Un industriel romand dépollue les bateaux de croisière

Un bateau de croisière peut émettre en une journée autant de particules fines qu’un million de voitures… sachez qu’il y existe une société suisse qui s’attaque à ce fléau: Cla-Val. Interview avec son directeur Hugo van Buel.

Pouvez-vous décrire votre méthode de dépollution des navires?

Ce sont essentiellement les émissions d’oxydes d’azote et d’oxydes de soufre qui sont très significatives pour la pollution de l’air. Les technologies employées consistent à «laver» les fumées d’échappement d’un navire pour éliminer celles-ci dont la teneur est, depuis peu, réglementée dans certaines zones du monde. Les boues générées par ces lavages doivent être traitées au même titre qu’une station d’épuration. Ce n’est à proprement parler pas une méthode de notre société de dépollution des gaz d’échappement des navires mais notre société fournit les vannes de régulation pour contrôler débit et pression de l’eau dans les unités de dépollution.

En quoi votre société a un savoir-faire spécifique?

La particularité d’un navire est qu’il se déplace, dès lors en cas de panne une intervention en pleine mer est toujours délicate. La première valeur ajoutée de nos vannes de régulation est la garantie d’un fonctionnement 24h/24h ainsi qu’un réseau de service après-vente dans la majeure partie des ports du monde. Un deuxième aspect fondamental tient au type d’eau utilisée, en effet les eaux de mer sont très corrosives et nos vannes de régulations doivent être conçues dans des matériaux nobles tel que les monels et autres aciers inoxydables.

Que peut espérer le grand public de votre action… et le politique?

Le grand public a déjà réagi aux accostages des grands bateaux de croisières dans des lieux idylliques en faisant pression pour obtenir des réductions des émissions nocives. Plusieurs réglementations ont été introduites dans diverses zones de la planète. En Europe (mer du Nord, mer Baltique), depuis le 1er janvier 2015 les émissions de soufre sont contrôlées. Depuis le 1er janvier 2016, les Etats-Unis ont introduit des réglementations dans les zones touristiques telles que les Caraïbes. Le grand public respirera un air bien meilleur en se souvenant qu’un navire de croisière pollue autant qu’un million de voitures. Plusieurs réglementations vont encore être introduites.

Cette année Cla-Val va équiper environ 400 navires, soit une masse colossale d’émissions réduites dans le monde. A l’échelle suisse, le politique n’en retire rien car ils n’ont pas saisi que l’économie verte est déjà très industrialisée au sein de leurs entreprises. D’une manière générale le politique connaît mal ses entreprises.

De manière plus générale: c’est à l’économie ou à la politique de résoudre les grands problèmes de pollution?

Je dirai que l’un ne va pas sans l’autre. Les politiques doivent définir un cadre dans lequel l’économie peut évoluer et apporter des solutions. L’exemple maritime est intéressant car tous les acteurs s’accordent à dire que des carburants à bas taux de soufre sont la clé pour la réduction massive des émissions des navires mais personne ne va bouger tant que les règles ne peuvent s’appliquer à l’entier des acteurs. Le politique a donc son rôle à jouer.

Fréquemment, et c’est surtout vrai ces dernières décennies avec les problèmes environnementaux, la tentation du politique est d’outrepasser son rôle en devenant un acteur économique ce qui fausse le marché et, paradoxalement, freine l’adoption d’une technologie environnementale, les médias s’en font régulièrement l’écho.

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

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