André Comte-Sponville ou le déni de réalité

« Les travaux des historiens et des sociologues sur la mort, thème à la mode, offrent à côté de beaucoup d’analyses intéressantes et de quelques recherches rigoureuses, des fantasmes sociaux et idéologiques de nature à satisfaire les demandes de prophétie et de visions d’un public que Max Weber écartait jadis de la science sociale en le renvoyant au cinéma ». Cette citation date de 1976, elle est issue d’un article de Jean-Claude Chamboredon, sociologue français qui vient de nous quitter. Ces lignes, Chamboredon les adresse en particulier à deux auteurs, Louis-Vincent Thomas et Philippe Ariès qui, une année auparavant, en 1975, ont publié des ouvrages sur la mort, le premier dans une veine anthropologique, le second dans une perspective historique.

Les deux mettent en avant la facilité avec laquelle les sociétés “traditionnelles” apprivoisent (ou apprivoisaient) collectivement la chose mortuaire pour mieux souligner respectivement le désenchantement des Pays du Nord et le déni contemporain. Entre les progrès de la médecine, la montée de l’individualisme, la dictature du marché et un syncrétisme mélangeant les valeurs et les religions, l’Occident n’offrirait qu’une place exiguë et inauthentique à la chose mortuaire. A l’inverse, « avant » et « ailleurs », on mourait mieux, plus facilement, plus librement. Norbert Elias, sociologue allemand, s’est livré dans son ouvrage La solitude des mourants à une critique virulente des travaux de Philippe Ariès. Il y démontre, comme Chamboredon le souligne, tout à la fois le romantisme de l’historien, la confusion qu’il opère entre iconographie et réalité sociale, et son incapacité à mettre en relief le fait que, bien qu’étant sujette à une présence plus soutenue dans la sphère sociale, la mort au 15ème et 16ème siècle n’en est pas moins entourée d’un faisceau de craintes, voire d’une terreur certaine. Les mêmes critiques s’appliquent aux travaux de Thomas.

Quarante-cinq ans plus tard, on pourrait reprendre les propos de Chamboredon et d’Elias pour les appliquer au discours – pas tellement nouveau donc –  d’André Comte-Sponville. Lui aussi fait jouer le déni de mort dont on se rendrait coupable en plaidant le confinement contre sa posture de libre penseur, le courageux et le téméraire que rien n’effraie. A bon marché, il devient l’incarnation de l’anticonformisme. Sans se soucier des données de santé publique, des peccadilles, certainement des obstacles à sa pensée bien confortablement réfléchie sur son Chesterfield, hors de toute responsabilité puisque ce n’est pas lui qui se retrouve au chevet des patients à s’épuiser pour les guérir ou leur offrir un accompagnement digne et sans souffrance avant leur décès.

Au déni de la mort Comte-Sponville a préféré le déni de réalité. Rappel un peu bête, parce que tellement évident : oui, on peut plaider sa liberté de mourir, ou d’en courir le risque mais on doit symétriquement respecter la liberté de celles et ceux qui souhaitent s’en préserver encore un peu. Sans oublier la liberté des personnes qui vous soignent et vous survivent. Celui ou celle qui trouve en période de pandémie le moyen de concilier ces libertés sans mettre à mal l’une ou l’autre (autrement dit, sans que la liberté se fasse contrainte) peut prétendre aux plus hautes fonctions.

Références:

ARIES Philippe (1975), Essai sur l’histoire de la mort en Occident : du Moyen-âge à nos jours, Paris : Seuil.

CHAMBOREDON Jean-Claude (1976), « Sociologie et histoire sociale de la mort : transformations du mode de traitement de la mort ou crise de civilisation ? », Revue française de sociologie, XVII (4), pp. 665-676.

ELIAS Norbert (1987), La solitude des mourants, Paris : Christian Bourgois.

PAPADANIEL Yannis (2013), La mort à côté, Toulouse : Ancharsis., coll. Les ethnographiques.

THOMAS Louis-Vincent (1975), Anthropologie de la mort, Paris : Payot.

 

 

 

 

 

Yannis Papadaniel

Yannis Papadaniel

Yannis Papadaniel est anthropologue, titulaire d'un doctorat obtenu à l'Université de Lausanne et à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris. Il est spécialiste de questions liées à la santé et à la médecine. (Photo: Olivier Maire) Il est responsable santé à la Fédération romande des consommateurs (les opinions exprimées ici ne l'engagent toutefois que lui)

61 réponses à “André Comte-Sponville ou le déni de réalité

  1. Bonjour !
    Eh bien moi j’ai adoré les propos de M. André Comte-Sponville. Il remet les pendules à l’heure ! La liberté prime sur tout et aucun État ne devrait intervenir par rapport à ce choix. Je le félicite car il met en très clair ce que les personnes un peu âgées pensent vraiment.
    Miguel de Cervantès a raison. Son Don Quichotte de la Mancha dit: “La liberté, Sancho, est un des dons les plus précieux que le ciel ait faits aux hommes. Rien ne l’égale, ni les trésors que la terre enferme en son sein, ni ceux que la mer recèle en ses abîmes. Pour la liberté, aussi bien que pour l’honneur, on peut et l’on doit aventurer la vie”.
    Et j’aime aussi ce que disait Pompée (Cnaeus Pompeius Magnus) « Navigare necesse est, vivere non est necesse.
    Pour les sceptiques et les habituels détracteurs: j’ai survécu à deux erreurs médicales, l’une diagnostique et effrayante en 1970, prouvée en 1974 par histologie. En d’autres termes 9 mois d’hospitalisation en lit strict assortis à 2 traitements très destructeurs pour rien du tout, vraiment pour rien du tout sur égarement diagnostique et plaisir médical pervers. Bien évidemment, je porte toute seule les 9 effets secondaires sans répit, et sans aide aucune mais surtout avec le déni médical romand en tête du style “on expérimente et advienne que pourra – ces enfants-là sont vraiment quantité négligeable”. L’autre thérapeutique en 2011 sur irrespect volontaire d’un médecin, bizarrement là encore romand, par rapport à mes particularités pharmacogénétiques et pharmacotoxicologiques. A nouveau, je porte seule le 10ème effet secondaire de ce test irréfléchi et non contrôlé, sans aide mais surtout sans jamais aucune excuse, à part les phrases standardisées dont seuls les médecins ont le secret ! En d’autres termes “Dommage collatéral – bouclez là”.
    Alors oui personne n’a le droit de s’immiscer dans nos choix et dans notre liberté de mouvements. Et surtout pas l’État qui ne défend jamais (même en Suisse) les victimes de scandaleuses expérimentations humaines.
    Ce même État qui voudrait maintenant nous priver de notre liberté, un droit fondamental dans les pays dits civilisés.
    A bon entendeur et à ceux qui pourraient critiquer ma prise de position pour une liberté individuelle absolue (tout en respectant les autres bien entendu), je les invite à faire quelques tests médicamenteux foireux. On verra bien comment et dans quel état d’esprit ils/elles vont s’en sortir !
    Eliane AB

    1. Perso, je ne suis pas entièrement d’accord avec André Comte-Sponville précisément sur ce sujet.

      Ici, faire passer la liberté avant la précaution fait potentiellement prendre le risque de faire redéborder les capacités hospitalières, et ça, bizarrement, il le met sous silence.

      Mais je suis plutôt d’accord avec le reste du discours, mais peut-on ici tout séparer ?

