Internet of Health

un récit mi-réalité mi-fiction en collaboration avec Daniel Walch, Directeur G.H.O.L

Amazon vient de s’allier en février 2018 avec la banque américaine JPMorgan et le fameux investisseur Warren Buffet (Berkshire Hathaway) pour former l’assureur du futur. Entièrement « Online » et au service du million d’employés de ces trois compagnies, cette nouvelle entité va redessiner complètement le système de Santé aux USA et peut-être dans le reste du monde.

Bon …mais pourquoi affirmer que « l’Internet of Health » , c’est-à-dire que l’internet et le téléphone mobile pourraient être les véhicules privilégiés de ce changement révolutionnaire du système de santé ?

Passons en revue les principaux arguments de cette thèse :

D’abord Amazon a su, en 20 ans, recomposer complètement le paysage du petit commerce (retail) mondial. Plus rien n’est comme avant ni aux USA ni dans le reste du monde. Les grands centres commerciaux s’effondrent, les petits commerçants aussi, les centres des petites villes se vident, l’optimisation fiscale crée des déséquilibres planétaires, Walmart (plus grand chaîne de magasins au monde) s’affole, etc. Et pourtant le e-commerce ne représente aujourd’hui encore que globalement 10% du total du retail. C’est peu mais le e-commerce continue à prendre chaque année de nouvelles parts de marché. Le déséquilibre grandit. Dans le e-Health c’est pareil Amazon est aussi passé à l’offensive avec une proposition de pharmacie en ligne intégrée à ses activités de e-commerce. CVS et les autres chaînes américaines tentent de résister en organisant leur propre offre en e-health. Le train est parti, il ne s’arrêtera plus.

Ensuite, le manque de compétition dans la transparence des prix ouvre, comme ce fut le cas pour le tourisme (avion et hôtel compris), une possibilité immense à des plateformes de comparateur de prix de s’emparer d’une clientèle souvent en désarroi face à la jungle des prix. Une fois de plus la ligne directe avec le consommateur va payer. C’est les intermédiaires qui vont trinquer.

Les pharmas, c’est-à-dire les entreprises productrices de molécules, pourraient à l’avenir conclure des accords de ventes de médicaments sur du long terme avec des groupes d’assurance comme celui qui vient d’être créé par Amazon. En effet, de telles alliances ou propositions de ventes sur du plus long terme permettrait au secteur des pharmas de mieux planifier leurs coûts de recherche et stabiliser un système de découverte/développement de produit de manière moins tendue. Tout le monde aurait à gagner avec un tel nouveau système car les prix des médicaments seraient plus stables et au final moins onéreux.

Ensuite, le nombre de cas d’actes médicaux inutiles (ils représentent environ 20% du total !) pourrait diminuer drastiquement car Internet permettrait d’avoir un dossier médical uniformisé, transparent, interopérable et unique. Cela empêcherait les actes doublés ou inutiles car les informations seraient mieux distribuées et partagées.

Enfin, le patient grâce aux assistants personnels intelligents deviendrait plus conscient et donc mieux armé pour non seulement se maintenir en bonne santé mais également pour traverser des épreuves de maladies ou d’accidents avec un soutien et un suivi très personnalisé.

Et quid de la Suisse ?

Ne pourrait-on pas imaginer une prochaine alliance entre un géant du web (GAFA), une ou deux caisses maladies innovatrices, un réseau de centres de santé (« walk-in clinics » aux USA), un groupe de cliniques privées (il en existe principalement deux en Suisse) et quelques hôpitaux reconnus d’intérêt public à la gestion performante (un tous les 80-100 km pour être à 20-30 minutes en voiture d’un hôpital). Une telle alliance gommerait les logiques cantonales et fédérales actuelles. Elle permettrait rapidement des cotisations inférieures pour les ménages assurés. Seuls les patients nécessitant une prise en charge vraiment universitaire seraient adressés à l’un des cinq CHU (moins de 20% de l’activité des centres universitaires actuels concerne véritablement des patients qui ont besoin d’un plateau médicotechnique universitaire !). Le dossier médical informatisé unique de tous les partenaires de cette alliance serait une version renforcée du dossier médical que nous avons en standard sur nos portables (que nous n’utilisons pas encore…).

Inter-connectivité et agilité conjuguées à l’accomplissement de missions d’intérêt public seraient les valeurs fondamentales d’une telle alliance.

INDUSTRIE 4.0: une guerre planétaire?

Des plans nationaux ont été lancés par tous les pays industrialisés pour relancer et moderniser leur secteur industriel. L’idée étant que le numérique allait affecter profondément la manière de concevoir, fabriquer, diffuser et entretenir les produits industriels. Il fallait donc que les États donnent le signal du changement.

Ces plans ont pris dès le départ des formes différentes selon les nations concernées. Le concept a été mis publiquement en avant, pour la première fois, lors de la foire industrielle mondiale de Hanovre en avril 2011 sous le terme d’Industrie 4.0. Repris immédiatement par les américains en juin de la même année dans un projet nommé «Advanced Manufacturing initiative». Les français ont choisi le nom d’«Industrie du Futur» en avril 2015 suivis immédiatement par les chinois avec leur «Made in China 2025» dès juin 2015. Le Japon, quant à lui, vient de relancer cette année un ancien plan renommé pour l’occasion «Futur Vision Towards 2030s». 

Voilà le décor posé de ce que nous pourrions appeler la «guerre industrielle 4.0». Reste à analyser pays par pays les choix, les avancées et les succès accomplis. On finira cette série d’articles par un bilan comparatif entre ces grandes nations.

Commençons donc par un pays qui nous a tous montré la voie: l’Allemagne (1).

Ce pays joue un rôle déterminant pour les suisses car grosso modo nous suivons la même stratégie industrielle que notre voisin.

Organisé en «bottom-up» le plan est basé essentiellement sur les initiatives des entreprises privées. Mais deux axes transversaux ont été également mis en avant: la formation et les briques numériques indispensables aux changements comme les Big Data, l’Internet des Objets (IoT), le machine learning (IA), le cloudcomputing, la 3D ou le digital thinking, etc.

Il y a donc dans ce pays une anticipation forte à faire évoluer rapidement les savoir-faire en impliquant très tôt les centres de formation, les apprentissages et les organisations patronales comme par exemple, les chambres de commerce. La mobilisation passe aussi par les jeunes et les dirigeants d’entreprises. La clé du succès est pour eux à chercher dans la force de travail et par conséquent dans des plans de valorisation des ressources humaines. L’effort est considérable. Tout le système s’est mis au travail: université, instituts technologiques, fachhochschulen, formation en apprentissage et même des écoles privées du digital. Le pays tourne sa formation massivement vers le numérique!

