Une visite d’«Enter», musée de l’information situé à Soleure

Le musée «Enter» à Soleure est un musée des technologies de l’information possédant une importante collection d’ordinateurs, de radios, de télévisions et de calculatrices. C’est un peu le Musée Bolo de la Suisse alémanique.

Ce week-end, j’ai enfin trouvé l’occasion de m’y rendre.

Sur les quais

Soleure est une ville magnifique. Une fois descendu du train, on emprunte généralement l’un des ponts traversant l’Aar pour entrer dans la vieille ville magnifiquement conservée. Sur le chemin, on aurait facilement tendance à s’arrêter sur l’une des nombreuses terrasses au bord de la rivière et consommer un rafraîchissement.

Pour aller au musée Enter, c’est par l’autre côté qu’on sort de la gare. Le souterrain est un peu glauque, je vous conseille de rejoindre le quai des voies 9-10 puis de traverser celles-ci (ce qui est autorisé). Vous arriverez juste devant l’entrée du musée.

Le musée occupe un ancien entrepôt de boissons collé aux voies. On passe à côté d’un gros camion sous lequel l’huile a imbibé le goudron et de deux camions militaires empêchant les voitures de manoeuvrer. En arrivant devant l’entrée, ce que l’on aperçoit en premier est un lift d’escalier inutilisable faute d’anciens ordinateurs (massifs) posés en travers. Dans l’ensemble, l’extérieur n’est pas avenant. Une fois à l’intérieur, de nombreux meubles (chaises, tables) et quelques pièces du musée – notamment des radios – surchargent l’espace qui se révèle peu accueillant. Mais pas autant que le post-ado à la caisse qui accepte d’enlever son casque tout juste un bref instant pour prélever le prix de l’entrée – 18 francs – avant de reprendre le visionnage d’un stream sur sa tablette. C’est glauque. Mais à partir de là ça ne peut qu’aller mieux, non?

À la sortie de cette pièce, la voie à suivre est un escalier menant au sous-sol. Arrivés en bas, on se trouve dans une grande salle très vide en son centre, avec tout autour quelques pièces anecdotiques – pour beaucoup du matériel promotionnel d’époque – assez mal mises en valeur, deux flippers défectueux et des bornes d’arcade assez cheap. Là, honnêtement, je commence à douter.

Peut-être était-ce l’effet voulu, car dès ce moment le musée devient fantastique.

Sound and vision

Le musée prend la forme d’un très long couloir, avec de nombreuses pièces disposées de chaque côté.

 

 

Tout d’abord, on entre dans une pièce avec de nombreuses installations interactives sur le thème de la radiodiffusion. Suite à la fermeture de l’Audiorama en 2011 – le musée national suisse de l’audiovisuel, situé à Montreux  – le musée Enter de Soleure a récupéré une partie conséquente des collections: postes de radio, télévisions, phonographes, etc., ce qui a complété les collections du musée composées à ce moment-là principalement d’ordinateurs et de calculateurs. Le 24 heures parle de «17 camions de matériel».

Les pièces sont extrêmement nombreuses et l’exhaustivité a été privilégiée au détriment de la lisibilité. On peut penser que ce chamboulement quelques années plus tôt avec l’arrivé massive de nouvelles pièces explique pourquoi certaines salles du musée sont bizarrement aménagées.

 

 

Ce dernier objet est un vidéo-projecteur: l’image est projetée depuis le meuble sur le miroir, qui se réfléchit ensuite sur l’écran blanc.

Champ de l’Air

Une pièce en particulier est mise en avant dans cette partie du musée: le «Champ de l’Air» de Lausanne, premier émetteur TSF (pour transmission sans fil) de Suisse, et quatrième d’Europe.

 

 

Gilbert Salem raconte les origines de l’émetteur dans le 24 heures. Si l’histoire est captivante et permet de mesurer le chemin phénoménal parcouru en un siècle du côté de la transmission sans fil, il ne faut surtout pas louper l’image qui illustre l’article, magnifique.

 

[S. A. SCHNEGGIN LA PATRIE SUISSE No 75925 OCT.1922]

Pour en savoir plus sur cet émetteur ainsi que sur les origines datant de cette époque de la Radio Télévision Suisse (RTS), notre média de service public, on trouve un article très intéressant de Jean-Jacques Lagrange sur notreHistoire.ch.

Voici également le lien vers l’article de la Gazette de Lausanne écrit après la visite de l’émetteur par la presse (1er octobre 1922).

 

 

Calculateurs et informatique

La deuxième partie du musée comprend la collection de machines à calculer mécaniques et la collection de patrimoine informatique.

L’espace alloué à la première est aéré et les machines sont mises en valeur (voir l’image d’illustration de l’article). Des manuels sont à disposition, ainsi qu’un modèle géant en bois d’une calculatrice de poche Curta pour aider à comprendre son fonctionnement un peu particulier.

 

 

 

La partie informatique quant à elle occupe les dernières pièces, avec un espace réservé pour les machines de la marque Apple. Plusieurs ordinateurs sont branchés et il est possible, clavier, souris ou manette en main, de découvrir ou redécouvrir l’ergonomie des ordinateurs des décennies passées.

 

 

Cette dernière collection est bien garnie et il est bienvenu de pouvoir manipuler quelques-unes de ces machines, mais il manque à mon avis des explications. On a le sentiment qu’il s’agit par endroits plus d’une galerie que d’un musée. Ce patrimoine mériterait une meilleure mise en valeur et plus de contextualisation. En l’état, il s’adresse d’abord aux connaisseuses et connaisseurs.

Pour terminer la visite

Après un début assez malheureux, le musée a répondu à mes attentes. Ses collections sont immenses, et un effort a manifestement été mené pour qu’un maximum de pièces soient visibles, au risque d’avoir l’impression dans certaines salles d’entrer dans un vide-grenier. Clairement, les 18 francs à l’entrée étaient un bon investissement, même si c’est un tarif élevé pour un musée. J’y suis quand même resté deux heures.

Dès lors, la question se pose d’un musée d’une telle ampleur du côté romand. Avec leur campagne de financement participatif réussie en juin et leur annonce d’un projet de musée du numérique, on est impatient de découvrir ce que prépare le Musée Bolo, eux dont la muséographie de leur exposition «Disparition programmée» dans les murs de l’EPFL est exemplaire.

Bonus

 

 


Merci à Arnaud Thévenet pour les excellents conseils.

Yannick Rochat

Yannick Rochat

Yannick Rochat est premier assistant à l'Université de Lausanne et chercheur en digital humanities, un domaine où se rencontrent informatique, mathématiques et sciences humaines et sociales. Ses travaux portent notamment sur les réseaux, les twitterbots, les game & play studies, et les archives de journaux. Mathématicien de l'EPFL, il est également docteur en mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales de l'UNIL.

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