    2. j’ai moi aussi subi, quoique dans des proportions sans doute bien moindres que vous, une erreur de prescription médicale, et je suis à 100 % d’accord avec ce que vous écrivez. Je ne fais plus confiance aux médecins, et encore moins aux médicaments. Comme disait Cioran : nous ne mourons plus de nos maladies mais de nos remèdes.

      1. Merci Ursule pour la citation de cette très belle phrase ….. d’Emil Ciorian “nous ne mourons plus de nos maladies mais de nos remèdes” …….. Portez-vous bien malgré votre expérience malencontreuse. Si je peux vous suggérer 2 lectures de médecins / professeurs restés très humbles et avouant les fautes de leurs collègues, voici:
        « Complicit silence in medical malpractice » publié dans The Lancet 2020;395:46-7. L’auteur reprend une histoire vraie, de très longue durée, l’affaire Ian Patterson (un chirurgien mutilateur – tout le monde savait mais). Je cite: Clinicians and health-care managers displayed “a capacity for wilful blindness” ou « une aptitude à la cécité volontaire » terriblement à la mode en médecine.
        Mais encore un éditorial publié dans le New England Journal of Medicine 2019; 381:87-89. Deux fameux professeurs italiens (Bergamo) dont je connais par cœur les publications reconnaissent humblement les erreurs thérapeutiques du passé et écrivent un magnifique hommage aux patients néphrologiques inutilement massacrés & mutilés durant des décennies (aussi en Suisse bien sûr), alors que des alternatives existaient.

        La capacité médicale à dissimuler les erreurs est phénoménale. Elle ne va pas s’améliorer via la crise actuelle …… vu que les tests médicamenteux ont déjà débutés …… Y a-t-il des protocoles de recherche “sérieux” en amont, avec contrôles sévères par des Commissions d’éthique ad hoc ?
        Tout cela prend énormément de temps en règle générale. Je laisse la réponse ouverte.

  2. Le texte de M. Compte-Sponville est une caricature de notre civilisation individualiste.
    M. Comte-Sponville souhaite pouvoir choisir sa mort par le coronavirus. Pour cela, il faut que M. Comte-Sponville soit infecté. Une fois infecté, il lui faudra attendre, en moyenne, une semaine avant les premiers symptômes, semaine pendant laquelle M. Comte-Sponville infectera des personnes au hasard de ses rencontres. Quelle magnifique liberté que de mourir en entraînant des innocents dans sa mort! Voilà où mène l’individualisme forcené de notre société, bien loin d’un humanisme éclairé. On peut d’ailleurs penser que cette philosophie rejoint celle des terroristes.
    Ces réflexions valent aussi pour le problème du réchauffement climatique : ne s’occuper que de soi, ne pas tenir compte de l’autre explique le peu d’empressement à penser l’avenir de nos enfants…

    1. Je suis tout à fait d’accord avec vous.
      Monsieur conte n’est qu’un intellectuel opportuniste.
      Ne dit-on pas que notre liberté s’arrête lorsqu’elle empiète celle de l’autre ?
      M. Le conte est une bien triste représentation de l’égoïsme et de la négation du réel. Rendant ça liberté plus importante que la vie d’autrui. Quel bel exemple de générosité…
      M. Le conte si vous avez des enfants ou des petits enfants intubé trouverez celà toujours aussi beau ?

  3. Il me semble que Comte-Sponville réclame seulement son libre-arbitre sur sa propre vie, ou sa propre mort.
    Le déni de réalité me parait plutôt dans une hypothétique sauvegarde à tout prix de vies humaines, alors que la planète est déjà surpeuplée.

    Le monde va être encore plus inégalitaire après, plus de vies sacrifiées, non du corona mais de ses conséquences, mais c’est sans doute le progrès intellectuel?

  4. André Compte-Sponville a le courage d’exprimer une opinion dissidente de la pensée globale que l’on cherche à nous imposer sur tous les sujets. Une opinion généreuse qui ne se limite pas à la défense de ses intérêts mais qui, contrairement à ce que vous indiquez, englobe toute la réalité. Une réalité qui inclut toutes les générations, toutes les classes sociales, toute l’humanité, au-delà des frontières des pays les plus riches.
    “Ce qui m’inquiète, ce n’est pas ma santé, c’est le sort des jeunes. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration. Cela me donne envie de pleurer.” Oui, comme lui, je pense que cela est grave et révoltant. Du jamais vu!
    A l’heure du bilan, il faudra se demander combien de vies auront été sacrifiées, à l’échelon mondial et pendant toute la durée nécessaire à la sortie de la crise économique et sociale à venir et s’interroger sur la nature des priorités et options retenues.
    Marie Miramant

    1. Bonjour,
      Ce qui donne à André Comte-Sponville envie de pleurer me donne envie de hurler contre lui.
      Au nom de quoi décrète-t-il que la vie des vieux a moins de valeur que celle des jeunes ? Et en quoi les jeunes sont-ils sacrifiés dans cette affaire d’épidémie ? Je tiens à dire que je n’ai jamais autant aimé, compris, entouré ma mère, et reçu d’elle, que dans sa grande vieillesse. Les générations précédentes apprenaient aux enfants qu’ils auraient à s’occuper de leurs aînés. A présent on cache les vieux trop vieux aux enfants car il y a déjà dans nos sociétés un déni de la mort d’où émane de facto une injonction à rester jeune et pimpant coûte que coûte, condition sine qua non pour se sentir légitime en tant que personne âgée. Sinon direction la maison de retraite puis l’ehpad qui sont des mouroirs agréés par les familles et que cette calamité a confirmés en tant que mouroirs de masses. Cela ne semble pas choquer ni indigner A C-S.
      J’ai d’ailleurs lu attentivement ses propos sur un média internet et je notais en le lisant de grandes contradictions et une certaine confusion.
      La liberté, pour quoi faire ? demandait Bernanos.
      Je ne vois rien de dissident dans la pensée d’ A C-S, qui s’apparente plus à celle d’un “mutin de Panurge” qu’à celle d’un martyr de la liberté que, comme tant d’autres, il affecte d’être.

      1. Je partage totalement votre point de vue.
        Comment peut-on se permettre de décider de la mort des autres sur la base de leur âge ?
        Qu’André Comte Sponville parle de l’amour, pas de la mort…
        Ses propos sont indécents!

      2. Il faut regarder “la ballade de Narayama” pour comprendre que la valeur de nos vieux n’est pas de toute éternité. Nous n’en sommes pas au niveau de pauvreté décrit dans ce film, et cela ne justifie donc pas le sacrifice de la vieille dame. Mais il faut avoir conscience de l’appauvrissement relatif lié au confinement. Cet appauvrissement doit nécessiter des choix, non pas de sacrifier les uns au profit des autres, mais de trouver un point d’équilibre entre les intérêts des uns ET des autres. L’appauvrissement étant notre proche avenir (baisse des énergies fossiles – je vous conseille J.M. Jancovici qui le décrit parfaitement), cette épidémie est l’occasion de réfléchir à nos choix sociaux. Pour, justement, ne sacrifier personne, ni maintenant, ni dans les décennies qui viennent.

      3. ne dit-on pas
        “les femmes et les enfants d’abord” ?

        bref, il me semble évident qu’il est possible d’estimer que la partie de la population qui est le plus à même de faire perdurer l’humanité a davantage de valeur que le reste.
        (ce n’est pas forcément mon avis).

