Dispute: vers un nouveau modèle économique de Santé en Suisse ?

Le système de santé en Suisse coûte cher. Il semble même être hors de contrôle. En effet, on assiste depuis plusieurs décennies à une augmentation vertigineuse de celui-ci : doublement des coûts en vingt ans !

Tous les acteurs du système tentent plus ou moins de mettre la faute sur les autres à travers des prises de position de leurs organisations à Berne : SantéSuisse (assureurs), H+ (Hôpitaux), FMH (médecins), Interpharma (industrie pharma), CTM (commission des tarifs), CDS (conseil des directeurs cantonaux de la Santé), association des patients, etc. Tout cela paraît un processus bien vain lorsque l’on constate les résultats : une hausse nettement supérieure à celle de l’inflation. Conséquence : le niveau de vie des citoyens suisses est année après année rogné par l’augmentation des primes d’assurance.

Comment alors arrêter une telle escalade ?

Une idée, qui n’est certainement pas la panacée serait de passer à un modèle de facturation basée sur le temps et pas l’acte.

Il faut savoir qu’aujourd’hui le calcul des remboursements est basé sur l’acte médical. Ainsi la Suisse a mis en place un système fédéral (2004) de tarification extrêmement précise : le TARMED qui décrit plus de 4’600 prestations médicales (ou actes médicaux). Donc le modèle est basé sur le calcul d’une prestation indépendamment de combien de temps prend réellement celle-ci à être exécutée. C’est là que le bât blesse.

En effet, il est facile dans ce modèle de trouver le moyen d’augmenter le nombre d’actes/de prestations. Tant qu’un système est ainsi calculé … il est impossible d’en maîtriser les coûts.

Donc, on devrait imaginer plutôt un système basé sur le temps, comme celui des avocats. La tarification horaire a l’avantage de restreindre fortement les exagérations … on peut par exemple restreindre le temps de facturation légalement admis pour le travail de tous les professionnels de la santé … il ne faut pas oublier que 75% des coûts totaux du système de santé sont liés aux salaires.

Bref un modèle comme celui du tarif horaire, même aménagé en fonction des spécialités et des métiers, freinerait immédiatement l’explosion des coûts de la santé voir même les réduirait…un peu !

Il est bien clair que par rapport à ce type de modèle beaucoup de freins au changement apparaîtrait et il faudrait les lever les uns après les autres.

Vers d’autres modèles ?

La révolution numérique pourrait grandement contribuer à imaginer d’autres modèles notamment par une nouvelle approche par l’IA (voir le livre : médecine augmentée de Daniel Walch et Xavier Comtesse, éditions G d’Encre).

Bien sûr, il y aurait encore d’autres modèles comme celui de l’abonnement mensuel qui vous lirait à un unique groupe médical alliant assurance, clinique, experts et soins palliatifs comme le propose désormais Amazon et JPMorgan à leurs employés.

Changer de modèle dépendrait aujourd’hui d’une décision politique qui serait évidemment très longue à prendre.

Sauf bien sûr si un jour, un acteur majeur décide de changer la donne… songez ici à Amazon, peut-être suivi par d’autres acteurs des GAFA.

Le sort de notre modèle économique de Santé n’a jamais été aussi près … de nous échapper complètement.

Un débat s’impose !

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

Une réponse à “Dispute: vers un nouveau modèle économique de Santé en Suisse ?

  1. Il me semble que c’est la philosophie même du système actuel qui devrait être revue. En effet tout est fait, à coups de franchises et participations, pour décourager les gens de consulter, prétendument parce que sans cela ceux-ci se précipiteraient sans raison impérative chez le médecin à la moindre occasion (c’est vrai que c’est un tel plaisir, en particulier de poireauter un temps interminable dans une salle d’attente :-)!). Résultat, de plus en plus de personnes attendent vraiment le dernier moment pour aller voir leur médecin, lorsque la pathologie a atteint un stade aigu qui demande de longs et coûteux traitements.
    On (les assurances en particulier) devrait au contraire inciter, par exemple par des remises de primes ou des bons pour des consultations, les gens à se faire contrôler régulièrement, ce qui permettrait des détections précoces d’éventuelles maladies, qui pourraient alors être traitées à moindre frais. Après tout, cette obligation de contrôle périodique existe bien pour les voitures; leur “santé” est-elle plus importante que celle de la population?!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *