Jeunes PLR genevois et mariage pour tous : un psychodrame évocateur de notre époque

Quiconque a feuilleté les journaux lémaniques ces derniers jours a probablement eu l’occasion de suivre l’épopée de la modification du code civil auprès des jeunes PLR genevois. Loin de moi l’idée de m’attarder sur les affaires internes de cette section – elle est apte à régler ses problèmes seule. Il se trouve en revanche que cet exemple illustre parfaitement l’atmosphère actuelle dès lors que l’on débat de sujets tabous au XXIe siècle.

Le début de l’histoire est des plus classiques : lors de son assemblée générale, le parti doit décider du mot d’ordre concernant les votations de septembre. Comme le veut la tradition, un débat contradictoire est organisé, en l’occurrence entre la conseillère nationale PLR Simone de Montmollin et le conseiller municipal PDC Alain Miserez. Rien de bien surprenant jusque-là.

Mais voilà que l’impensable se produit : par 15 voix contre 12, l’assemblée rejette le paquet mariage-PMA concocté par le Parlement. Questionné par les médias, le président de la section émet rapidement l’hypothèse que c’est bien la PMA qui a pu faire pencher la balance. Rappelons qu’avec la nouvelle loi, il sera possible d’interdire tout lien de paternité aux enfants nés par cette méthode.

Réaction immédiate des anciens élus, appel au nouveau vote

Incompréhension. Désolation. Besoin d’une solution face à ce problème. Plutôt que de traiter l’histoire en interne, divers anciens et actuels représentants de la section se lâchent dans la presse et sur les réseaux sociaux. Ici[1], un ancien président critique le dégât d’image avant d’évoquer des irrégularités pour demander un second vote. Là[2], une ancienne trésorière affirme que la majorité des votants étaient ceux « qui ne sont pas avec nous depuis assez longtemps pour avoir bien compris ce que c’est d’être libéral-radical ». Puis on demande le nom des votants[3].

Les accusations d’irrégularités sont finalement balayées par le comité, bien obligé de maintenir le vote. Qu’importe, une récolte de signatures est lancée par les votants minoritaires et les absents afin de convoquer une nouvelle assemblée et de corriger le mal qui a été fait.

La pression des minoritaires, plus forte que l’avis régulier et majoritaire

Vous me direz que cette histoire interne à une section de 200 membres n’est qu’une anecdote. Certes. Mais ce fait divers est évocateur de l’état d’esprit dans lequel se déroulent les débats actuels sur les tabous de notre époque : remise en question de la théorie du genre, du bienfondé de la délinquance écologiste ou du concept de racisme systémique, entre autres thématiques.

Sur n’importe quel sujet « normal », ce procédé antidémocratique aurait été impensable. Mais, précisément, il ne s’agit pas de n’importe quel sujet. Il s’agit de l’un des inattaquables. L’un de ces sujets que l’on ne peut pas remettre en question : prendre une décision contraire à la mode entraine un dégât d’image. Les personnes qui ne pensent pas comme il faut n’ont pas bien compris. En cas d’erreur, il faut revoter.

La remise en question, même ciblée, rendue impossible

Le problème central, au sujet du scrutin de septembre, est l’impossibilité de traiter de certains points précis de l’objet soumis au vote de peur d’être soumis à un flot de critiques.

Impossible d’émettre une réserve ciblée sur la PMA – on nous accusera d’aller contre l’égalité de tous les amours. Inconcevable d’estimer que la présence d’un père puisse être bénéfique à un enfant – on nous rappellera que tous les couples sont égaux. Intolérable de préciser que la nouvelle loi interdira aux enfants de connaître le nom de leur père avant leur majorité – on nous rétorquera que la Suisse a pris du retard en matière de droits des minorités.

C’est bien cela qui est dérangeant. C’est de ne pas pouvoir aborder de manière critique un aspect de la chose, un élément, sans que notre respect des concepts impératifs ne soit mis en doute. La correction n’est par ailleurs plus – ou pas encore – pénale. Elle est sociétale. C’est ainsi que cette section ne peut pas assumer une position peut-être faite sur certains arguments précis, de peur d’être accusée d’avoir du retard sur l’ensemble de la question « LGBTQIA+ ».

Cela nous rappelle le sondage récent ayant révélé que moins de la moitié des Allemands estimait pouvoir parler librement de certains sujets, tels que ceux mentionnés plus haut[4]. L’étude arrive à la conclusion que ce n’est pas par peur de sanctions légales ou par conviction que les sondés se taisent, mais par peur des retombées sociétales. Par peur du dégât d’image, en somme.

Que se passerait-il si la loi était refusée le 26 septembre ?

On pourrait maintenant se demander ce qui se passerait si le peuple votait mal le 26 septembre. Lirait-on dans la presse, comme dans le journal du jour, que le résultat est dû à « un défaut de mobilisation des partisans du mariage pour tous », ce qui justifierait un nouveau vote ? Nous dirait-on que le peuple n’a pas bien compris de quoi il en retourne ?

Après tout, l’impératif du sens-unique a déjà eu la peau de plusieurs initiatives populaires acceptées en votation, du renvoi des criminels à l’initiative des Alpes. Et si l’initiative contre l’élevage intensif venait à être plébiscitée, elle ne serait elle-même pas appliquée entièrement, ses dispositions allant à l’encontre des fameux traités bilatéraux.

Je ne répondrai pas à ces questions. J’imagine que la grande majorité des jeunes libéraux-radicaux se plierait au résultat des urnes – la situation n’est pas la même face à une décision interne et une votation populaire. Il en irait probablement différemment des mouvements traditionnellement indifférents aux choix du peuple, tels que les jeunes verts et socialistes.

L’essentiel est de prendre conscience de l’influence croissante que revêt la pression sociale sur la liberté d’opinion. Si la protection des minorités est une composante de l’Etat de droit, la possibilité de se former et d’exprimer librement son opinion en est également une, de même que le respect des décisions prises de manière démocratique et régulière.

 

[1] https://www.24heures.ch/le-mariage-pour-tous-refuse-par-les-jeunes-liberaux-radicaux-204772648249

[2] https://www.facebook.com/photo/?fbid=10159543325413156&set=a.93022403155

[3] https://www.tdg.ch/le-mariage-pour-tous-divise-encore-les-jeunes-plr-445817364695

[4] https://www.faz.net/aktuell/politik/inland/allensbach-umfrage-viele-zweifeln-an-meinungsfreiheit-in-deutschland-17390954.html?premium

Yohan Ziehli

Né à Lausanne en 1993, Yohan Ziehli a grandi entre les vignes de Lavaux et de la Riviera. Amateur de produits du terroir, lecteur compulsif et pianiste à ses heures perdues, il travaille pour le groupe de son parti au parlement fédéral en tant que juriste, spécialisé dans les questions de politique extérieure, institutionnelle et démographique. Il est conseiller communal et vice-président de l’UDC Vaud.

7 réponses à “Jeunes PLR genevois et mariage pour tous : un psychodrame évocateur de notre époque

  1. Il y a donc 27 jeunes radicaux actifs en Suisse… l’avenir de ce parti est … radieux ?

    Quand je dis que les minorités actives captent les débats, sans représenter personne…

  2. Malaise très bien décrit: les minorités veulent, consciemment ou non, un Etat d’exception, régime préféré des totalitarismes. Aujourd’hui-même, au sein de l’université “globale” de Genève, la voix du relativisme en matière de fascismes et de dérives se fait entendre. Peu de notion d’histoire, dévoiement de l’attitude philosophique, ignorance du droit et de la Constitution, tels sont les virus face auxquels nous devons, non pas nous immuniser, mais que nous devons combattre comme vous le faites par des prises de conscience. Puis-je suggérer que amours, comme délices et orgues, est féminin au pluriel ? Un caprice de la langue dont les exceptionnistes pourraient se régaler…

  3. Plus on a de choix dans la vie plus celle-ci semble ” remplie, vécue, épanouie ” dans tous Les aspects !!! Croit-on ?!!! En verité plus de choix Donne plus de doutes! Plus de facilités Donne moins de reflexions approfondies…. C’est dans ce travers que tombe la jeunesse actuelle . Je le dis a mes enfants : à toujours mettre le GPS on ne sait jamais oú l’on va, on ne connaît pas son environnement, on tourne, on tourne sans réfléchir inutilement donc on ne fixe rien donc on n’ append Rien ! Pour finir par être balloté tout le temps . Position bien peu stable !

    A trop vouloir mettre á l’avant de la société tous Les petits problémes minoritaires , on fait beau coup de bruit qui porte plus de préjudices á l’ensemble que de véritable bien á la dite minorité.
    Trop de certitudes est peu épanouissant, pas de certidutes n’est pas mieux mais je penses beau coup plus stressant ! Il faut un jour décider et s’y tenir !
    L’augmentation de psychotherapeutes en tout genre dans notre monde occidental devrait demontrer que la société va mieux !!!!!! Est-ce le cas ??? Il me semble plutôt le contraire!

  4. Que les jeunes PLR votent contre le mariage homosexuel est comme si les jeunes socialistes avaient voté pour la privatisation de l’enseignement publique, ou si les jeunes UDC avaient voté pour l’adhésion à l’union européenne. C’est un non sens idéologique qu’une minorité à réussi à faire passer en profitant de la participation basse.

    Ca arrive parfois dans certains parlements aussi, quand l’opposition débarque pour voter en force contre un projet du gouvernent pour faire un coup d’éclat. Quand cela se produit le gouvernement fait revoter la loi en s’assurant que ses députés soient présent.

    Les jeunes PLR devraient faire de même, pour corriger ce “coup” de l’opposition interne. Et contrairement à ce que dit ce post, rien de mal à ça. Un second vote aurait une participation beaucoup plus importante et serait donc plus légitime. Si c’était vraiment la volonté de jeunes PLR de rejeter cette loi, on aurait beau les faire voter autant de fois qu’on veut, le résultat serait toujours le même.

  5. Merci à vous, Johann Ziehli, pour cet article bien clair et dénonçant les ravages de la “pression sociale” !
    Bon courage pour persévérer à nous présenter des analyses lucides.

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