Au lieu de mettre principalement l’accent sur les start-up du numérique comme en France ou aux USA, l’Allemagne a choisi de porter son effort sur le tissu industriel existant des PME. Il faut dire qu’une majorité d’entre elles sont orientées à l’export et doivent lutter par l’innovation contre leur concurrent asiatique ou des pays de l’Est européen aux salaires des travailleurs très compétitifs. L’industrie 4.0 qui est gourmande en capital mais moins en main- d’œuvre est vu dans ce pays comme une chance vers une réindustrialisation du pays!

Donc brique par brique, plutôt que par secteur ou par le biais des start-up, le pays cherche à innover avant tout dans son tissu industriel déjà en place comme l’automobile ou la machine-outil.

Les entreprises jouent le jeu car in fine elles n’ont guère le choix si elles veulent rester allemandes.

LES USA (2)

Obama avait lancé en 2011, le projet nommé «Advanced Manufacturing initiative» répondant ainsi à l’offensive allemande d’Industrie 4.0.

Le choix américain avait pour but dès le départ de favoriser une approche digitale en s’inscrivant ainsi dans la révolution numérique. Pas question d’affronter les autres pays sur le hardware mais bien avec le software pour lequel les Etats Unies avaient une longueur d’avance. Ainsi des projets phares dans l’industrie automobile, comme ceux de la Google Car ou Tesla ont influencé le monde de l’automobile. Cette industrie est désormais autant software que hardware car il s’agit évidemment de rendre la conduite automobile autonome. C’est un problème d’algorithmes plus que de ferraille … Cette extraordinaire perspective indique bien la direction de la transformation du tissu industriel américain.

La course à la voiture autonome

Le software est l’enjeu pour eux. Les Big Data mais surtout les algorithmes de l’Intelligence Artificielle sont les éléments centraux de toute cette transition digitale. La course à la voiture autonome dans laquelle tous les constructeurs se sont lancés, est au cœur de la révolution industrielle américaine.

Dans ce pays, la voiture et l’industrie qui la produit, ont ensemble façonné le pays. Routes, autoroutes mais aussi style de vie en mouvement (on the road) sont à la base de la vie américaine du XXe siècle et se prolonge dans le nouveau siècle. C’est certain. On ne se rend pas bien compte ici à quel point la voiture autonome est un challenge mobilisant presque tous les efforts industriels aux USA.

Certes, d’autres industries comme notamment l’industrie spatiale avec SpaceX participent également au renouveau industriel mais l’automobile reste la pièce maîtresse de la révolution industrielle.

Les autres compétiteurs dans ce secteur comme les constructeurs allemands, français, japonais, chinois ou coréens l’ont bien compris. Ils font tout leur possible pour rester dans le coup, mais on le voit bien le centre des opérations de cette guerre industrielle est la Californie.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche a changé encore un peu la donne. Bien que son administration ne semble pas lancer de grands plans d’innovation, ses initiatives verbales comme America First ou parlementaire comme les coupes importantes d’impôts pour les entreprises (sur sol américain) et les renégociations des accords commerciaux internationaux, redistribuent totalement les cartes. L’Amérique redevient fiscalement et économiquement très compétitive. Ainsi la guerre industrielle ne sera pas tant technologique que commerciale. En d’autres termes, les conditions cadres américaines pour l’industrie se sont grandement améliorées.

Il va falloir tenir compte de cette nouvelle dimension. Pour la Suisse notamment où les efforts parlementaires et gouvernementaux ont toujours portés sur les conditions cadres.

Eh bien, Mesdames et Messieurs de «Berne», on est de plus en plus dépassé par bon nombre de pays, et maintenant même par les Etats Unies, en ce qui concerne ces fameuses conditions cadres de l’économie.

Ainsi, notre économie avait pendant longtemps un coup d’avance, nous avons désormais un coup de retard!

Dans cet affrontement industriel entre géants: si l’Allemagne privilégie le hardware et les USA, le soft (voir les deux articles précédemment parus) alors on pourrait dire que la Chine, ce sont plutôt les plateformes (la sur-traitance économique en quelque sorte, on y reviendra).

Il est clair que cette description est un peu sommaire mais elle a l’avantage d’éclairer rapidement sur la différence des approches choisies par ses trois pays.

Grosso modo: le hardware est l’approche par les machines industrielles, le software par les Big Data et les Algorithmes (dont notamment le «machine learning») et les plateformes, c’est la sur-traitance industrielle.

Le concept de plateforme

Lors d’une visite à Shanghai et sa région, avec un groupe d’industriels neuchâtelois, nous avons découvert ce concept industriel chez Envision Energy, une société orientée vers la fabrication d’éoliennes et de panneaux solaires pour la production d’électricité verte qui a développé dans le cadre d’une vision de «smart energy» un concept de plateforme de sur-traitance extrêmement efficace.

Envision Energy ne fabrique pas seulement, elle gère pour ces clients (des sociétés de production et de distribution d’électricité) l’ensemble de leurs activités. La plateforme est le centre névralgique de leur modèle économique.

Comment cela marche?

Eh bien, c’est très simple: à partir d’une plateforme software la compagnie oriente les éoliennes, les panneaux solaires en fonction des conditions météo et des besoins du marché… une sorte d’immense bourse en temps réel entre besoin et production, le tout en fonction des prix.

Une gestion «intelligente»

Comme cette plateforme marche bien pour leur client, elle a été ouverte à d’autres producteurs venant de l’hydroélectrique, du charbon, du pétrole ou du nucléaire.

Une gestion intelligente (smart energy) n’est possible qu’à partir de plateforme de sur-traitance. C’est lorsque tous les acteurs sont réunis sous la même bannière que l’on peut offrir une gestion «intelligente». Il fallait y penser. Les Chinois l’ont fait!

Ce n’est pas le seul domaine où les chinois avancent leur sur-traitance. Tencent, la plus grosse compagnie au monde qui détient notamment WeChat (messagerie) est conçue comme une entreprise de sur-traitance.

Des conglomérats d’un nouveau type

Bien sûr, nous sommes ici face à une compagnie qui est d’abord une entreprise d’informatique et de télécommunications (réseaux sociaux et e-commerce)… mais les Chinois ne s’embarrassent pas de ce genre d’étiquette. Tencent fait aussi dans la finance et les jeux!

Des conglomérats d’un nouveau type surgissent en Chine et auront un effet sur la planète entière. La vision chinoise de la sur-traitance sera un modèle économique dominant qui entraînera d’une manière ou d’une autre toute la révolution industrielle.

On peut d’ores et déjà dire que si le numérique joue un rôle clé dans l’industrie 4.0, les plateformes de la sur-traitance seront à la base de toute l’économie 4.0 mondiale.

La Chine montre le chemin à la Suisse de demain, à n’en pas douter.

One Belt One Road Initiative: que signifie ce slogan chinois?

Les chinois ont lancés il y a quelques années déjà une grande initiative nommée alors : One Belt One Road Initiative*. Elle est aussi connue en français  sous le terme des “nouvelles routes de la soies”. Construction de routes maritimes et achat de ports, mais aussi chemin de fer et routes terrestres pour relier l’Occident, l’Afrique et le reste du monde à la Chine. C’est le “One Road” du slogan.

Mais ce qui est moins connu c’est la signification de “One Belt”. Et bien, c’est le “Soft power” qui se cache derrière ce terme. Le “Hard” étant les routes commerciales, le “Soft” c’est les chemins de la persuasion verbale, de l’influence douce.

Le «soft power» est donc la capacité de persuader les autres de la justesse de votre point de vue. Au contraire du «hard power» qui impose une contrainte physique, le «soft power» est plus subtile. Il laisse entendre son pouvoir sans devoir l’exercer par la force. Comment procède-il?

Essentiellement en déroulant une histoire, un storytelling comme on le dit aujourd’hui, qui va convaincre. Ce jeu n’est pas toujours si simple à exécuter car les gens ont bien sûr leur propre capacité de jugement.

Depuis les débuts du cinéma, notamment avec l’arrivée du train en gare de la Ciotat des frères Lumière (1895), il y a toujours eu deux sens portés par les films. L’un directement lié à l’histoire elle-même et le second sur le message sous-jacent. Ainsi dans le cas des frères Lumière, il y avait l’idée seconde de montrer «le pouvoir du progrès». C’est simple et évident. On appelle cela le «soft power» au cinéma. Cela marque les gens et les influencent.

Un lieu sur terre porte à son paroxysme ce type de savoir-faire, c’est Hollywood.

Que vous prenez des films comme Citizen Kane d’Orson Welles (1941) qui raconte la vie d’un patron de presse mais dont le message, souligné par l’absence des journalistes dans le scénario, annonce déjà une industrie tournée vers les profits et sans rapport aucun avec les contenus. On croit y déceler la situation contemporaine montrant le comportement des magnats des médias entre désintérêt pour le contenu et intérêt pour le contenant. Tourné aux studios RKO à Hollywood, le film eu dès sa sortie un énorme succès tout en laissant les gens définitivement méfiants face aux médias. Top Gun avec Tom Cruise (1986) est un film d’action typique d’Hollywood associant rivalité russe et histoire d’amour. Cependant, le vrai message était celui d’un film faisant l’éloge des pilotes donc c’était clairement un film de recrutement pour la Navy qui avait contribuer à son financement. Le résultat fut très probant. Ainsi à la suite de la sortie en salle du film l’enrôlement des pilotes a augmenté de 500%!

On pourrait ainsi décortiquer des milliers de films et mettre en évidence à chaque fois le pouvoir du «soft power». Ce qui démontre évidemment la justesse du concept. Pas besoin de faire la guerre, la persuasion suffit. Evidemment les «Business Angels» d’Hollywood sont passés maîtres de la pratique et ont exporté vers la Silicon Valley la capacité de faire du scénario «soft». Regarder la dernière mise en scène de Tim Cook lors de la présentation de l’iPhone X: du véritable cinéma avec mythe et pouvoir. Les innovateurs californiens ont tous empruntés les marqueurs du «soft power».

Ils ne sont pas les seuls. En discutant avec l’acteur américain Henri Lubatti rencontré en septembre dernier à Los Angeles, il m’est apparu clairement que d’autres «playeurs» souhaitaient acquérir cette compétence d’influenceur, en particulier les Chinois.

D’après l’acteur, ils rachètent tout ce qu’ils peuvent à Hollywood. C’est, dit-il en riant, parce qu’ils ne supportent plus que le Chinois soit toujours montré comme le «bad guy» dans le cinéma américain. En fait, les chinois veulent maîtriser le «soft power». Wang Jianlin, l’homme le plus riche de Chine qui possède le plus grand réseau de salles de cinéma au monde, est à la manœuvre, accompagné par le patron d’Alibaba Jack Ma. Ils achètent les compétences et vont sans doute demain rivaliser avec les plus grand Studios Hollywoodiens pour nous suggérer que la Chine est notre «ami».

C’est un peu d’ailleurs ce qu’a fait aussi le Président chinois Xi Jinping à Davos (WEF), à Lausanne (CIO) et à Genève (ONU) l’hiver dernier en tenant des propos plus que rassurants sur les intentions de son gouvernement, très en contraste avec ceux de Donald Trump!

  • en juin 2016 le slogan changea pour juste: Belt and Road Initiative

Humanité : Vers quelle dépendance aux Objets (le cas des véhicules autonomes) ? 

Connaître le niveau d’autonomie des véhicules est indispensable pour comprendre l’évolution de notre rapport -plus général- aux objets autonomes. En effet, dans cette course à l’émancipation des « Objets » (véhicules compris) se pose la question existentielle de notre utilité, de notre avenir. Ne sommes-nous pas en train de créer notre maître, notre successeur dans la chaîne de la domination ou bien est-ce que ces objets ne sont juste que des sortes d’exosquelettes de notre être ?

Bref, essayons d’y voir clair.

En regardant les classements des niveaux d’autonomie d’un véhicule, on comprend le chemin qu’il reste à parcourir tout en anticipant les vraies questions encore à débattre.

Prenons l’exemple du système des constructeurs, l’OICA (Organisation internationale des constructeurs automobiles) basé à Paris et qui a fixé 6 échelons pour marquer l’autonomie (noté de 0 à 5).

A savoir :

1.- Au niveau zéro : L’homme dispose du contrôle total et exclusif des fonctions primaires du véhicule (les freins, la direction, l’accélération et la force motrice) et ce à tout instant.

Même si le conducteur fait tout avec ses propres moyens et qu’aucune des fonctions principales n’est automatisée, le chauffeur peut toutefois disposer de mécanismes d’avertissement, comme le signal sonore de franchissement de ligne, etc.

⇒ Exemple d’assistance de Niveau 0 : le radar de recul.

2.- Au niveau un : le conducteur peut momentanément confier au véhicule une tache de conduite à condition que la voiture ne prenne en charge que l’une des deux dimensions (longitudinale ou transversale) du guidage.

Avec un régulateur de vitesse adaptatif (Adaptative Cruise Control) par exemple, le véhicule prend en charge la dimension longitudinale –l’accélération– mais laisse au chauffeur la responsabilité de se positionner dans la voie de circulation la plus adaptée (dimension transversale).

Au Niveau 1, la responsabilité des manœuvres est en permanence conservée par l’humain qui délègue une partie des tâches au système qui se doit d’être capable de reprendre la main totale sur la conduite si la situation l’exige.

⇒ Exemple d’assistance de Niveau 1 : le régulateur de vitesse

3.- Niveau deux : le conducteur n’intervient dans la conduite qu’en mode Supervision. La fonction Park Assist est un bon exemple du Niveau 2 puisque la voiture gère seule tous les paramètres de guidage sous la supervision du conducteur qui a la possibilité d’intervenir pour reprendre la main sur la trajectoire à tout instant.