    2. son propos ne me parait pas particulièrement “généreux”.

      faudrait demander d’abord à tous les vieux ce qu’ils en pensent.

      Et avec de tels virus, difficile de savoir “à chaud” quelles sont les meilleures décisions.

      Mais OK pour le reste.

    3. Je suis d’accord avec vous Marie, il faut rappeler l’essentiel du Message d’ACS, (comme son droit au libre arbitre qui n’engage que lui.)
      “Ce qui m’inquiète, ce n’est pas ma santé, c’est le sort des jeunes. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration. Cela me donne envie de pleurer.” Il FAUT QUE LES JEUNES RETOURNENT A L’ECOLE, qu’ils se fassent vacciner, qu’on prenne en compte leurs besoins fondamentaux, et qu’on ne s’en serve pas comme boucliers humains comme prétexte à ne pas retourner bosser, le CORONA il va falloir vivre AVEC !
      Vale
      JCC

  5. Il a raison mille fois raison le covid est grave, mais moins que l’hystérie collective qui en découle ! Et beaucoup moins que la misère la guerre et autres catastrophes qui indiffèrent tout le monde. Il ne se fout pas des vieux (il en fait partie), il pointe cette tendance à faire de la santé une valeur aussi forte que l’amour ou la liberté…

    1. @Gaspar77 @Marie Mirament @Olivier While

      Comme si on pouvait dissocier la gravité du covid et l’exceptionnalité des mesures (que vous avez inutilement nommées hystérie).
      M.Papadaniel a raison: vous pouvez librement reprendre le cours normal de votre activité, mais acceptez alors que celles et ceux qui vont devoir vous soigner, prennent la liberté de ne pas vous prendre en charge (ou vos proches vulnérables), lorsque leurs services seront débordés parce que chacun aura voulu faire passer sa liberté avant sa santé.

      1. Je confirme et signe.
        En espérant ne pas tomber sur un infirmier “illuminati”, refusant de m’injecter la dose exit 🤣🤣🤣

  6. En résumé libre de mourir mais respecter la vie des autres et ne pas mettre la vie des autres en danger.
    Le problème c’est l’irresponsabilité des personnes qui mettent les autres en danger de mort . Cela est difficile à résoudre et cela passe par une éducation de base qui est malheureusement peu enseignée et comprise. L’insouciance est de ce monde !

  7. Qui sait que la grippe dite “asiatique”, en 1957-1958, a fait entre 1 millions et 2 millions de morts dans le monde et tout le monde l’a oubliée. Elle a pourtant tué au moins 15.000 personnes en France, surtout des personnes fragiles : cardiaques ou femmes enceintes.

    La grippe de 1968 (198-1970) ou “grippe de Hong Kong”, a fait environ un million de morts dans le monde, dans l’indifférence quasi générale, 17.000 cas directs en France, une surmortalité signalée de 40.000 morts, un professeur avance 32.000 morts (chiffres Wikipedia), avec les mêmes résultats morbides en Allemagne. Qui s’en souvient ? En revanche, tout le monde se rappelle des émeutes de 1968…

    L’épidémie actuelle a tué 200.000 personnes dans le Monde, avec une prévisions de 400.000 morts, avec un âge médian des décès en France de 84 ans, 75% ont plus de 70 ans, 2% moins de 65 ans…
    Rappelons les prédictions des modèles épidémiologiques. Sans intervention, le Covid-19 aurait pu causer la mort de quelque 40 millions de personnes dans le monde, dont 400 000 en France, soit environ 0,6 % de la population (plus de 7 milliards d’habitants dans le monde, près de 70 millions en France). Cela correspond quasiment à une année de mortalité supplémentaire (550 000 morts par an en France, 55 millions dans le monde).
    Cela valait il -8 points de PIB, les millions de chômeurs que l’on crée en ce moment en France, toute la détresse et les morts prévisibles de personnes actives et non en fin de vie. Question économique et sociale que les Gouvernants doivent se poser. Autres temps, autre attitude.
    Faire porter le coût de la catastrophe sanitaire et économique sur les futures générations, est-il responsable ?
    Essayez de comprendre la pensée du philosophe, qui comme nous, ne veut pas être dirigé par la médecine, qui veut surtout mettre la liberté et l’équité, entre les jeunes et les vieux, avant la survie à tout prix d’une tranche d’âge. Savent-ils au moins que nous ne sommes pas éternel?

  8. Bonjour,
    Message à PAB: oui la liberté avant la santé surtout chez les humains qui naissent avec un status ou un équilibre complètement différent des autres, donc une santé aléatoire, mal appréhendée partout et critiquée massivement par toutes sortes de petites réflexions malsaines. Une catégorie d’humains complètement ignorée/stigmatisée dans notre société. Car la génétique joue parfois de vilains petits tours à la race humaine et elle vous projette manu militari dans la catégorie des “indésirables” et/ou des empêcheurs de tourner en rond. Même si en apparence tout semble parfaitement conforme !

    Message à Olivier Wilhem: Exit c’est vraiment bien le cas échéant (espérons le plus tard possible) hormis qu’il faut toujours tout justifier mille et une fois. Alors, s’organiser soi-même et ne jamais compter sur autrui c’est beaucoup mieux. Voir mon commentaire sur le prix des médicaments en Helvétie, sur les ordonnances et le stockage de produits pharmaceutiques. Il faut élargir les possibilités d’acquisition. Y compris pour certaines substances particulières. Qui ne tente rien n’a rien !

    Message à François: les médecins eux-mêmes mettent en danger de mort tous les patient(e)s différent(e)s par essence. Tous les jours, partout dans le monde. Sans état d’âme et sans jamais aucune sanction sociétale ou juridique. Parfois même avec la bénédiction des familles. Ils tuent et mutilent en camouflant leurs méfaits. Car la plupart du temps, c’est trop fatiguant de lire les rapports de collègues spécialistes, donc plus tard il faudra bien se sortir d’un désastre (sur paresse et déni de responsabilité) d’une manière ou d’une autre. L’irresponsabilité et l’insouciance font partie intégrante du système hospitalo-universitaire – partout, surtout lorsqu’il y a dérapage. Rééduquons tout d’abord ce type de professionnels (avec cursus universitaire) avant de rééduquer la population générale. Et à ceux qui doutent, je propose une série de tests véridiques très éloignés de l’insouciance. Peu dépassent le test No 1 …… Donc avis aux amateurs. Une dizaine de tests en réserve. Et toujours regarder des deux côtés du miroir, surtout celui dont on ne voudrait jamais entendre parler.

  9. Dire que les hommes ont toujours craint la mort n’est pas un argument bien solide. Cela ne permet en aucune manière de réfuter l’idée que la santé n’est pas une “valeur” suprême et absolue, un bien supérieur justifiant de soumettre toute autre valeur à ses propres exigences, celles d’un ordre sanitaire et médicalisé. On pourrait même déceler dans cette opposition au philosophe Comte-Sponville une sorte de morale d’assureur, celle de tous les marchands de peurs qui, pour nous vendre leurs solutions, nous contraignent à supprimer tout risque, à commencer par le risque de vivre.

    1. Ce billet signale simplement que revendiquer une liberté, quelle qu’elle soit, est assez simple. L’articuler avec d’autres libertés s’avère plus délicat.

  10. Mille excuses, monsieur Papadaniel,
    mais votre argumentaire, à charge, me semble assez pauvre en arguments.

    Et en fait, l’argument facile (facile car trop vrai) ” hors de toute responsabilité puisque ce n’est pas lui qui se retrouve au chevet des patients à s’épuiser pour les guérir ou leur offrir un accompagnement digne et sans souffrance avant leur décès” ressemble furieusement à une simple captatio benevolentiae.

