Des gains en productivité… pour une médecine au service des gens !

Dans le domaine de la santé, la loi de Baumol sur la croissance déséquilibrée (loi qui démontrait que des services tels que santé, éducation, spectacles vivant n’étaient pas susceptibles de dégager des gains de productivité) se trouve aujourd’hui remise en cause. En effet, l’Intelligence Artificielle peut produire un changement de paradigme (voir livre : Médecine Augmentée de Daniel Walch et Xavier Comtesse, éditions G d’Encre).

La santé connaîtra en particulier des gains de productivité. Ainsi, les coûts croissants dans ce secteur ne relèvent plus de la fatalité. Conjuguer les technologies de l’information à l’IA, même si nous ne sommes pas encore sûrs de toutes les formes que prendront ces arrangements, ouvre pour la première fois la possibilité de gains de productivité massifs dans ce domaine.

Cependant un point risque de faire problème politiquement : celui de la mise en œuvre. Car il y a un très gros risque à éviter qui tient au fait que les acteurs actuels du système de santé ne sont pas motivés pour entreprendre quoi que ce soit.

Le système aujourd’hui convient grosso modo à tous. Seuls les patients, qui sont aussi des électeurs, voient leur situation se détériorer avec les augmentations systématiques et constantes de leurs primes.

C’est pourquoi nous pensons qu’effacer ce risque tient du devoir politique “au sens large”  .

Comment s’y prendre ?

Sans doute faut-il d’abord respecter les pouvoirs réels du Parlement, à savoir la capacité de légiférer d’une part, et d’attribuer des crédits d’autre part.

En restant strictement dans les compétences du Parlement fédéral, on peut piloter un changement en profondeur qui favorisera l’éclosion des technologies (matérielles et logicielles) pour développer un système de santé « soutenable ».

Pour bien faire, pensons-nous, il faudrait construire une action coordonnée sur quatre axes :

« La régulation (1), l’éducation (2), la recherche (3) et enfin l’innovation (4) »

La régulation d’abord : Les bases légales de SwissMedic pourraient valablement être révisés pour inclure dans le cahier des charges de cette institution la capacité de valider, d’autoriser l’usage de certains algorithmes de l’IA qui favorisent la baisse des coûts du système de santé. Il faut penser en termes de « durabilité » du système et pas seulement en termes de « sécurité ». Une thérapie, un médicament, un dispositif et un algorithme doivent à la fois être efficaces mais aussi acceptables au niveau des coûts pour ne pas mettre en péril tout le système. Cette vision pourrait donc être inscrite dans la loi.

Utopiste ? Pas forcément, car, comme on l’a vu, la très exigeante Food and Drug Administration américaine (FDA) a autorisé la mise sur le marché d’une IA capable de diagnostiquer une déficience visuelle liée au diabète.

L’éducation ensuite :  Introduire dans le « cursus » général de la formation médicale des connaissances et savoir-faire en matière de Big Data, d’IoT et d’IA. Des cours MOOC permettraient de rapidement former des milliers de médecins à ces techniques. De manière plus spécifique, la mise en place de véritables filières de « data scientists » médecins experts en IA devrait être développée. La formation est le premier pilier du changement. Les médecins doivent maîtriser le fonctionnement des technologies et les algorithmes auto-apprenants du futur.

Rappelons que le MOOC de l’Université de Stanford « Machine Learning: Master the Fundamentals » qui couvre entre autres le domaine de la santé, est le MOOC le plus suivi de l’histoire de l’éducation online (plus d’un million d’étudiants). Plus de 20% des meilleurs MOOC du moment aux Etats-Unis concernent l’IA.

La recherche: Par le biais du Fonds National Suisse de la Recherche (Division III), un programme de recherche pour l’amélioration des coûts de la santé utilisant les nouvelles technologies notamment par le recours à l’IA, devrait être lancé. Ce programme inciterait des jeunes chercheurs à s’engager dans une quête qui pourrait déboucher sur de nouvelles idées, voire de nouvelles applications. C’est la meilleure méthode pour créer autour d’une problématique une émulation fructueuse. Pas de plans nationaux (top-down), juste une incitation à la créativité (bottom-up). Pourquoi alors recourir au Fonds national de la recherche et ne pas commanditer directement une ou plusieurs entreprises ? Tout simplement parce que le problème risque d’être récurrent. En effet, de nouvelles pratiques apparaîtront avec le temps et il faudra à nouveau les corriger. Il va falloir donc adapter à nouveau la réponse en fonction de l’évolution des pratiques et ce champ d’investigation risque de devenir une économie en soi.

L’innovation pour finir : InnoSuisse, le fonds pour l’innovation suisse, pourrait aussi s’impliquer afin d’encourager le monde des start-ups et des PME aux enjeux de l’IA. Un grand réservoir d’innovation, notamment en IA, s’offre effectivement à ces entreprises et il faudrait pouvoir soutenir concrètement leurs efforts.

En esquissant rapidement ces quatre axes d’un projet politique qui devrait être national, on comprend comment on peut enclencher le changement. Bien sûr, nous sommes conscients que beaucoup de choses devront être fixées le long du parcours politique d’une telle proposition, mais nous sommes convaincus que la technologie et notamment l’IA, peuvent venir au secours d’un système de santé à bout de souffle et menacé.

 

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

2 réponses à “Des gains en productivité… pour une médecine au service des gens !

  1. Tout à fait en phase avec vous. Et concrètement je m’occupe d’un projet de dépistage précoce de l’autisme grâce à une tablette tactile et un algorithme qui pourrait être utilisé par tous les professionnels de terrain et transformer le parcours de ces enfants et de leur famille. La révolution numérique de la santé est déjà là !

  2. Et si nous songions avant tout à améliorer l’axe de la prévention? Il s’agirait moins de dépister précocement toutes sortes de pathologies qui ne se manifesteront peut-être jamais chez certaines personnes que de se placer dans une perspective de salutogenèse : mettre l’accent non sur la maladie mais sur le potentiel sain et soutenir tout ce qui, individuellement et sociétalement, favorise la santé. Nous aurions à prendre notamment en considération les ressources spirituelles. D’où la nécessité de travailler de manière interdisciplinaire entre recherche médicale, soins, neurosciences et théologie. Moins de Big data et plus de relations humaines mettraient du baume … dans le système de santé !

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