En cas d’accident, il est entièrement responsable du défaut du système car il n’a pas été suffisamment attentif à son environnement et a manqué à son devoir de supervision. Dans tous les cas, il est important de rappeler que « la sécurité de l’ensemble du système est indépendante du niveau d’autonomie. »

A ce stade, la moindre action du conducteur prend le pas sur celle de la voiture et ce, quoi qu’il arrive. La responsabilité des manœuvres est en permanence conservée par l’humain qui se doit d’être capable de reprendre la main totale sur la conduite si la situation l’exige.

⇒ Exemple de Niveau 2 : l’assistance au stationnement

4.- Niveau trois : A ce stade, l’humain peut déléguer une partie de sa conduite sur les 2 dimensions de guidage et abaisser son niveau de vigilance pour se consacrer à d’autres tâches de manière brève.

En revanche, il doit être en mesure de reprendre le contrôle de la conduite si les conditions l’exigent. Le système de la voiture autonome se charge alors de positionner et maintenir le véhicule sur sa voie tout en conservant une allure adaptée à la vitesse et aux conditions de trafic des autres automobiles.

Un bon exemple du Niveau 3 peut être la fonction de maintien dans la voie lors de bouchons. On peut lire son journal sans prêter trop d’attention aux embouteillages. Mais lorsqu’ils se dissipent, la voiture sollicite la reprise en main du chauffeur.

A ce stade, le niveau technique est identique au niveau 2 mais la responsabilité est transférée momentanément au système dans les phases de conduite autonome.

⇒ Exemple d’autonomie de niveau 3 : conduite basse-vitesse dans les embouteillages

5.- Niveau quatre : Ce niveau se caractérise par une capacité de la voiture à prendre le pas sur l’humain dans un certain nombre de cas précis.

L’autonomie de niveau 4 est quasiment complète dans le cadre de fonctions spécifiques comme le Valet Parking. Dans ce cas précis, le système prend en charge l’ensemble des fonctions de manière autonome sans même nécessiter la présence du chauffeur et porte la responsabilité des manœuvres.

En revanche, c’est toujours le conducteur qui active et désactive le système de prise en charge.

Exemple du Niveau 4 => Valet Parking, aller se garer ou venir chercher chauffeur à la porte

6.- Niveau cinq : le système est doué de capacités de conduite autonome totale et permanente, dans lequel l’humain n’intervient à aucun moment sinon pour indiquer sa destination et se laisser transporter.

Ce niveau d’autonomie se distingue du niveau précédent par la ‘certitude machine‘, une notion permettant au système de ne pas exécuter un ordre de l’humain si celui-ci est considéré comme anormal, inconsidéré ou dangereux ou de prendre une initiative basée sur les mesures de ses capteurs.

Dans un certain nombre de cas, les systèmes de l’automobile peuvent donc pratiquer une manœuvre non sollicitée par le conducteur ou même refuser d’exécuter un mouvement qui mettrait en péril le véhicule ou ses passagers (ex : ouvrir la portière sur autoroute).

⇒ Exemple de Niveau 5 : la Google Car conduit seule, sans même de volant !

ATTENTION: Il existe un niveau X non répertorier par cette classification officielle c’est lorsque le véhicule (ou l’Objet) décide de prendre le contrôle tout seul….sans demander au patron l’humain. C’est le cas lorsque la voiture assisté prend le contrôle du freinage indépendamment de vous pour éviter que la voiture glisse dans un freinage exagéré .. ou refuse d’avancer dans la voiture devant elle pour créer volontairement un accident (système assisté actuel sur les BMW ou Lincoln).

⇒ Exemple de Niveau X : les freins ABS !

Conclusion :  Jeter un regard sur ce système de classement de l’autonomie des véhicules nous force à réfléchir au monde nouveau dans lequel la révolution numérique nous précipite. Il n’y a pas que des questions de responsabilité qui surgissent mais à mes yeux l’essentiel du questionnement est lié à notre rapport – au futur- avec des « Objets » qui seront dotés d’intelligence pour fonctionner de manière autonome. L’enjeu, c’est notre rapport à l’autonomie des « Objets » qui décideront à notre place comme dans le cas du niveau X!

Références :

1.- https://aruco.com/2016/01/niveaux-vehicule-autonome/

2.- à lire aussi le livre sur l’IoT et l’émancipation des objets, 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Santé: trop de personnels?

«On compte aux États-Unis, pour chaque médecin, environ seize professionnels qui vont accomplir des tâches liées à son action.» Le modèle américain étant toujours suivi de près par la Suisse, on peut imaginer que ce nombre est, peu ou prou, identique chez nous. Or, affirme Xavier Comtesse dans un interview donné au Matin Dimanche, «on sait, depuis plusieurs décennies, qu’un des facteurs clés qui contribue de façon majeure à l’augmentation linéaire et constante des coûts de la santé tient au recrutement toujours plus important de personnel». Un constat que partage Boris Zürcher, chef de la Direction du travail au Secrétariat d’État à l’économie: «Les prestations dites «proches de l’État» ont connu une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne. C’est particulièrement le cas dans les domaines de la formation, de la santé et du social.» L’informatique, les logiciels et l’Internet vont, comme ailleurs, supprimer nombre de strates intermédiaires, principalement dans les emplois administratifs ou d’analyses de laboratoire.

Elias Zerhouni, directeur de la recherche et du développement de Sanofi, a résumé deux axes majeurs de déploiement de la médecine en proie à une amélioration de la productivité. La médecine personnalisée tout d’abord. Grâce au big data, aux algorithmes et à l’intelligence artificielle où les «machines» apprendront toutes seules, on n’attendra plus d’être malade; on pourra de plus en plus vite anticiper les pathologies dont nous pourrons souffrir et les traiter plus tôt, parfois plusieurs années avant que les premiers symptômes n’apparaissent. La troisième génération de l’Apple Watch, qui se fixe au poignet, est ainsi déjà capable de détecter un changement alarmant de votre rythme cardiaque et de vous prévenir deux heures avant une crise.

La prise de pouvoir des patients, ensuite. Prenant l’exemple des malades du sida ou des femmes souffrant d’un cancer du sein, Xavier Comtesse démontre dans son livre “santé 4.0” comment ces patients se sont saisis des réseaux sociaux pour se conseiller mutuellement, pratiquer des essais cliniques de nouveaux traitements et en signaler presque immédiatement les effets positifs ou négatifs. «Ce sont les personnes séropositives qui sont ainsi parvenues à imposer la trithérapie, explique l’auteur. Bien avant que tous les protocoles cliniques classiques soient arrivés aux mêmes conclusions. Ce phénomène – au centre aujourd’hui des plus grandes recherches scientifiques, y compris récemment avec l’éclipse solaire aux États-Unis – est appelé l’empowerment. La compilation, la sélection et le traitement de centaines de millions de données vont accélérer la recherche médicale et les soins comme jamais auparavant.

