Les mouvements sociaux vont-ils remplacer les partis politiques ?

Depuis quelques années, on constate une hausse des mouvements sociaux en Suisse. La grève pour le climat, la grève des femmes, Extinction Rebellion (XR)… Ces derniers se positionnent généralement en opposition aux partis politiques, qui seraient, selon certains, en perte de vitesse. Pour cause, ils ne représenteraient plus les préoccupations des citoyens et ne seraient pas dignes de confiance (corruption, lobbying…). Il faut ajouter à cela le fait que les électeurs sont toujours moins fidèles à un parti unique. Au vu de ces deux tendances, on peut se demander si ces nouveaux mouvements sociaux (NMS) sont appelés à remplacer les partis politiques? 

 

Les différences entre partis politiques et nouveaux mouvements sociaux ? 

Ces derniers sont majoritairement décentralisés, ne possédant pas d’organisation hiérarchisée à l’interne. Ils font usage d’instruments divers : manifestations, grèves, blocages… et ont souvent une méfiance à l’égard des instruments politiques traditionnels (initiative, référendum). Enfin, ce qui fait leur spécificité c’est qu’ils se concentrent sur une thématique en particulier. 

Ces caractéristiques s’opposent à celles des partis politiques, qui, pour la majorité, ont une gouvernance centralisée, des moyens financiers élevés, se positionnent sur une palette de thématiques et préfèrent user des instruments démocratiques : initiatives, référendums, élections. 

 

Cependant, cette définition des NMS ne correspond plus vraiment à la réalité suisse. En effet, on voit émerger dans ces groupes une volonté de s’ouvrir à de nouvelles thématiques, et pas uniquement à celle de leur engagement initial. La grève pour le climat a d’ailleurs changé de nom en devenant la grève pour l’avenir, incluant depuis des revendications sociales et féministes. Du côté de la grève des femmes, on remarque aussi une tendance à élargir le spectre de lutte, en soutenant des actions climatiques, par exemple. Concernant le désamour des instruments démocratiques offerts par la Suisse, il faut nuancer. D’un côté, certains groupes rejettent la possibilité de faire valoir leur message par ce biais, comme Extinction Rebellion. Mais, de l’autre côté, la grève pour l’avenir accepte le jeu politique en se lançant dans des élections. Comme cela a été le cas en 2020. Suite au départ de Jacqueline De Quattro au Conseil d’Etat vaudois, la grève pour l’avenir vaudoise avait lancé une candidate.

 

Du côté des partis, on peut aussi noter une évolution. Les VERT-E-S soutiennent vivement les mouvements dans la rue, qu’ils considèrent comme une action politique légitime. Il en est de même pour des actes illégaux, comme ceux commis par des militants dans les locaux de Crédit Suisse, soutenus, notamment par la Conseillère aux Etats Céline Vara. A droite de l’échiquier politique, les partis essaient de donner toujours plus la voix à leurs adhérents. Comme l’a fait le PLR, en 2019 en envoyant à ses 120’000 membres un questionnaire afin de définir la ligne climatique du parti.

 

Mais alors, que deviendra le paysage politique ? La question reste ouverte, même si un changement est à prévoir du côtés des partis politiques, c’est aussi le cas pour les NMS. On peut imaginer plusieurs cas de figure. 

 

Les nouveaux mouvements sociaux ne remplacent pas les partis 

Les NMS, en se positionnant sur plus de thèmes et en ayant des positions plus tranchées, pourraient perdre une partie de leurs militants, ne se reconnaissant plus dans l’entièreté des valeurs du groupe. Ils seraient alors toujours moins nombreux et n’auraient pas les électeurs nécessaires pour remplacer les partis. Ce qui est possiblement en train de se passer. En effet, à la dernière grève pour l’avenir, on a assisté à une baisse de participation. 

On peut aussi imaginer que ces derniers reprendront une majorité des codes des partis politiques et n’auraient alors plus aucune caractéristique des NMS et deviendraient simplement de nouveaux partis politiques. 

 

Les nouveaux mouvements sociaux remplacent les partis 

Il est possible que les partis de leur côté, n’arrivent pas à copier les codes des NMS et finissent par être remplacés. Les Verts auront une obligation de collégialité s’ils arrivent au Conseil fédéral. Une de leurs élus a d’ailleurs été vivement critiquée par les NMS, dans le canton de Vaud : la Conseillère d’Etat Béatrice Métraux, attaquée pour sa gestion de la ZAD du Mormont. 

D’autre part, à la suite du vote sur la loi CO2, soutenue par le PLR, mais pas par ses électeurs, on peut se demander si la consultation réalisée en 2019 était réellement représentative. 

En fin de compte, les partis, n’arrivant pas à attirer le même engouement que les NMS, ils se feraient remplacer. 

 

Les deux cohabitent sous la coupole

Enfin, la troisième possibilité serait un mélange d’élus venant des NMS et de partis politiques. Ce qui risquerait de cristalliser un certain nombre de blocages au vu des manières de faire, si différentes. 

 

Bien sûr, ces scénarios ont été envisagés en partant du principe que le système politique suisse actuel : la démocratie semi-directe, les instruments politiques, élections… perdure. Ce qui n’est en rien sûr, au vu de la position de certains NMS qui souhaitent une révolution du système démocratique, j’aurais l’occasion d’y revenir dans un prochain article. 

 

Alors, les partis politiques doivent-ils trembler ?

 

Références :

Les mouvements peuvent-ils remplacer les partis politiques ?

Nouveaux mouvements sociaux et partis politiques au Québec : un défi organisationnel ? – Politique et Sociétés

L’émergence des mouvements citoyens – SWI swissinfo.ch

Nouveaux mouvements sociaux, partis politiques et syndicats: une nouvelle donne?

Les partis politiques sont-ils voués à disparaître ? – Frédéric Sawicki