    Le coup du Chesterfield me parait, en première approche, assez peu méthodologique.
    Sauf évidemment si vous vous cassez le dos, tous les jours que Dieu fait, comme volontaire à l’écoute des patients, sur les sièges en plastique d’un service d’urgence hospitalière.
    Et que vous ne l’avez pas signalé, par une pudeur qui vous honore.

  11. Le déni de réalité est du côté de Yannis Papadaniel. Plusieurs voix, minoritaires certes, s’élèvent contre l’absurdité du confinement pour éviter l’infection à tout prix. Reprenons les objectifs présentés par Olivier Véran : il faut étaler la contamination dans le temps, pour éviter de surcharger les services médicaux, en particulier la réanimation, qui en bout de chaîne, arrivent à sauver des vies. En l’absence de traitement plus efficace et de vaccin, nous allons tous ou presque être contaminés. Protéger les plus fragiles se fera en augmentant la mortalité des moins fragiles. C’est un choix. Ce n’est pas un déni de réalité.
    Si l’on travaille les données publiées sur la mortalité hospitalière (INED), complétées par les taux de mortalités avant Covid-19 (INSEE 2017), on voit que le taux de mortalité du Covid-19 seul chez les moins de 30 ans est inférieur à 0,003%, et qu’il est supérieur à 0,3% à partir de 60 ans. On découvre aussi que la surmortalité liée au Covid-19 est bien plus élevée dans les tranches des âge les plus élevés (supérieure à 20% à partir de 60 ans) que chez les plus jeunes (inférieure à 10 % avant 30 ans). Autrement dit, nous protégeons essentiellement les plus vieux. Les plus jeunes sont bien moins victimes du virus que les plus vieux. Les actifs sont moins malades et meurent bien moins souvent que les retraités. Ça, c’est une réalité, et un choix.
    Malheureusement, en confinant sans discernement, en freinant le travail des actifs, nous risquons de perdre un niveau de production, donc de richesse. Ceux qui en souffriront le plus ne seront pas les plus vieux, mais les plus jeunes et les plus pauvres. Ils en souffrent déjà. Même les plus vieux risquent de souffrir des retraites que les plus jeunes ne pourront plus payer.
    Il ne s’agit pas de sacrifier une catégorie d’âge (les plus vieux), il s’agit d’anticiper les souffrances à venir, qu’elles soient économiques ou écologiques. Il s’agit de trouver la bonne mesure entre la santé de tous, l’appauvrissement qui nous attend, la justice sociale, et la préservation de notre planète. Ce n’est pas un modeste défi.

    1. J’ai l’impression que ce monde ne tourne pas rond…. Quelle indécence de parler ainsi quand depuis des décennies on laisse crever la bouche ouverte des pays entier de maladies bien plus létales et destructrices que ce covid….mais là ça atteint les pays riches… Quelle indécence de penser que ce confiner ça protéger qui? Les plus riches ceux qui peuvent rester chez eux. Quelle indécence de dire on arrête tout sans penser à l’avenir proche mais surtout futur de nos enfants. Imaginez le traumatisme d’abord de privation de liberté mais aussi de la peur installée en eux d’abord de la maladie mais aussi de la police et surtout de l’Autre. Notre gouvernement a perdu le contrôle et maintenant tout le monde devient dingue devant une maladie qui est certes grave mais pas tant qu’on a voulu le faire penser. Oui c’est horrible de perdre quelq’un mais on parle principalement de personnes qui seraient décédées dans un temps court. Ce qui est indécent c’est d’avoir permis que l’hôpital public soit si affaiblit depuis des dizaines d’années que l’on soit incapable de faire face à ce type de maladie. Ce n’est pas de l’égoïsme de penser au futur bien au contraire. Dans quelle folie vivons nous?

    2. “il faut étaler la contamination dans le temps, pour éviter de surcharger les services médicaux”

      Mais que faut-il faire pour cela ?

      tous mes amis médecins pensent que sans confinement suffisant, une 2ème vague est alors inéluctable, avec un gris risque de re-saturation des hôpitaux…

      Je n’aimerais pas à avoir prendre ce genre de décision…

      Mais une partie de l’attitude de Mr Comte-Sponville, celle qui revendique sa propre liberté, me parait bien douteuse, sauf si ça n’engendrait aucun risque pour autrui, évidemment.

      1. M. Comte-Sponville ne s’exprimait pas contre le confinement, de mémoire. Il disait le respecter scrupuleusement. Et respecter les décisions gouvernementales dans ce sens.
        Toute la difficulté est là : maintenir un niveau de contamination en dessous du seuil de saturation des services médicaux. Car il n’y a que ces services qui sauvent des vies, pour le moment, dans l’attente de traitements et de vaccins. Et toute la difficulté consiste à permettre une vie économique et sociale sans franchir ce seuil. On peut parler de vagues, ou bien parler de bruit de fond constant de contamination. Et c’est en utilisant des indicateurs de contamination que l’on peut ajuster celle-ci. C’est bigrement difficile, et comme M. MAHE, je n’aimerais pas prendre ce genre de décision.
        La difficulté de “décider” à ce sujet, c’est justement de naviguer entre ces deux écueils, tout en se parant de la violence des attaques politiques, de la défiance des citoyens, des erreurs – inévitables – aux conséquences néfastes ou mortelles, des conséquences juridiques qui ne manqueront pas de surgir, et donc des comptes à rendre au delà. Il est plus facile d’être un décideur politique dans une période de croissance, où l’on peut raser gratis tout le monde, que dans une période de crise, où des arbitrages douloureux doivent être pris. La critique est aisée. Les perspectives politiques, avec des loups hurleurs et donneurs de leçons, ne sont pas joyeuses. Et les populationnismes faciles et tentants. Permettez-moi d’être pessimiste à ce sujet.

        1. Pardon d’être un peu franco-centré sur un blog plutôt helvète, car je ne sais pas comment les événements actuels sont gérés en Suisse. Il me semble d’ailleurs que les helvètes sont plus armés pour les compromis que les français. Je leur souhaite un risque moindre de populisme électoral. Tant mieux pour eux.

  12. Plutôt mourir que de vivre dans la soumission !!! Mais pas de doutes les fameux 1% et leurs armées de collabos surarmés nous tueront plutôt que de nous voir libres !!! Il n’y a que la liberté et la connaissance qui permettent d’agir en responsabilité, cette caricature de gouvernance despotique est infantilisante et meurtrière, le confinement et le clignotement constent de nos mouvement tue immensément plus que n’importe quel maladie. C’est l’hygiène qui sauvera, pas les géants de la pharmacie !!! Liberté de mouvement ! Liberté de choisir pour soi une médecine/vaccination ou pas ! Liberté de la parole !

  13. Excellente mise au point. Le problème de beaucoup de ces intellectuels (et néanmoins compatriotes) c’est qu’ils ne semblent pas prendre le temps de relire Molière, une fois de temps en temps …. Au hasard “Le tartuffe” et “Le misanthrope”

  14. Pas très argumentée comme critique.
    Ce qui, d’après moi, vous a échappé, c’est qu’il ne s’agit en aucun cas d’une apologie de mort mais de la vie et que pour aimer vraiment la vie, il faut aussi accepter la mort car elle en fait partie.
    Que pensez-vous du réchauffement climatique et des millions de futurs morts que cela entraînera ? Arrêtez vous de conduire votre auto ou de boire du café importé depuis l’autre bout du monde à cause de cela ? certainement que non car il s’agit de morts éloignés dans l’espace et le temps, que certainement vous ne connaissez pas et vous ne verrez pas… Certains commentaires parlent d’individualisme, je crois que justement l’individualisme, c’est de réagir que lorsque nous sommes à la portée du danger, nous ou les gens à qui on peut s’identifier.
    D’ailleurs si vous écoutez bien André Comte-Sponville n’invite pas à sortir de chez soi, à ne pas respecter les gestes barrières, il explique même respecter le confinement rigoureusement, il rappelle juste que la santé n’est pas la valeur suprême.
    Si on porte un autre regard sur le confinement, on peut même dire qu’au profit de la santé physique de certaines personnes, on dégrade potentiellement la santé mentale ou physique de certaines autres… tout ceci n’est que spéculation mais je serais curieux d’avoir une statistique sur l’évolution des décès par suicide et/ou accident domestique dans cette période particulière.
    Enfin il ne plaide pas pour sa liberté de mourir mais pour sa liberté de vire et pour la liberté de la mort de frapper comme elle veut… nous ne sommes pas tout-puissants.
    Bien entendu je vous souhaite la meilleure santé possible mais avant tout de mourir, ce qui nous arrivera tous d’une façon ou d’une autre, heureux.

      1. Libre arbitre versus état-providence.
        Si l’on écoute le gouvernement et le matraquage médiatique, il ne fait aucun doute qu’il ne faut pas sortir de chez soi. Je n’ai d’ailleurs même plus le possibilité de me poser la question de savoir si je dois rester chez moi pour ne contaminer personne. On a gommé ma conscience, on m’interdit de sortir ce qui de mon point vue est insupportable.
        En bonne conscience je pourrai me poser la question de la dangerosité de la maladie et sa propagation. Pourquoi n’ai-je pas le droit de décider si je dois sortir on non, me considère-t-on incapable de mesurer le mal que je peux faire aux autres ou à moi-même ? Informé comme je le suis je dois pouvoir prendre toutes les précautions qui s’imposent et prendre le risque, comme je le fais en allant faire me courses aujourd’hui.
        Ce n’est pas le premier dangereux virus que nous croisons. Nous en avons un tous les 10 ou 15 ans, ce qui, soit dit en passant, n’a pas a éveillé les esprits protecteurs puisque rien n’a été anticipé.
        Virus dangereux ou pas pour tous, contagieux ou peu, traitable ou pas, il y a beaucoup d’avis divergents et de quoi débattre sans fin.
        Alors essayons d’imaginer le pire, un virus bien plus dangereux et contagieux pour lequel il n’y aura jamais de traitement ni vaccin et le sous-dimensionnement chronique des systèmes de santé.
        Devrions nous alors accepter le dictat de certains biens-pensants et rester cloîtrer toute notre vie, la réponse est évidemment non pour ceux pour qui c’est une question de survie tant physique que mentale.

        1. “me considère-t-on incapable de mesurer le mal que je peux faire aux autres ou à moi-même ?”

          sans test suffisamment généralisé, c’est bien simple, c’est exactement cela.

    1. Mr Comte Sponville n’en a pas parlé non plus (des pbs de pollution).

      Et effectivement, je suis bien plus inquiet pour l’avenir de l’humanité à cause de ces problèmes de pollution, de destruction de l’écosystème, et peut-être même de surpopulation (au moins d’une mauvaise gestion de l’écosystème par rapport à cette population), que de la prochaine et inéluctable crise économique.

      Vu comme ça, la revendication de Mr Comte-Sponville ne me parait pas très légitime.

      Il faudra bien la réduire, cette liberté, c’est une certitude.
      ça se fera soit de l’extérieur, soit de l’intérieur, soit plus probablement des 2.

      Cette petite pandémie est intéressante par rapport aux évènement à venir.

  15. Convoquer les auteurs, leurs citations ou l’Histoire, c’est très intéressant. Mais démaquillé, votre billet est d’une substance bien caricaturale sur les positions de Comte-Sponville. Certes, l’ambition affichée de convaincre du déni de réalité du philosophe est peut-être atteint auprès des moins attachés à la précision des idées. Les vôtres sont claires et tout à fait respectables, celles que vous prêtez à l’autre dans ce cas précis sont le sont bien moins car délibérément déformées, voire plus :

    Comte-Sponville affirme clairement son approbation au confinement actuel, son respect le plus strict à titre personnel au regard précisément des réalités des “données de santé publique”.
    Le débat s’inscrit dans la perspective d’après et la possibilité un temps évoquée d’un confinement prolongé adossé à des mesures spécifiques pour les plus âgés (ceux qui applaudissent ici ont peut-être été les premiers à dénoncer une forme de stigmatisation).
    Dès lors, il appelle à examiner le paradigme initial de la valeur suprême “santé”. Et vous inversez précisément les positions : le romantique, c’est vous, l’hyperréaliste c’est lui !
    Comme vous, il rend hommage à ceux “s’épuisent au chevet des patients”, c’est le romantisme de l’instant présent. En revanche, une vision plus large sur les valeurs, sur les critères et dans le temps menant à des choix moraux terribles au service peut-être cynique d’une résultante comptable, voilà bien une responsabilité lourde à porter et plus que réaliste.

    1. Vous omettez un point : le virus n’a cure des libertés qu’on se choisit ou auquel on renonce. C’est lui qui nous rappelle à la réalité. Inutile de déshabiller mon raisonnement pour rhabiller celui de ACS

  16. Ce qui me choque dans la publication des opinions d’André Comte-Sponville, c’est que ce ne sont que des opinions personnelles et non pas des analyses scientifiques ou des argumentations philosophiques nouvelles comme le Cogito de Descartes ou quelque nouveauté de ce genre. Les opinions politiques ou religieuses ne sont que des opinions, qui restent privées si elles sont politiques et donnent tel ou tel vote si elles sont politiques. De fait, que des média diffusent les opinions des people quand les soignants et les accompagnants sont à la peine, justifie une réponse négative de la part de ces derniers. Les philosophes d’aujourd’hui ne font que du web2. Autrement dit, leurs opinions ne valent pas plus que le commentaire que je poste ici et maintenant.

  17. Ces deux penseurs n’ayant aucune responsabilité opérationnelle, leur débat manque d’intérêt … ce ne sont que des mots qui n’auront pas d’influence sur les maux.

  18. Avouez, cher Yannis, que Comte*Sponville fait exploser votre blog, comme le corona (plus de temps).

    Il n’empêche que ces blogs deviennent un peu le micro facebook romand des ploucs, à laisser des pseudos trainer dans tous les comments…

    Perso, je ne crois pas à un avis sous pseudo, ça ne vaut rien!

    1. Bonjour M. Olivier WIlhem,
      Je suis d’accord avec vous. Et n’écris pas sous pseudo. Mon prénom est bien le mien, les lettres AB sont mes noms de familles longs et rébarbatifs – je les épargne aux lecteurs(trices).
      Ceci écrit, j’apprécie beaucoup les textes de M. Yannis Papadaniel. Ils sont fouillés, intéressants, pertinents, même si nous ne sommes pas contraints d’être d’accord. L’échange en lui-même est passionnant, il permet de mettre des bémols, de se repositionner le cas échéant et d’avancer dans la compréhension (ou non) de l’âme humaine dans des circonstances critiques. Aequam memento servare mentem !