C’est sans doute là le cœur même de ce qui n’est plus une évolution mais une véritable révolution: «Ce double mouvement, issu de l’empowerment des individus et de l’offensive des entreprises du Net, jusqu’à récemment peu impliquées dans le domaine de la santé, va profondément affecter le système de santé.» Y compris l’ensemble des régulations que les États ont mis en place. Uber ou Airbnb ont-ils attendu la permission pour bousculer le secteur des taxis ou de l’hôtellerie, pourtant très contrôlés? Nous deviendrons des acteurs, des propatients.

Xavier Comtesse: «Un dialogue va devoir s’installer entre professionnels et patients, car ces derniers détiendront désormais les précieuses données. Terminé la blouse blanche et les arguments d’autorité. La santé devient l’affaire de tous et non plus de quelques-uns.»

(propos extrait d’un article paru dans le Matin Dimanche)

 

L’Internet des Objets (IoT) au secours de la médecine !

Pour l’instant, l’IoT est souvent perçu comme une affaire lointaine. Cependant les technologies se mettent en place plus rapidement que prévues, les unes après les autres, de manière constante et inéluctable.

En effet, si l’on commence à associer dans une seule chaîne de la valeur le deep learning de type Watson d’IBM, les Big Data et les dernières technologies d’analyse de ces dernières, les nouveaux capteurs portables et l’Internet des Objets, alors on voit bien se dessiner un futur chamboulé.

Une chaîne continue de diagnostics, de traitements et de suivis omniprésents : la médecine demain sera invisible, automatisée, toujours active et ceci quelques soient les lieux de notre présence.

Quelques exemples actuellement développés ou en développement sont là pour nous en convaincre:

  • Des capsules intelligentes et connectées capables de diffuser dans le corps la bonne quantité de médicament souhaitable et cela pendant plusieurs jours,
  • Des puces NFC ou RFID implantées dans le corps pourraient fournir des informations fiables sur le patient pendant le temps d’hospitalisation réduisant ainsi par exemple, les risques d’erreurs.
  • D’autres idées, dans le même champ d’investigation passent par les tatouages de tags de reconnaissance.
  • Plusieurs produits sont apparus dans le domaine de la télésurveillance comme par exemple, le doudou “Tedi”, l’ourson connecté en peluche. Divers capteurs placés à l’intérieur du nounours : thermomètre, enregistrement de la voix, cardio fréquencemètre, haut-parleur pour émettre des bruits blancs ainsi qu’un capteur de poignée. Il fonctionne lorsque l’enfant le serre contre lui. Connecté à une application mobile dédiée qui va permettre de suivre l’enfant.
  • Les lunettes connectées de Google pour une télé-médecine efficace notamment en intervention d’urgence. La lunette permettant de diffuser à distance des images du blessé et les médecins restés à l’hôpital pourront prodiguer des soins via les ambulanciers sur le terrain.
  • Les bracelets connectés de Fitbit, mesure des grandeurs de l’activité physique mais la montre connectée d’Apple pourraient allez beaucoup plus loin et par exemple contenir demain carrément le dossier médical protégé par la technologie du blockchain.
  • Les capteurs intégrés dans des accessoires vestimentaires comme des boucles d’oreilles connectées enregistrant les données biométriques des patients La perruque connectée de Sony, la Smart Wig, pour surveiller le rythme cardiaque ou les ondes cérébrales. Le T-shirt signé OMSignal, qui surveille le pouls et la respiration mais aussi mesure l’humidité et température de la peau. La ceinture Lumoback dotée d’un capteur intelligent qui enregistre tous vos mouvements et vibre lorsqu’on adopte une mauvaise position.
  • Des capteurs se logeant sous la peau destinés à mesurer en temps réel la présence de cinq protéines et acides organiques dans l’organisme. Ce projet mené par des chercheurs de l’EPFL devrait permettre un suivi et une analyse plus précis des réactions de l’organisme. Pour le faire fonctionner : cinq capteurs, un émetteur radio et un système de distribution d’électricité. La batterie est rechargée à travers la peau du patient grâce à un patch. L’appareil émet des ondes radio sur une fréquence ne présentant aucun risque, le même patch récupère alors les données qu’il transmet via bluetooth à un téléphone mobile qui les transmet à son tour au médecin via le réseau cellulaire. Les chercheurs espèrent commercialiser cet implant d’ici 4 ans.
  • La dent connectée est une autre source d’exploration qui pourrait faire d’autres analyses notamment avec la salive et fournir de précieuses données.
  • Les lentilles connectées développées par Google et Novartis en vue de mesurer la glycémie dans le liquide lacrymal. Les diabétiques pourraient bénéficier de cette technique au lieu de devoir se piquer plusieurs fois par jour.
  • Nokia a repris les activités connectées de l’entreprise française Withings et à travers l’application “Health Mate” Nokia va proposer un panneau résumant les principaux indicateurs santé à prendre en compte. C’est un grand progrès par rapport aux objets connectés qui en général s’articulaient autour d’un flux de mesures souvent beaucoup trop important en données pour comprendre quoi que ce soit. Le partage le médecin sera facilité et un « coach » intégré assistera l’utilisateur dans la réalisation de ses objectifs.
  • Une gélule connectée pour suivre en temps réel la température des patients est testée lors d’opération chirurgicale. C’est une donnée clé mais souvent encombrante à prendre en salle d’opération,
  • Le CSEM (Centre de Recherche à Neuchâtel) et le CHUV (Hôpitaux vaudois) viennent d’expérimenter un appareil de mesure intégrant plusieurs capteurs connectés aux appareils de visionnement dans un bloc opératoire. Cet appareil de type multifonctionnalité est capable de remplacer beaucoup d’autres limitant ainsi l’encombrement d’une salle d’opération.
  • Une diversité nouvelle sous la forme de balance intelligente proposée par Withings/Nokia. Le pèse-personne Wifi qui enregistre les données et les traduit sous forme de courbes pouvant communiquer avec Microsoft HealthVault, ou bien son tensiomètre qui permet d’avoir une lecture de sa tension artérielle et de la communiquer directement à son médecin traitant.
  • Les smartphones sont à la base de l’Internet des Objets. Ils fournissent déjà aujourd’hui énormément de données à notre insu comme par exemple, celles liées à la géolocalisation. Ainsi Apple a une application santé pour smartphone qui aujourd’hui ne représente que l’embryon de ce que la compagnie de Cupertino prépare son entrée probable pour accentuer sa présence dans le monde médical.
  • La montre connectée est sans doute l’objet le plus emblématique du futur de l’Internet des Objets. Occupant une place privilégiée sur le poignet, lieu privilégié pour la mesure du poult, la montre connectée peut faire davantage. Les recherches actuelles montrent que grâce à cette position, on va pouvoir effectuer toutes sortes de mesures clés pour certaines maladies allant des troubles cardio-vasculaires au diabète, etc.

Cette liste pourrait encore s’allonger sans difficulté … mais arrêtons-nous là pour laisser la place à la réflexion.

