« L’intelligence artificielle ne remplacera pas les médecins. Mais les médecins qui utiliseront l’IA remplaceront ceux qui ne le feront pas » 

Avec la collaboration de Daniel Walch, directeur général du GHOL

À l’aube de la quatrième révolution industrielle, nombreux sont ceux qui craignent que les robots et l’automatisation ne prennent leur place de travail.

Ce type de craintes n’est pas nouveau : déjà au XIXe siècle, les membres du mouvement Luddite – ouvriers et tisserands – ont  même physiquement détruit leur appareil de production lors de la première révolution industrielle en Angleterre.

Aujourd’hui, les mêmes craintes apparaissent à propos de l’intelligence artificielle, y compris dans le secteur de la santé. Par exemple, avec l’IA qui prendrait la place des radiologues, des robots qui surpasseraient les compétences des chirurgiens, etc.

Des voix comme celle de Martin Ford (l’un des observateurs les plus avisés des mutations de la Silicon Valley) ne rassurent guère. Il a déclaré dans son récent livre : L’AVÈNEMENT DES MACHINES que les robots remplaceront 50% de tous les emplois au cours des prochaines décennies. Et qu’au niveau politique, la réponse la plus populaire est l’introduction d’un revenu de base universel qui donnerait à chacun juste assez d’argent pour vivre tout en incitant les individus à prendre des risques en créant une entreprise, en retournant à l’école ou en endossant une nouvelle carrière.

Alors que ces réponses aux défis de l’automatisation et des technologies numériques ne sont que des idées pour le moment – à l’exception de l’expérience entreprise de manière limitée en Finlande avec un revenu de base universel -, il est naturel que les gens s’inquiètent de ce changement fondamental.

En médecine aussi, des craintes se font déjà sentir alors que l’on peut s’imaginer que certaines de futures tâches assurées par l’IA libéreront du temps. Les professionnels restent souvent très sceptiques.

Pourtant il paraît inévitable qu’à l’avenir, la majorité des médecins diagnostiqueront, prescriront et suivront leurs patients grâce à l’IA avec la performance de l’acte médical augmenté par le matériel, les logiciels issus de ce dernier. C’est une situation comparable à celle du pilote en aviation. Le pilote automatique n’a pas remplacé les vrais pilotes, elle a juste augmenté leurs capacités. Sur les très longs vols, il est pratique d’allumer le pilote automatique mais totalement inutile lorsque vous avez besoin d’un jugement rapide. Ainsi, la combinaison des humains et des machines est la solution gagnante. Et ce sera la même chose dans le domaine des soins de santé.

Le GPS qui équipe nos voitures et nos téléphones portables est un autre exemple. Selon les estimations, le nombre de terminaux GPS opérationnels dans le monde est estimé autour de sept milliards. Qui souhaite encore aujourd’hui se passer de cette assistance ?

Nous n’acceptons pas une vision du monde qui s’apparenterait à une sorte de Platonisme de l’ère de l’IA ! Nous pensons erroné l’idée d’une double nature des choses : d’une part, des êtres naturels et d’autre part, des êtres artificiels. Voire une hiérarchie entre des êtres et des sous-êtres… L’IA doit être pensée comme une augmentation de l’intelligence.

Elle ne remplacera pas les médecins. Elle augmentera leur productivité et leurs performances. Elle permettra, nous l’espérons, d’augmenter le temps qu’ils consacrent aux patients en détresse pour les accueillir, les écouter et les soulager.  Hippocrate mais pas Platon !

Ainsi on peut affirmer que : « L’intelligence artificielle ne remplacera pas les médecins. Mais les médecins qui utiliseront l’IA remplaceront ceux qui ne le feront pas ».

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève.

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