La loi de Baumol contre les coûts de la Santé ?

en collaboration avec Daniel Walch, directeur général du GHOL.

Dans le domaine de la santé, la loi de Baumol, sur l’absence de gains en productivité malgré la croissance du secteur, touche-t-elle à sa fin ?  Cette loi (voir définition ci-dessous) démontrait que les services du secteur public (santé, éducation, culture, …) n’étaient pas susceptibles de dégager des gains de productivité, se trouve être aujourd’hui infirmée par l’usage des nouvelles technologies du numériques et notamment de l’IA.

Comme nous l’avons démontré dans les nombreux blogs publiés sous cette rubrique, les bénéficies de l’innovation technologique, et des économies d’échelle qui en découlent, vont finir aussi dans la santé par produire des gains de productivité. Ainsi, les coûts croissants liés à la masse salariale dans ce secteur ne relèvent plus de la fatalité comme on le constate malheureusement encore et toujours aujourd’hui.

Conjuguer les technologies de l’information à l’IA, même si nous ne sommes pas encore sûrs des formes finales que prendront ces arrangements, ouvre pour la première fois dans l’histoire économique de la Santé la possibilité de gains de productivité massifs dans ce domaine.

Il faut s’en réjouir et lancer au plus vite au niveau national des programmes d’impulsions pour ce courant d’innovation très prometteur pour le contrôle des coûts de la santé.

 

 

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Définition de Wikipédia pour la loi de Baumol

Formulée par les chercheurs américains William Baumol et William Bowenc’est une théorie économique sur la productivité – ou plutôt l’absence de productivité dans le secteur public. D’abord utilisée dans les années 60 pour le financement public dans l’industrie du spectacle vivant, elle a été depuis étendue à d’autres secteurs du public comme la Santé.

En 1965, les deux auteurs sont mandatés par la Fondation Ford de produire un diagnostic sur la santé et le fonctionnement économiques des théâtres de New York. Perfoming Arts : The Economic Dilemma (1966).

Ils souhaitent déterminer les raisons pour lesquelles les salles de spectacles de Broadway enregistrent une augmentation croissante de leurs coûts d’exploitation, de leur non-profitabilité chronique et d’une raréfaction de leur public.

Selon cette loi, l’économie en concurrence pure et parfaite est modélisée en deux secteurs :

  1. le secteur progressifqui se caractérise par une forte progression des gains de productivité, une forte intensité capitalistique ainsi qu’un haut niveau des salaires.
  2. le secteur archaïquequi se caractérise a contrario, par une faible progression voire une stagnation des gains de productivité, une faible intensité capitalistique ainsi qu’un bas niveau des salaires.

Baumol et Bowen constatent un écart important de productivité entre ces deux secteurs.

Le bien culturel spectacle se développe dans le secteur archaïque caractérisé par la stagnation de l’innovation technologique. Dès lors, les gains de productivité sont quasi-inexistants (productivity lag). Le facteur travail prédomine alors et reste incompressible (on ne peut par exemple retirer les ténors dans un opéra). De plus, la rémunération dans l’industrie du spectacle tend à s’aligner sur les autres secteurs. Les coûts de production s’élèvent dans les mêmes proportions. Les recettes quant à elles croissent moins rapidement (earnings gap), engendrant des tensions inflationnistes. Cette caractéristique est connue sous le nom de maladie des coûts croissants (Cost disease).

L’endiguement de cette dynamique est préoccupant car les économies d’échelle y sont difficiles à réaliser. Dans un concert classique par exemple, il n’est pas considéré comme équivalent de remplacer une section de violons par son évolution technologique, un synthétiseur unique. Le nombre de représentations est limité. Le prix de la place de spectacle est fixé avant le lancement. La fréquentation (demande) est inélastique à la marge, la qualité étant prépondérante dans une fourchette de prix raisonnable dans le choix. L’unique marge de manœuvre reste l’augmentation qualitative.

Le public recherche toujours des spectacles plus audacieux, donc coûteux. Les prix des billets sont toujours de plus en plus élevés, ne permettant pas de séduire de nouveaux clients et risquant dans le pire des cas d’essouffler la demande existante. Les producteurs du marché spectacle vivant sont alors confrontés à un manque chronique de liquidités (fonds propres).

Pour les pouvoirs publics se pose un dilemme : soit ils financent des spectacles toujours plus coûteux, soit ils laissent de nombreux acteurs sortir du marché en paupérisant l’offre. Baumol conclut au besoin de financements externes, mécénat, fonds publics, prélevés auprès des secteurs modernes.

Selon la loi de Baumol, le secteur public utilise davantage de travail (effectif) que le secteur privé. Le privé remplace l’emploi par le capital et le numérique. Il y a donc très peu de gain de productivité dans le secteur public. De plus, les salaires dans le secteur public doivent demeurer similaires aux salaires dans le secteur privé, sinon on observera un trop grand transfert vers le secteur privé. D’ailleurs, comme dans le secteur privé les gains de productivité sont plus grands, le salaire augmente naturellement davantage dans ce secteur. La hausse de salaire du secteur privé entraîne donc une hausse du salaire du secteur public, et ce, sans que le secteur public ait enregistré des gains de productivité.

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève.

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