      1. Merci de votre commentaire, chère Eliane.
        J’aimerais préciser que je n’ai rien contre les pseudos, ceci pour autant qu’ils soient enregistrés.

        Il y a trop de ZOZOparasites qui balancent leur sauce et leur mal-être sous pseudo (même variable) sans courage.

        Ce qui au final, dessert la qualité de la majorité des blogueurs, qui comme Yannis sont excellents et ne filtrent pas que ce qui les arrange. Une bonne journée 🙂

  19. Bonjour Yannis Papadaniel,
    Je suis arrivée sur ce fil de commentaires, après avoir lu ce billet de blog de Médiapart
    https://blogs.mediapart.fr/frederic-landy/blog/280420/en-france-sauver-les-vieux-en-inde-sauver-les-riches#_ftnref1
    Depuis les tragédies grecques, on ne finit pas de débattre sur la liberté et la mort.
    La difficulté est de vivre (et mourir) en société.
    Une chose me paraît fondamentale dans la notre : la naissance et la mort ont été toutes deux confisquées par des instances médicalisées. Accoucher chez soi semble d’un archaïsme crasse et nos vieux décrépis sont dissimulés dans des mouroirs.
    Le confinement imposé est une conséquence de cette gestion, aggravée par le fait qu’on interdit (en France en tous cas) aux médecins de soigner la maladie avec des gestes simples en attendant un hypothétique vaccin.
    La fin de la pièce laissera de lourds traumatismes dans les consciences.

  20. A l’époque (j’ai 72 ans) où j’étais jeune ingénieur dans les services nucléaires d’EDF, j’ai participé à une réunion sur le niveau acceptable de risque d’accident catastrophique et la proportionnalité des contre-mesures à prendre. A cette fin on nous avait communiqué une valeur à attribuer à une vie humaine. Le chiffre m’avait choqué : il était de l’ordre de quelques dizaines de milliers de francs seulement. Des calculs similaires sont encore faits tous les jours pour guider quantité de décisions prises par les gouvernements ou les grandes entreprises, quoique le prix de la vie ait évolué à la hausse : récemment, travaillant avec un étudiant, j’ai lu qu’il fallait compter plus d’un million de dollars. Pour les personnes choquées par le fait de donner un prix à ce qui est réputé n’en pas avoir, je souligne qu’il ne s’agit pas d’acheter de vies ni d’en vendre, mais de savoir comment investir le plus judicieusement possible des ressources limitées. Un article sur ce sujet a été publié au début de l’épidémie dans The Economist et je regrette que ce journal, dont j’apprécie en général l’objectivité, n’y soit pas retourné. J’écoutais tout à l’heure Thomas Legrand, sur France Inter, parler de l’arbitrage entre santé et économie avec l’espoir d’entendre quelque chose de bien argumenté car M. Legrand, lui aussi, est généralement objectif, mais ce matin il m’a déçu : comme le marquis de la Critique de l’Ecole des Femmes, pour qui la pièce de Molière est détestable parce qu’elle est détestable, il nous a dit que la santé est prioritaire parce qu’elle l’est. J’avais été très sensible en revanche aux propos de M. Comte Sponville. Je comprends les parents qui ont peur pour leurs enfants (je les comprends moins quand ils les conduisent en téléphonant) et je comprends aussi que nos gouvernants craignent de se retrouver accusés de négligence criminelle devant un tribunal : c’est que l’opinion publique est une puissance qui impressionne même The Economist et Thomas Legrand. Mais je trouve qu’on sacrifie trop légèrement la jeunesse à la vieillesse. Nous avons décidé collectivement que cette génération d’enfants entrera dans la vie avec moins de diplômes, plus d’échecs scolaires, des parents qui auront été au chômage, une plus grande inégalité entre pauvres et riches, moins d’aides à attendre d’un état exsangue et des dettes gigantesques à rembourser. Et pourquoi ? Essentiellement pour sauver des vies de retraités. Est-ce judicieux ?

    1. Bonjour Laurent Rahmani,
      Excellentes réflexion. Merci beaucoup.
      Il y aura, par effet boule de neige, un sensible nivellement par le bas – et ce n’est pas du tout ce que nous souhaiterions pour nos petits-enfants. Dans tous les cas pas moi. Hélas, on y va “de bon pas” pour ne pas dire “on y court” (j’écris “on y court” sans l’intention de blesser quiconque).
      Durant le téléjournal suisse romand du 27.04.2020, un professeur ETH Zurich (Prof. Didier Sornette) a bien dit qu’il y avait actuellement un manque de vision globale …. je cite “on fera l’analyse post-mortem”, ce qui veut tout dire …. puis “conséquences non calculées qui vont s’étaler sur des mois, des années” mais encore “on oublie toutes les autres composantes de la question” …
      https://programmes.rts.ch/#/schedules/2020-04-27

      Bonne écoute le cas échéant et portez-vous bien.

  21. Bonjour Eliane.
    Merci de votre bonne opinion de mes réflexions. Elle n’est pas très méritée : je déversais seulement la peine que j’éprouve à voir disparaître l’un après l’autre sur Skype les enfants de mon quartier que j’aide depuis des années à faire leurs devoirs et auxquels je me suis attaché. C’est ce qui m’a fait prêter attention aux paroles de M. Comte Sponville. Vous-même, j’en ai l’impression, avez surtout “adoré” les reproches qu’il fait au corps médical d’être trop présent dans les média et d’usurper la puissance politique : ils réveillent l’expérience malheureuse que vous avez eue avec les représentants de cette profession. Je crois encore le billet de M. Papadaniel motivé par les mêmes mots qui vous ont plu mais offensent l’espèce de culte qu’il voue – et pratique nous a-t-il dit – au personnel soignant pour son dévouement dans l’épidémie. Je ne serais pas étonné que chacun ici ait voulu exprimer quelque chose de personnel et d’intérieur et c’est ce qui rend cette conversation attractive : nos efforts pour accorder la raison avec nos émotions sont poignants, ils sont même la matière de l’art, dit-on.

    1. Merci, vous avez parfaitement analysé la situation. Dommage pour vos élèves. L’éducation est et restera un moteur d’évolution. Il est clair que nous allons régresser et c’est fort regrettable – une société à 4 ou 5 vitesses est-elle durable sans conflit ouvert ? Sûrement pas.

      Hier, je tombe par hasard sur une citation d’Euripide (dans les Bacchantes), l’éternel rival de Sophocle. Il écrivait « Un langage sensé paraît dénué de sens à l’ignorant ». Dans la situation actuelle, il faut imaginer cette phrase à l’envers, soit « Un langage insensé paraît sensé à l’ignorant ».
      Car dans la situation actuelle fort complexe, mon sentiment est que l’on nous ment autant qu’il est possible. Sans complexe.
      Les autorités mentent, ce n’est pas nouveau vous me direz, l’humain cherchant à se raccrocher à quelque chose et ayant tendance à croire tout et n’importe quoi.
      Les médias exagèrent et mettent le feu aux poudres, alors qu’il faudrait raisonnablement avoir une attitude rassurante.
      Les médecins mentent en omettant de reconnaître vraiment 1. leur ignorance par rapport à cette nouvelle gamme de virus dont bien des aspects leur échappent complètement; 2. des effets collatéraux de « nouvelles » drogues non homologuées et n’ayant pas bénéficié de protocoles de recherche (déjà noté précédemment). Le pire reste leur manque de modestie face à toutes ces inconnues.
      Or je ne vois, n’entends et ne lis que des hypothèses, rien de plus.
      Des scientifiques « légers » et de tous bords veulent déjà tout savoir en sachant peu ou prou …..