L’IoT va changer profondément notre rapport à la médecine en nous propulsant au centre du dispositif.

Demain, ce ne sera plus le médecin la personne clé du système de santé, mais bien nous !

 

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*Pour en savoir plus sur l’IoT à lire ce livre sur l’émancipation des objets.

Santé : L’enjeu mortel du numérique

Le contexte: Arrive le temps de fédérer les données provenant de sources aussi diverses que le corps, la nourriture, les efforts physiques, la pollution, les nouveaux comportements… une nouvelle science médicale  va naître– elle portera sur la santé au sens large. Elle sera avant tout numérique!

Croiser les données, faire déborder les pratiques et les savoirs, voilà le véritable avenir de la recherche dans le domaine de la santé. Les techniques du Big Data et de Data Analytics vont dans ce champ bousculer les anciennes certitudes pour accroître la valeur des actes médicaux et leur utilité. Avoir uniquement des mesures et du nombre (Data) n’apporte souvent pas grand-chose, mais les confronter au reste des relations (Link), en les triant, croisant et comparant pour extraire des régularités, peut permettre de découvrir du sens. Une histoire totalement nouvelle de la santé s’écrit et prend du sens pour l’utilisateur : il peut comprendre en direct sa santé.

L’exploitation de nouvelles technologies, par exemple avec des capteurs, pourrait aussi ouvrir de nouveaux champs d’exploration.

Ainsi en géolocalisant chaque mouvement, chaque déplacement et en le corrélant aux caractéristiques géographiques locales (exposition aux conditions environnementales, aux modes de vie et de consommation rurale ou urbaine, etc.) mais aussi à l’individu, par exemple à son cycle de sommeil et ses activités physiques ou encore à la musique écoutée, etc., on définirait une toute nouvelle approche pour la médecine.

Les grandes entreprises de la Pharma (Roche et Novartis en tête) l’ont bien compris…elles achètent à tour de bras les start-ups du Digital Health, mais les grands centres hospitaliers aussi, comme Mayo Clinic ou Massachusetts General Hospital par exemple. Ces centres engagent des data scientists et des chercheurs en AI (Artificial Intelligence). Bref, tous les acteurs historiques s’y mettent.

Il est plus que certain que le domaine de la santé attire du monde, des idées et des acteurs industriels avides de succès.

Pour preuve de cet élan nouveau, il suffit de regarder la multiplication considérable du nombre de plateformes médicales.

Tour d’horizon des nouvelles forces montantes

On commence bien sûr par celle d’Apple iHealth, de Google Fit, de Nokia Healthcare qui vient d’intégrer Withings ou encore le Healthsuite de Philips, le Microsoft Azure Health Ecosystem, sans oublier IBM et Watson ou les Siemens, GE et autres grandes compagnies européennes ou américaines des technologies médicales (Medtronic, HP, Baxter, Stryker, Johnson & Johnson, Zimmer).

Évidemment, il ne faudrait pas oublier dans cette liste les entreprises asiatiques en devenir avec à leur tête Samsung et les entreprises chinoises de Lepu Medical Technology. Les Asiatiques sont aujourd’hui dans le domaine de la santé en infériorité en termes de pénétration des marchés mais si l’on regarde leurs parcours dans le numérique, hors de doute qu’elles seront fortement présentes aussi.

Bref, le marché du Digital Health et de ses plateformes est de plus en plus convoité.

L’affrontement semble être inévitable. Pas uniquement chez les grands acteurs traditionnels (Pharma) ou non (ICT) mais aussi chez les start-up du Digital Health ou encore sur des marchés annexes qui offrent par exemple d’autres propositions d’intégration comme Validic ou Dacadoo, ces compagnies connectent les appareils, les applications et les fournisseurs de services.

De ce bouillonnement d’innovation, serait-il vraiment insensé de penser qu’il en sortira forcément une transformation profonde de la pratique médicale et de l’organisation du système de santé ?

Vu les forces en présence il faut s’attendre à des affrontements multiples.

Par exemple, deux affrontements paraissent inévitables.

Le premier entre les tenants du système de santé que nous connaissons bien, et les nouveaux entrants (les nouveaux) prétendants qui sauront apporter des produits et des services qui rebattront les cartes.

Le second, entre les nouveaux entrants eux-mêmes dont les produits et les services nouveaux seront retenus ou rejetés par les utilisateurs.

Le numérique sera le terrain de ces conflits.

 

pour en savoir plus lire de l’auteur le livre Santé 4.0 aux éditons GEORG 

 

CVS-AETNA: le début du grand chambardement dans la Santé?

L’accord CVS-Aetna est en réalité une réaction à Amazon, qui apparaît de plus en plus comme un « Game changer ». Nous sommes bien dans le monde d’Amazon et nous vivons juste dedans.

Démonstration:

Le géant du commerce de détail a déjà transformé la façon dont les commerçants du monde entier fonctionnent. Maintenant, les efforts d’Amazon pour entrer dans l’industrie de la Santé ont conduit deux grandes entreprises américaines (CVS ET AETNA) à faire l’une des plus grosses transactions de l’année, signalant ainsi des changements majeurs dans la façon dont les Américains achèteront à l’avenir des médicaments mais aussi comment ils seront traités face à la maladie.

La chaîne de pharmacies CVS Health a décidé hier (3 décembre) d’acheter Aetna, l’une des plus grandes compagnies d’assurance aux Etats-Unis, pour environ 69 milliards de dollars.  C’est une acquisition qui pourrait créer un nouveau modèle pour l’ensemble de l’industrie de la santé, avec CVS ​​susceptible de commencer à offrir des services de soins primaires et des suivis médicaux directement à partir de ses pharmacies et « Walk-in » cliniques sans rendez-vous (en Suisse l’équivalent c’est Medbase de Migros).

Cette affaire semble être une conséquence directe du penchant d’Amazon pour la perturbation des modèles àconomiques. Les analystes estiment que CVS a raflé Aetna pour rester compétitif face à Amazon, qui a fait plusieurs démarches cette année pour faire face à la concurrence des compagnies pharmaceutiques.

En octobre dernier, la chaîne d’information CNBC a rapporté que l’entreprise de Seattle cherchait à embaucher un directeur général pour développer une stratégie pour entrer dans le secteur pharmaceutique. Puis le mot s’est répandu qu’Amazon avait acquis des licences de pharmacie dans une douzaine d’états.  La compagnie a dit qu’elle l’a fait pour vendre des fournitures médicales, mais le mouvement positionne Amazon pour vendre des médicaments « on-ligne », au cas où. Et juste la semaine dernière, des rapports ont circulé qu’Amazon avait tenu des discussions préliminaires avec les fabricants de médicaments génériques Mylan et Sandoz.

