Horlogerie suisse : les volumes, en chute libre, annonciateurs de crise?

Ernst Thomke, l’un des pères de la Swatch, l’annonçait déjà dans les années 80, l’horlogerie suisse ne doit pas perdre les volumes. A savoir la capacité industrielle de produire des montres en grand nombre. Ce n’est pas seulement une question de rentabilité pour les marques mais surtout de posséder et de maintenir un appareil de production de qualité et rentable.

Inspiré notamment par l’évolution du marché de l’automobile…les horlogers suisses devraient à nouveau y songer en période de forte baisse des volumes (-9,1% selon le dernier communiqué de presse de la fédération horlogère). Dans l’automobile donc : « d’un produit haut de gamme avec fortes marges bénéficiaires qu’il était jusqu’à la fin des années 80, l’industrie est devenue désormais une commodité, au sens économique du terme, ce qui signifie que sa marge bénéficiaire est très faible, ce qui requiert donc de forts volumes de ventes », note le professeur Pineade à HEC Montréal.

Dans l’industrie automobile, les marges bénéficiaires sont de 15 %. Donc pour une voiture à 30 000 CHF, le fabricant gagnera un maximum de 4500 CHF. Ceci avant les rabais et autres frais, si bien que sa marge bénéficiaire nette tourne plutôt autour de 1 %. C’est 300 CHF pour un véhicule d’une valeur de 30 000 CHF !

Il faut donc vendre beaucoup de voitures et, pour ce faire, il faut produire beaucoup de publicité. C’est pourquoi près de 40 % des messages publicitaires diffusés à la radio et à la télé concerne les voitures !

Cette mutation de l’industrie a aussi eu des répercussions sur le parc automobile.

En Suisse le parc a doublé en 40 ans.

Pour la montre cela se complique. Il est difficile de vendre plus. Seul la Swatch dans les années 80/90 y a réussi … donc les horlogers ont choisi de vendre plus cher. En gros, les prix ont doublé depuis l’an 2000.

Mais on arrive à la fin de ce cycle.

Donc l’équation horlogère se complique : les volumes baissent et les prix stagnent !

Il va falloir changer : l’IA va peut-être amener une solution dans sa capacité d’invention de nouveaux modèles économiques

À suivre …

 

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

Une réponse à “Horlogerie suisse : les volumes, en chute libre, annonciateurs de crise?

  1. Sans aucune prétention, étant simple citoyen retraité, je me permets de poser la question du modèle dans lequel cette explication tient.
    Actuellement, il me semble qu’une conscience collective de la consommation se modifie. Les citoyens étant (peut-être) moins envieux de la nouveauté, et plus désireux de produits durables, efficaces et réparables.
    On voit, par exemple, cette prise de conscience vis à vis de l’automobile où le ressort de la décision d’achat était très lié à la “mode” et pas à l’utilité. Les clients deviennent usager des transports…les voitures n’ont plus d’innovation esthétique ou à la marge.. et techniquement, à part l’électrification des motorisations, ce qui est apporté par l’électronique relève plus du gadget que la réponse à de vrais besoins.
    On pourrait imaginer des matériels qui puissent être réparés ou améliorés par des mises à niveau (un peu comme les logiciels) , en remplaçant seulement un module de l’objet et non pas l’objet complet, apportant une réponse à de nouveaux besoins ou s’adaptant à l’évolution technologique.
    Ainsi on propose à un objet de poursuivre son usage plutôt que de finir dans une décharge à la première innovation ou panne venue.
    Il s’en suit une modification des modèles de fabrication et même des choix des techniques de construction et d’entretien.
    -Une réorganisation des structures commerciales et de SAV pour vendre l’innovation et pas forcément un nouveau produit…
    -Un recyclage de la matière première et une moindre consommation des ressources primaires de la planète.
    Est-ce une piste de réflexion?
    Et la Suisse qui a déjà une réputation de qualité enviée est, de mon point de vue, particulièrement bien placée.

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