      Dans cette masse d’aveuglement, il y a fort heureusement des chercheurs et des personnes qui restent zen en publiant de vraies études, des articles fouillés. Hélas pas accessibles aux citoyens lambda et dont on parle trop peu. Voir citation d’Euripide.

      Et dans la masse de querelles de chiffonniers, la vraie origine de l’épidémie semble déjà avoir été clairement effacée. Là encore on nous ment par déni de la réalité. On voudrait nous faire croire à une origine animale. Mais les chauves-souris et les pangolins sont présents depuis des siècles sur la planète Terre. Bien avant l’Homo erectus. Alors tout d’un coup en 2020, transmission d’un nouveau virus ? C’est tellement grossier qu’il est vraiment impossible d’y croire. Les mensonges collectifs arrangent tout le monde – surtout les gouvernements.

      A croire que les humains ne tirent jamais les leçons du passé. D’un passé pas si lointain par exemple. Le triage « conforme » versus « non conforme » n’est pas nouveau du tout.
      Et ce « nouveau » virus semble effectuer un « tri ciblé » parmi la race humaine. Étrange pour ne pas dire équivoque.

      Alors dans l’ensemble au printemps 2020, il est très difficile de s’y retrouver sans s’écharper ! Même ici dans ce pays tranquille qu’est l’Helvétie, dans divers Cantons « latins », les gens se disputent, s’insultent pour des broutilles dans les magasins voire même dans la rue. La semaine passée, au Tessin Canton italophone, j’ai été frappée par les mauvaises humeurs et agressivités non retenues. Les surveillant(e)s ont aussi fait preuve d’une attitude incompatible avec leur fonction.

      D’un côté c’est lamentable, d’un autre côté, une sorte de descente aux enfers très intéressante à observer. Je m’efforce de rester calme et analytique. En naviguant d’un Canton à l’autre et en observant la nature humaine, à défaut de pouvoir naviguer outre frontières !

      Car la navigation solitaire n’est pas interdite, pour l’instant ……. Portez-vous bien. eab.

      1. Bonjour Eliane,
        La conversation menace de tourner au dialogue et ça ne va peut-être pas plaire au modérateur, mais il n’a pas toujours les yeux sur nous, alors profitons-en. N’est-ce pas, quand on agite des questions de vie, de mort et de destinée, qu’on se tourne vers les auteurs grecs ? Pendant que vous songiez sur Euripide, je pensais à Homère. Précisément, en écoutant, au fort de l’épidémie, les professeurs de médecine se succéder au micro de France Inter, je pensais à la fosse aux libations qu’Ulysse avait creusée avec son épée, d’une coudée dans chaque dimension, avant de la remplir de lait et de sang et dont, avec la même épée, il défendait l’abord aux ombres fameuses accourues en foule car il ne voulait entendre que Tirésias. Nous n’avons ni l’épée, ni malheureusement Tirésias : à sa place nous avons les modèles des épidémiologistes. Pour avoir fait quelques modèles aussi, je sais que les équations sont une simplification radicale (sans doute plus radicale encore dans le domaine des sciences humaines que de la physique) de la réalité et que, même si cette simplification a quelque justification, les résultats ne valent que les données qu’on y a introduites. C’est pourquoi, quand j’observe que, sur une centaine de départements français, elles conduisent à en classer « rouges » une dizaine qui sont de toute évidence « verts », je ne peux m’empêcher de douter.
        Au début des Bachantes se trouve un dialogue entre un croyant et un athée. Le croyant soutient que Dionysos est un dieu, fils de Zeus qui l’a extrait, fœtus, du ventre de Sémélé foudroyée et cousu dans sa propre cuisse jusqu’à sa « seconde naissance ». L’athée prétend que tout ça n’est que fariboles, à quoi le croyant réplique par ce vers sur le sensé et l’ignorant que vous avez aimé. Pour Euripide et ses auditeurs, naturellement, le croyant est le sensé, et l’athée l’ignorant. Nous savons, nous, que c’est l’inverse et que Dionysos n’est qu’un mythe : vous voyez qu’il est quelquefois difficile de savoir lequel est lequel et que la réponse varie avec les époques. Dans la pièce l’athée finit mal, déchiré vivant par sa propre mère que le dieu a rendu folle. C’est qu’il n’est pas toujours sensé d’être athée dans les épisodes de ferveur car les croyants ont une tendance à déchirer les incroyants : ainsi de MM. Comte-Sponville et Papadaniel.
        Vous regrettez le défaut de modestie des virologues et autres épidémiologistes et leur citez en exemple ces autres savants qui publient modestement de vraies études. Tels probablement que cet accidentologue que vous m’avez recommandé d’écouter, le Pr. Sornette, auteur, entre autres choses, d’un article de Wikipédia très long et très savant, pour ne pas dire pédant, dont le sujet est… lui-même. Il faut pardonner aux universitaires un peu de leur immodestie : la notoriété, l’espoir du prix Nobel, est la carotte qui les fait marcher et tirer notre charrette. Ils tirent certes parfois trop fort et le bât ne blesse alors pas qu’eux-mêmes : ce serait le cas dans la présente épidémie, s’il est vrai, comme le prétend le vice-président américain, que le corona-virus s’est échappé d’un laboratoire situé à proximité du marché de Wuhan. L’accusation est grave mais la faute, et la faute qui consiste à cacher la faute, seraient immenses. Les petites erreurs éventuelles de nos savants, Helvètes comme Français, ne sont que vétilles en comparaison, et méritoires car on n’agit pas sans se tromper. Je crois sincèrement qu’ils font de leur mieux. Faisons de même, vous et moi, errons aussi, corrigeons, réessayons.

        1. Merci de votre excellente réponse qui remet encore un peu plus d’ordre (si j’ose dire) dans l’indigeste brouhaha actuel, conférences de presse des gouvernement incluses. Pas plus tard qu’aujourd’hui, on nous dit « une personne sur cinq ne présenterait aucun symptôme » … donc rien que pour mon petit pays 1,7 millions de personnes asymptomatiques si cela se trouve.
          Revenons aux temps anciens et à Ulysse que j’apprécie aussi énormément: vénéré voyageur, il a combattu à Troie, erré durant 20 ans sur les mers, résisté aux charmes des sirènes, combattu un cyclope, a été le prisonnier d’une nymphe (aïe déjà un certain type de confinement), a retrouvé d’autres héros aux Enfers, puis – tragédie grecque oblige – sera éliminé par l’un de ses fils. Cette fantastique épopée a même fait l’objet d’un dessin animé franco-japonais Ulysse 31, dont je me souviens parfaitement (1981-82) et probablement vous aussi.
          L’ère des héros se termine à sa mort tragique.
          Mais peut-être que d’autres « génies » du 21ème siècle arriveront à nous donner de vraies réponses sérieuses et solides – en prenant aussi tout leur temps et en passant par cent mille hypothèses au moins – dans l’énigme actuelle qui perturbe le monde et agite passablement les esprits. Idéalement dans moins de 10 ans afin que nous en profitions, puisque nous ne sommes plus au temps d’Ulysse.
          Or à l’impossible nul n’est tenu.
          Ulysse bénéficiait d’intelligence & de sagesse, nous sommes bien d’accord. Pour ma part, je doute que nos héros modernes (= tous les scientifiques plus ou moins du domaine) aient appris la sagesse, l’empathie, la modestie en plus de leurs disciplines respectives dans lesquelles ils brillent certainement. Ces qualités simples sont « démodées », disons plutôt « hors cursus » !
          Ainsi je rejoins votre analyse à 100 % (aussi les critiques par rapport à l’égo de certains).