On ne sait pas si Amazon est intéressé à vendre des médicaments aux consommateurs ou à agir en tant que grossiste en médicaments. De toute façon, les actions récentes de l’entreprise ont rendu l’industrie de la pharmacie nerveuse, très nerveuse. “CVS ne l’admettra jamais, mais c’est ce genre de pivot qu’Amazon fait”, a déclaré Trip Miller, associé gérant de Gullane Capital Partners, un actionnaire minoritaire d’Amazon, à The Street. “Ce qu’ils font maintenant est définitivement basé sur le seul intérêt d’Amazon.”

Le fait que CVS ait acheté Aetna sans avoir une idée claire des plans d’Amazon est un témoignage de la réputation du géant de la technologie qui secoue des industries allant des livres aux vêtements, en passant par la télévision et l’épicerie.

Les acteurs de l’industrie savent quand Amazon envisage une nouvelle activité, ceux qui attendent trop longtemps pour réagir vont se retrouver en position assise. A suivre…

 

(source : Quartz)

le “machine learning” remplace les radiologues: économie en vue!

Un article scientifique paru dans le prestigieux New England Journal of Medicine fait, depuis, trembler le monde des radiologues. Ecrit par le Dr Obermeyer, de la Harvard Medical School, et son collègue Emanuel, de l’Université de Pennsylvanie, il décrit comment les nouvelles techniques de l’intelligence artificielle, qui s’appuient sur le big data et le machine learning, vont remplacer très avantageusement, à terme, les médecins radiologues, en fournissant analyses et diag­nostics en temps réel et sans beaucoup de frais!

C’est sans doute par là que tout va commencer. La médecine est à la veille d’une révolution sans précédent: celle du numérique (digital health).

La radiologie qui, aujourd’hui, coûte beaucoup d’argent au système de santé, est une cible privilégiée des innovateurs du digital health. En effet, lorsque vous voulez pénétrer un métier, celui de la médecine en l’occurrence, autant commencer là où il y a des marges, de grosses marges. Ainsi, si vous entrez dans le champ des radiologues et que vous pouvez offrir un meilleur service tout en cassant les coûts, alors vous êtes sûr d’obtenir un large soutien… notamment de la population, et des politiques par conséquent.

C’est certainement comme cela que tout va commencer pour la réduction des coûts tant attendue dans le système de santé.

L’analyse des images est le champ d’activité de prédilection pour les algorithmes auto-apprenants, car ces dernières sont excellentes dans la reconnaissance de formes. Le suisse Reto Wyss, de la start-up ViDi, à Fribourg, en est d’ailleurs l’un des représentants les plus talentueux. Mondialement connu, il fait lire et interpréter à ses algorithmes autoapprenants à peu près n’importe quelle vidéo. Chercher une pièce défectueuse à la sortie d’une chaîne de production ou un globule blanc anormal au milieu de milliers d’autres fait partie de ses prouesses. Alors imaginez analyser une radio… un jeu d’enfant!

Ces algorithmes ne sont pas de type systèmes experts comme jusqu’alors, car ils ne fonctionnent pas sur une expertise préétablie et normalisée dans des bases de données. Non, ils ne cessent d’apprendre et de se perfectionner avec le flux constant de big data provenant de milliers d’expériences, car plus vous les alimentez en données provenant de cas concrets, plus ils s’améliorent. Ils finissent par fonctionner parfaitement. Ce sera fatal à l’être humain, qui atteint finalement toujours assez vite ses limites, contrairement à ce type de «machine».

Le machine learning, nom donné à cette discipline de l’intelligence artificielle, n’a pas fini de transformer notre monde car, dès le moment où vous avez besoin d’analyser et/ou d’interpréter des images numérisées, personne au monde n’est meilleur ni plus rapide que ces machines intelligentes et virtuelles.

Ainsi, la médecine fera de plus en plus appel à ces techniques et donc, demain, des métiers vont changer drastiquement, voire disparaître simplement, comme celui des radiologues!

Personne ne va pleurer la fin des radiologues, ni même celle des notaires (qui eux seront anéanti par les blockchains comme nous l’avions montré dans une chronique précédente) … mais il serait bon tout de même de faire un bilan prévisionnel de ce qui pourrait se passer à terme dans le système médical.

En effet, on est peut-être dans ce domaine à l’aube de l’une des plus grandes révolutions humaines: celle du digital! … et c’est primordial de s’y intéresser car celle-ci concerne quand même nos vies.

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Références: NEJM, 29-9-16, Vol. 375:13, pp. 1,216-1,219

 

Arc Lémanique: le concept de “Health Valley” n’existe pas !

Le concept de Health Valley qui est “vendu” depuis quelques années par quelques scientifiques et politiciens romands est un leurre.

Explications:

Dans le domaine de la Santé: la Métropole lémanique n’a ni la masse critique (aucune des 10 compagnies les plus dynamiques au Monde n’est basée dans la région) et encore moins la température critique (pas assez de start-ups y sont créées chaque année). Bref, parler de Health Valley c’est pas correct … du tout!

Donc essayons d’éviter d’utiliser des termes comme : Bio Valley, Health Valley, etc., qui renvoient à des réalités toutes autres.

Alors pourquoi pas réfléchir et agir de manière “plus large” en cherchant à associer d’autres secteurs économiques proches de la Santé comme la nutrition, le sport, le MedTech, le Quantified Self (y compris la montre connectée), l’Internet des Objets, le “machine learning” et les Big Data du Digital Health, sans oublier le bien-être ou l’hygiène de vie, etc.

Les métropoles de demain vont évoluer vers ce concept d’innovation “étendue” et tout particulièrement la Métropole lémanique. Elle va ainsi pouvoir profiter de son avantage compétitif en étant au cœur de ce nouveau changement.

En effet, plusieurs des nouveaux acteurs du secteur tels que Nestlé, l’Internet Society, le CIO et les organisations internationales du sport, de l’environnement (WWF) ou encore des régulateurs puissants comme l’OMS, l’OMC ou l’ISO sont sur son territoire.

Ces acteurs vont être tout à fait déterminants dans la manière dont le secteur de la santé, au sens large, va se transformer.

Mais il ne faut pas pour autant parler de Health Valley mais plutôt de Health @ Large. 

Ce qui compte aujourd’hui c’est de transformer notre économie pas de la maintenir … sur d’ancienne base …

Développons:

La force représentative des mots et des concepts est fondamentale à la chose politique.

L’innovation et le développement économique n’échappent pas à la règle. Lorsque des noms comme Silicon Valley ou Cluster sont prononcés dans l’arène politique, cela peut déboucher sur des changements législatifs (lois), administratifs (ordonnances d’application) ou financiers (réallocation budgétaire).

Nous entendons par là qu’il y a des conséquences pouvant être lourdes selon l’usage de telle ou telle appellation. Il est donc très important de trouver le bon vocabulaire, le bon phrasé ou si possible le bon storytelling au vue des importants changements ou transformations en cours. Ainsi les vieilles expressions auront tendance à maintenir en place de vieux schémas politiques inadéquats.

