(R)évolution industrielle: de la machine à vapeur au machine learning

L’évolution des sociétés avance par à coup. Elle est souvent dictée par les grandes découvertes technologiques comme l’imprimerie, la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité ou encore Internet. Mais ce qui change à chaque fois, c’est notre rapport aux autres et à la société à travers de nouvelles lois et de nouvelles institutions, sans oublier aussi nos rapports nouveaux aux objets, aux outils et surtout aux machines. Ainsi le rapport de l’homme à la machine est évidemment central dans cette (r)évolution. On pourrait même qualifier les quatre révolutions industrielles à travers quatre marqueurs montrant nos nouveaux rapports.

Démonstration:

D’abord, la « machine à vapeur » va produire de l’énergie à volonté pour la production et les transports de l’homo-industriel. Le chemin de fer sera l’objet révolutionnaire de cette époque. Puis la « machine-outil » va amplifier la force et les mouvements de la main de l’homme. La production automobile à la chaîne (la Ford T) en sera le marqueur. Puis viendra l’électronique d’après-guerre et l’automatisation. La programmation : c’est la naissance de la « machine à commande numérique » et des « robots ». L’Intelligence Artificielle et en particulier le « machine learning » prennent aujourd’hui le relais. On assiste à l’émergence de machines et d’objets capables de s’autoprogrammer ! Ainsi on pourrait s’imaginer que la machine va libérer petit à petit l’homme des tâches de production. La boucle est bouclée. L’homo-cognitif pourra retourner à la nature et se promener. Le « Jardin d’Eden « se fabrique à nouveau sous nos yeux. Bien sûr ce n’est qu’une parabole. La réalité est plus complexe.

Bref récit d’une nouvelle émancipation.

Les données sont au centre de la transformation. Elles sont produites en quantités inimaginables par ces nouveaux objets. On peut même dire que les Big Data sont nées avec les smartphones. Personne n’en parlait auparavant car il n’y en avait pas autant. Maîtriser ce flot de données sera confié aux « data scientist » qui sont en train de surgir. Ils s’appuieront rapidement sur des procédures d’automatisation empruntées à l’Intelligence Artificielle.

Dès lors que l’auto-programmation devient la règle comme pour la voiture autonome, les assistants numériques (Siri, Alexa, Google Now, etc.), les drones de guerre, les applications de santé « augmentée » ou encore la machine-outil, on change de monde.

Il ne s’agit donc plus d’un rapport hiérarchique entre les hommes et les objets manipulés par nous mais bien d’objets qui dictent leur conduite. La voiture suit son chemin, le téléphone organise notre calendrier en prenant la liberté de fixer les rendez-vous, le drone tue de manière chirurgicale et la médecine guérit avec précision en quelque sorte sans coup férir. Ce n’est pas tant notre nouveau rapport aux objets qui choque mais bien cette inversion de l’ordre, de la chaîne de commandement. L’objet dicte son rythme et nous devrons nous adapter. Telle est la nouvelle réalité qui se dessine.

Encore une dernière réflexion sur l’enjeu économique que cela peut représenter.

Il est clair que les régions industrielles qui sauront maîtriser les compétences en Big Data, en IOT, en IA  grâce à de « Nouveaux Modèles d’Affaires » seront les régions vainqueurs de demain.

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

Une réponse à “(R)évolution industrielle: de la machine à vapeur au machine learning

  1. Je suis d’accord avec votre appréciation d’une amélioration rapide, progressive et surprenante de nos outils. Mais, sauf si je vous ai mal compris, je pense malgré tout que l’homme gardera toujours une vision d’avance et donc un très net avantage sur la machine.
    Accessoirement il suffira aussi de débrancher la machine pour s’accorder un temps de réflexion afin de corriger ses erreurs de fonctionnement.

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