droite. Du coup : oui, vous tapez sur vos adversaires politiques sans raison aucune si ce n’est la basse démagogie à laquelle votre parti nous a habitué.

  5. Je ne comprends pas trop votre blabla.
    Soyons clair, la question est: Doit on garder notre vieux nucléaire, et en construire une autre? Et l’autre question différente, c’est notre dépendance des énergies fossiles, donc quid de son remplacement?

    Pour notre indépendance énergétique fossile, il faudrait que vous souteniez une rapide conversion de notre parc automobile thermique en voiture à moteur électrique, même chose pour le chauffage, etc…. Or, il n’en n’est rien.
    En gros, il faudrait remplacer les énergies fossiles par l’électricité, le bois (chauffage). Il s’agit d’une indépendance stratégique et accessoirement écologique.
    Ce problème d’indépendance qu’il faut résoudre rapidement, ne peut se faire que dans le cadre de l’Europe, question d’efficacité et sécurité. A long terme, on peut penser que la Suisse pourrait se débrouiller seule.
    Mais il n’y a pas que l’énergie, mais aussi l’alimentation, la technologie, etc. L’autarcie en Suisse est un mythe. Nous sommes dans un mouvement où le monde se divise en 2 ou 3, avec chaque partie qui se doit être indépendante.
    La Suisse est rattaché à l’occident plus particulièrement à l’Europe.

    Donc, on arrive au nucléaire. Et là, la meilleure option, est une vision européenne. Un accident majeur en Suisse et c’est la survie de la Suisse qui est en jeu puisque le plateau suisse est la source de notre économie.
    Une centrale nucléaire dans un endroit isolé est la seule option, les petits pays ne sont pas idéal pour ça.
    La Suisse doit attendre une nouvelle génération de centrale, mais ce n’est pas pour tout de suite, or il faut trouver une solution avant. Et c’est là qu’il faut avoir une vision européenne. Il faut en construire là où un accident a peu d’impact, afin de produire une indépendance énergétique à l’échelle de l’Europe, donc de la Suisse.

    L’UDC est contre l’Europe, c’est idiot. Il y a l’UE, qui est un sujet, et l’Europe qui est un autre. Dans ce nouveau monde, l’Angleterre qui s’est coupée de l’Europe se voit obligée de repenser Europe. L’indépendance stratégique (énergies, militaire, alimentation …) ne peut plus se faire à l’échelle d’un pays, il faut se mettre ça dans la tête.

    La vague verte n’est en rien dans ce nouveau paradigme, leur radicalité n’influence pas la majorité de la population. La transition est devenu une nécessité stratégique, le problème climat n’est plus la raison principale de la nécessité d’une transition, sauf pour les écologistes.

  6. Juste encore quelques réflexions : Vous proposez de poursuivre avec le nucléaire et même d’augmenter le nombre de centrales, OK … Mais on achète à qui l’Uranium ?? Vous présentez l’énergie nucléaire comme la plus propre en terme de CO, celà prend-il en compte les impacts du démantèlement des centrales nucléaires ? Ce même démantèlement, comment est-il financé, est-il inclus dans le prix de kWh facturé au consommateurs ?

    1. Pour vous répondre, oui, cela prend en compte le démantèlement des centrales, qui est désormais compris dans le coût estimé de l’énergie. Il s’agit, pour le surplus, d’éléments qui auraient pu être traités de manière plus intelligente que par une sortie pure et simple du nucléaire.

      Pour ce qui est de l’achat de l’uranium, il faut savoir que ce dernier peut aisément être stocké, dans des quantités importantes, et que ses fournisseurs sont variés. Il est ainsi possible de se sortir des menaces de pénurie lors de crises à court ou moyen terme et de diversifier les flux de provenance en cas de besoin.

      Une stratégie basée sur l’éolien, le solaire et le gaz n’offre pas autant de souplesse.

  7. Cher Monsieur,
    Ce que vous démontrez, avec brillance, c’est l’incapacité du monde politique à trouver des solutions car le seul objectif d’un parti est “d’avoir raison” contre tous les autres partis.

    L’UDC ventile de l’air et les verts se focalisent sur l’écriture inclusive, l’ultra féminisme et les orientations sexuelles. En fait, verts et UDC, vous n’êtes plus force de solutions dans le monde de l’énergie et du climat.

    Drôle comme les extrêmes se ressemblent.

    1. En réalité, vous omettez simplement que mon article se termine sur un document de 30 pages rempli de propositions.

      Le but de mon modeste article est de rappeler que l’échec actuel n’est pas tombé de nulle part, mais qu’il était annoncé, et que lorsque l’on veut éviter des conséquences néfastes, il faut s’attaquer à leurs causes.

  8. Concrètement, la droite fait quoi contre ce délire ?

    https://www.24heures.ch/le-ps-veut-des-toilettes-et-des-vestiaires-non-genres-dans-les-ecoles-652641365113

    Quelqu’un peut en particulier réveiller M. Payot et lui dire que des toilettes et des vestiaires non genrés à l’école = source de harcèlement contre les filles ? et un modèle d’oppression systémique ?

    Vous imaginez sérieusement envoyer vos adolescentes dans des VESTIAIRES non genrés?? C’est être contre le progrès que d’être contre ? Je dois être rassuré parce que la “nudité” y sera interdite? Du coup, c’est inclusif de devoir se cacher dans une cabine WC individuelle pour se changer ?

    C’est lutter pour la positivité de leur corps que de demander à des jeunes filles de se cacher pour le montrer ?

    Bougez-vous !, chère droite.
    On ne pardonnera jamais la perte de l’innocence de nos enfants !

  9. Cet article est truffé d’un postulat initial qui biaise toute la suite : l’exigence d’une consommation de l’énergie qui relève indubitablement du caprice (“autant que je veux, où je veux, quand je veux”) et qui reporte la pilotabilité exclusivement sur la production.
    Dès qu’on en sort, on peut hiérarchiser les usages (vital, stratégique, structurant, confort, luxe) et donc envisager la pilotabilité de la consommation.
    Ainsi, il est tout à fait possible d’envisager de baser notre organisation sociale sur des sources électriques intermittentes. Il faudra juste accepter quelques jours annuels de chômage technique, et renoncer à recharger sa Tesla par une nuit sans vent.
    Il faudra aussi sortir du “tout électrique” alors que le solaire thermique est largement disponible à toute saison, éventuellement complémenté de chaleur biomasse.

    1. Pareil pour la liberté d’expression. Faudra “juste” accepter la censure de certains thèmes et un contrôle de notre parole par l’Etat.

      Vous avez un désir de pouvoir autoritaire… Poutine vous approuve; les jeunes Vert.e.x.s aussi.

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