Aujourd’hui deux termes obsolètes continuent pourtant à dominer outrageusement les politiques d’innovation et de développement économique dans la plupart des pays : ce sont les termes de Silicon Valley et de Cluster. Ils faut en finir avec eux!

Dans les années 70, le journaliste californien Don Hoefler forgea le terme de Silicon Valley pour désigner à la fois la région du sud de San Francisco et marquer la présence de nombreuses entreprises du secteur de l’électronique et de l’informatique. Le terme est resté dans l’imaginaire politique comme une métaphore de l’innovation technologique qu’il fallait absolument copier. Cependant on oublie souvent de considérer que le moteur même de l’innovation “made in Silicon Valley” est porté par un système d’ingénierie financière très particulier, basé sur le Venture Capital, les options à terme, un marché des IPO, et surtout une conception de l’enrichissement de quelques-uns autour de la valorisation souvent extraordinaire de la start-up elle-même. Il faut donc en même temps un environnement légal, juridique et administratif ainsi qu’un environnement sociétal autorisant ces mécanismes d’enrichissement, que peu de pays n’ont mis en place. Les politiques se sont souvent trompées en interprétant presque exclusivement ce processus comme un rapprochement du monde universitaire et du monde économique qu’il suffirait d’organiser pour rafler la mise. C’est un peu court. Lorsqu’il y a de belles affaires à faire, le monde économique trouve toujours son chemin. La création de parcs technologiques fut une réponse trouvée par les politiques à la question de l’innovation. N’oublions pas que Mellon Park, souvent cité comme exemple, a été précisément conçu (en 1949) pour garder des entreprises naissantes dans l’environnement de l’université de Stanford alors terriblement isolée. C’était un concept très différent de ce qui est généralement imaginé: il ne s’agissait pas d’attirer les entreprises mais de les garder !

Au bout du compte, personne ou presque n’a pu copier le modèle de la Silicon Valley ou même s’en inspirer valablement. Ce modèle est-il toujours d’actualité alors qu’un nouveau émerge ? Nous y reviendrons plus loin.

En 1990, le Professeur Michael Porter de l’Université de Harvard proposa le concept de Cluster pour désigner des pôles de compétitivité régionale basés sur une forte concentration d’entreprises et centres de recherche, notamment universitaires, dans un secteur économique précis. Le concept reposait sur deux idées-clé: une forte concentration géographique et une forte concentration de compétences sectorielles. Une émulation globale du secteur ainsi rassemblé était espérée, mettant en avant le principe de la masse critique.

Les politiques nationales et régionales se sont alors rapidement emparées du concept, car à la fois simple à comprendre et à mettre en œuvre. Pour former un Cluster, il suffisait d’identifier un territoire doté d’un domaine de compétences propres et de l’accroître en attirant d’autres entreprises et d’autres compétences de recherche. C’était du ressort des gouvernements : une politique de type exogène articulant allégements fiscaux et adaptation des conditions législatives ou administratives.

Dans un premier temps, le succès de ces politiques a répondu aux différents besoins, notamment en termes de croissance de l’emploi. Mais très vite, elles se sont avérées coûteuses et surtout porteuses de déséquilibre fiscal d’un Etat à l’autre, d’une région à l’autre. La conséquence prévisible, à moyen terme, est la montée en puissance de politiques de régulation, qui minorent la compétition fiscale et restaurent des pondérations favorisant une plus grande solidarité. Dans le même temps, de petits regroupements insignifiants, au niveau global, ont fait irruption, soutenus par des politiciens locaux et aveuglés par la nécessité de l’action publique. A tel point que la multiplication excessive de Clusters et de pôles de compétitivité, sans réel potentiel d’agrégation économique, a constitué un important écueil en décrédibilisant l’approche.

Au-delà des premières réussites, le concept s’est révélé inopérant dans la mesure où sa généralisation a dissous les particularismes propres à quelques territoires bien choisis et a estompé leurs effets compétitifs spécifiques. Certaines régions, pour des raisons d’échelle et de position dominante, continueront naturellement à profiter de l’effet de masse. Pour les autres, en revanche, le jeu est terminé.

Il faut donc maintenant passer à autre chose.

Deux nouveaux concepts déterminants émergent donc aujourd’hui : écosystème et spillover.

Ces deux concepts demandent à être compris par le monde politique et l’exemple du domaine de la santé pourrait être une occasion rêvée d’y parvenir.

Les nouvelles perspectives qui s’ouvrent sur la question de la santé — prise au sens large — permettent en effet de bien saisir la portée stratégique des écosystèmes et du spillover. Si l’on considère la Métropole lémanique – même si elle ne présente pas véritablement une masse critique, ni ne constitue un authentique Cluster, ou n’offre encore moins les caractéristiques d’une Silicon Valley – il faut néanmoins lui reconnaître la présence sur son territoire d’un nombre essentiel d’acteurs pour le futur du domaine de la santé que sont la nutrition, le sport, l’environnement, internet et les softs laws. Personne ne doute de la qualité exceptionnelle de la région.

La diversité de son tissu économique en fait une force pour demain.L’interaction entre les secteurs économiques et les domaines de connaissances priment désormais. C’est la fin du mode de la séparation, si chère à la science et à l’industrie. Demain, il n’y aura plus de grande distinction entre “soft” et “hard” (comme dans l’informatique par exemple). Les concepts d’écosystème et de spillover peuvent, mieux que n’importe quels autres, rendre compréhensible la nouvelle réalité sociétale et économique. La mise en lumière de cette transformation est fondamentale, aussi bien pour les politiques publiques que pour les populations.

Les acteurs de l’internet, de l’environnement, de la nutrition, des sports et des soft regulations seront demain les moteurs de profonds changements dans le domaine de la santé – au sens large – comme l’ont été la pharma, la biotech ou le medtech ces dernières cinquante années.

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définitions:

1.- écosystème

En écologie, un écosystème est l’ensemble de la faune et de la flore réunies dans un espace naturel. Il est composé de producteurs (les plantes), de consommateurs (les animaux) et de bio-réducteurs (micro-organismes) qui sont aidés par l’énergie du soleil. Par analogie en économie, un écosystème est composé de l’ensemble des gens, des infrastructures, des lois et des acteurs économiques et institutionnels composant un territoire. (Source Wikipedia)

2.- Spillover

En économie, l’effet de spillover désigne une action, un transfert provoqué par un ou plusieurs facteurs externes. Cela peut être l’arrivée d’une nouvelle technologie, qui va changer les manières de faire industrielles (par exemple l’arrivée des commandes numériques dans l’industrie de la machine-outil dans les années 60-70), ou encore l’implantation d’une nouvelle entreprise, qui va créer des activités économiques nouvelles (par exemple l’implantation massive des traders de commodities à Genève dans les années 90-2000) ou enfin un transfert sociétal, organisationnel ou culturel majeur (ONU à Genève, CERN à Genève, Ballet Béjart à Lausanne). Le spillover, bien que très mal compris par les politiciens, est un facteur de changement bien plus significatif que normalement décrit.