          Entre-temps, rien ne nous empêche de suivre, à minuscules enjambées, les pas du dernier des Héros et de poursuivre notre quête d’une part de vérité – en évitant de nous laisser emporter à jamais par le tsunami boueux d’informations contradictoires et erronées.
          Car aux dernières nouvelles, il semble que le virus retrouvé chez les pangolins ne soit pas tout à fait identique à celui retrouvé chez les humains. Tiens donc ! Le Prof. Didier Trono, EPFL, l’a redit discrètement à la radio romande (émission CQFD 30.03.2020): je cite quelques extraits « différences assez importantes pouvant les distinguer – autre hôte intermédiaire possible – à déterminer à ce jour …. A noter que les virus SRAS 2 & SIDA peuvent être aujourd’hui créés en laboratoire …. » .
          Nous sommes donc dans brouillard aussi dense que celui que je connais bien sur l’autoroute de Milano à Bergamo – Brescia – Verona. En Mers Egée, Ionienne, du temps d’Ulysse, je suis persuadée qu’il y avait aussi des nuées de brouillards denses, des apparitions de créatures étranges, empêchant une saine navigation …. Mais aussi des éclaircies de temps à autre.
          Espérons que ces éclaircies vont arriver bientôt, avant qu’une partie de l’humanité ne sombre irrémédiablement dans une nouvelle ère de fausses croyances habilement générées par divers gouvernements aveuglés (? par des sirènes ?) et quelques millionnaires extrêmement discrets.
          Homo homini lupus. Titus Maccius Plautus.

          1. Bonjour Eliane,
            Vous choisissez merveilleusement vos citations. J’embraye donc sur celle que vous faites du Marchand d’Ânes de Plaute. Quand ce marchand vient payer les bêtes dont il a pris livraison, l’esclave qui garde la porte tente de se faire passer pour l’intendant du domaine afin d’empocher l’argent. Mais le créancier, qui n’est pas âne, exige de remettre sa dette en mains propres : « tout homme que je ne connais pas, bronche-t-il, est pour moi comme un loup », une façon polie et imagée de dire « un escroc ». Il finira pourtant par lâcher la somme dont, comme dans les Fourberies de Scapin, le fils de la maison a besoin pour sa maîtresse, de sorte que les amoureux seront réunis.
            Vous avez raison, il me semble, de retourner la phrase pour lui donner un sens plus général. Quelque hostilité qu’on conçoive contre une catégorie de personnes, on fait toujours des exceptions pour celles d’entre elles qu’on connaît. Même les antisémites échangent des bonjours avec un voisin juif sympa et le couple raciste confie les clefs de l’appartement à sa femme de ménage arabe. C’est que nos gènes, peut-être, ou du moins le bagage ancestral dont Euripide nous dit qu’il est plus vrai que toutes choses nouvelles, nous pousse à faire confiance à cette partie de l’humanité avec laquelle nous partageons l’air et la route, qu’elle soit de terre ou d’éther. C’est pourquoi vous m’écrivez, aux bons soins de M. Papadaniel – à qui j’en sais d’autant plus de gré que nous ne sommes arrivés dans son blog, vous et moi, qu’en volant au secours de son adversaire, M. Comte-Sponville – et me confiez à demi-mot vos déceptions et vos espoirs. Ainsi je n’ai guère de doute qu’il y ait, dans votre entourage, tout à la fois un docteur capable, un élu dévoué et même, puisque vous habitez la sérénissime Confédération, un millionnaire honnête.

          2. Bonjour,
            Je peux, si vous le souhaitez, vous envoyer vos adresse e-mails respectives pour que vous puissiez continuer à dialoguer l’un avec l’autre.
            Avec mes meilleurs messages.

          3. Bonjour M. Papadaniel,
            Mais OUI ….. avec grand plaisir. Je ne pensais pas cela possible ….. Il est rare que je trouve un interlocuteur avec autant de culture, de background et une tournure d’esprit qui me ravit ..
            Bien sûr je continue à vous lire en parallèle sur le blog.
            Donc merci d’avance et meilleurs messages. eab

          4. Bonjour Laurent,
            Je vous lis comme je déguste
            a) mes cahiers et livres, composés de bon papier bien démodé mais qui crisse de plaisir sous mes doigts,
            b) avec modération mes plats préférés, pas forcément du Nord mais plutôt venus d’ailleurs pour une Helvète dont une partie des origines est très mystérieuse,
            c) mes virées chroniques (et solitaires) dans le monde, avec ou sans virus.
            Accessoirement, demain et après-demain je fais un tour en Suisse allemande pour changer d’air et tester l’atmosphère et l’humeur outre-Sarine. Le confinement est allégé en Helvétie, il y a donc des possibilités d’échanges même modestes. Ma chevauchée motorisée par monts et par vaux peut donc se poursuivre grâce à notre enchevêtrement routier si typique.
            Parce qu’il est vital de ressentir soi-même l’esprit des gens, de manière diversifiée et en fonction des 4 langues nationales, surtout en cette période troublée remplie de mensonges et d’agitation inutile.
            Last but not least, dans mon entourage, il n’y a
            – ni docteur capable de faire vraiment le tour de mon profil extra-terrestre, hormis peut-être une néphrologue à Bolzano (8-9 heures de route depuis ma localisation actuelle),
            – ni élu dévoué qui arriverait à me supporter et me faire rire,
            – ni millionnaire honnête car je ne crois pas que cette association « millionnaire + honnête » existe quelque part sur notre merveilleuse planète peuplée d’humains à la dérive. Fortuna vitrea est ; tum cum splendet, frangitur.
            Au plaisir de vous lire directement (OK à notre modérateur) + bonne santé en attendant. Eliane AB

  22. Bonjour Eliane,
    Nous avons passé une bonne soirée mais notre hôte a donné le signal. Il faut rentrer chacun chez soi. J’étais venu sur ce blog pour protester au nom des enfants. Personne n’a été intéressé mais vous m’avez parlé de vous-même, impulsive et catégorique comme une adolescente, ça m’a touché, je suis resté. Un dialogue en public, ça ne tire pas à conséquence.
    La promesse du déconfinement ramène les enfants sur Skype. À nouveau je passe mes journées avec les jambages des j, le Roman de Renart et à compter des quartiles. La différence d’âge est telle avec eux que je peux les aimer et les désaimer à mon aise : ils ne voient pas de différence. Ils me considèrent tout juste humain, plutôt une ressource. S’ils me disent parfois leurs peines et leurs plaisirs, et leurs mots de passe, c’est sans y penser, comme ils les confient à leurs smartphones. L’amitié d’une grande personne, c’est autre chose, ça fait mal, j’ai assez de mon arthrose, je ne veux pas en nouer de nouvelles.
    Monsieur Papadaniel, je vous remercie de votre hospitalité. Ne donnez pas mon adresse à Eliane. Si vous publiez quelque chose sur le confinement je le lirai, si c’est digeste, je n’ai pas fini Tristes Tropiques.

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