Boss Fight Books : de beaux livres pour parler de jeux

Qu’elle soit scientifique ou grand public, la littérature portant sur le jeu vidéo et plus généralement sur le jeu existe depuis longtemps. Elle a fait ses preuves avec quelques ouvrages de référence (au hasard). Elle connait cependant un essor important actuellement avec l’apparition de rayons consacrés dans les librairies, qu’il s’agisse d’ouvrages traitant de Minecraft (fréquents), de retrogaming (pas rares), ou d’essais (déjà plus rares).

Boss Fight Books est une maison d’édition venue au monde via une première campagne Kickstarter réussie en 2013. Chaque livre qu’elle publie est une carte blanche offerte à un nouvel auteur. Celui-ci ou celle-ci choisit un jeu – peu importe sa date de sortie ou le support – et écrit librement à son propos. L’idée est inspirée de la collection 33 1/3, qui présente des albums de musique et compte plus d’une centaine d’ouvrages.

Les livres sont beaux et agréables au toucher. Ils sont élégants et, surtout, bien écrits. Les auteurs et les jeux proposés sont variés et pour l’instant un seul texte m’a déçu. À vrai dire, je suis en train de lire mon dixième livre dans la collection et je ne peux pas résister plus longtemps à l’envie d’en parler.

 

 

En 2016, Boss Fight Books est entrée dans sa troisième saison, chacune correspondant à une nouvelle campagne sur Kickstarter (les achats par le site de Boss Fight Books sont également possibles).

La première était composée des livres :

  • EarthBound (Ken Baumann)
  • Chrono Trigger (Michael P. Williams)
  • ZZT (Anna Anthropy)
  • Galaga (Michael Kimball)
  • Jagged Alliance 2 (Darius Kazemi)
  • Super Mario Bros. 2 (Jon Irwin)

La seconde était composée des livres :

  • Bible Adventures (Gabe Durham)
  • Baldur’s Gate II (Matt Bell)
  • Metal Gear Solid (Ashly et Anthony Burch)
  • Shadow of the Colossus (Nick Suttner)
  • Spelunky (Derek Yu)
  • World of Warcraft (Daniel Lisi)

Et la troisième a déjà connu les sorties de :

  • Super Mario Bros. 3 (Alyse Knorr)
  • Mega Man 3 (Salvatore Pane)

Je passerai en revue la plupart de ces livres dans d’autres billets car ils contiennent quelques excellents moments, mais à ce stade je peux déjà vous recommander cette brillante initiative qui offre des points de vue à la fois personnels et érudits sur des jeux connus ou à découvrir.

 

 

 

Car si l’initiative m’a séduit lors de son lancement, ma première lecture – l’ouvrage consacré à Chrono Trigger – fut une souffrance. Beaucoup trop de temps passé à décrire le déroulement de l’histoire et peu de valeur ajoutée m’ont refroidi et j’aurais pu en rester là. C’est dès le livre suivant que j’accroche à la collection et décide de tous les lire. Ce second livre était consacré à Jagged Alliance 2 – un jeu que je ne connaissais pas et auquel je n’ai d’ailleurs toujours pas joué malgré l’acquisition faite depuis sur la plateforme de jeux anciens GOG – et aborde généreusement le jeu, passant en revue l’histoire de son développement comme ses mécaniques et allant jusqu’à analyser des éléments du code. Une révélation pour moi à l’époque, qui a depuis servi à réorienter une partie de ma recherche.

À l’heure où j’écris ces lignes, je suis à la moitié de Earthbound, de Ken Baumann (version papier compatible table de nuit), et de Spelunky, par son créateur Derek Yu (version Kindle compatible transports publics), et je compte bien leur consacrer à tous une place sur ce blog.

À la lecture de toutes ces expériences, qu’il s’agisse de se remémorer le contexte des années 1980 ou 1990 (1970 ? 2000 ?), les jeux vidéo et consoles qui trônaient par terre chez soi devant la télévision, de le vivre à travers les yeux de quelqu’un d’autre ou de découvrir l’envers du décor d’une industrie qui nous faisait fantasmer enfant, chaque livre est un nouvel élément dans la construction d’un immense témoignage, d’une somme d’expériences personnelles et de ressentis qui permettront à terme une reproduction fidèle des contextes dans lesquels ces jeux étaient déballés, joués, terminés, recommencés, prêtés, abandonnés… Alors que l’on cherche à archiver les jeux, le code, le matériel produit pendant le développement comme le matériel promotionnel, ces livres regroupent des sommes de connaissances autour de leur sujet et permettent surtout d’archiver les sensations ressenties par les joueuses et joueurs lorsqu’ils jouèrent à un jeu à l’époque de sa sortie, un exemple étant le livre consacré à Galaga, à l’époque découvert et joué en salle d’arcade par son auteur.

 

 

Connaissant le rythme ô combien régulier de mes billets, si vous souhaitez déjà découvrir la collection je ne peux que recommander «Bible Adventures». Il s’agit à mon avis d’une excellente introduction à la collection. Le livre est écrit par le fondateur de Boss Fight Books lui-même, Gabe Durham.

 

 

Et si vous avez une idée géniale de livre, il sera possible de la proposer ici dès que l’appel à propositions sera à nouveau ouvert.

À suivre.

Yannick Rochat

Yannick Rochat

Yannick Rochat est premier assistant à l’Université de Lausanne et chercheur en digital humanities, un domaine où se rencontrent informatique, mathématiques et sciences humaines et sociales. Ses travaux portent notamment sur les réseaux, les twitterbots, les game & play studies, et les archives de journaux. Mathématicien de l’EPFL, il est également docteur en mathématiques appliquées aux sciences humaines et sociales de l’UNIL.

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