Comment l’IA peut réduire les coûts de la Santé? – 5 ème piste : la fin des radiologues et …?

en collaboration avec Daniel Walch, directeur général du GHOL

Dans son livre “La Guerre des Intelligences”, le Dr Laurent Alexandre, co-fondateur du Site Internet Doctissimo.fr, affirme que certaines spécialisations en médecine seront plus menacées par l’IA que d’autres.

Voici ce qu’il énonce dans son ouvrage :

“L’IA va rapidement concurrencer les radiologues, mais, paradoxalement, elle ne peut lutter contre un médecin généraliste. Pour égaler l’omnipraticien, il faudrait une IA contextuelle capable de mémoire et de transversalité. Cette troisième génération d’IA qui émerge à peine ne serait disponible que vers 2030.”

Combinant apprentissage automatique, probabilités et statistiques, la reconnaissance de forme est certainement le domaine où l’IA est la plus performante.

Le Dr. Laurent Alexandre est connu pour ses positions radicales et il donne même le conseil de ne pas faire d’études de chirurgie car il pense que la profession disparaîtra aussi.

Le député Cédric Villani, en charge de la mission sur l’IA pour le gouvernement Macron, affirme dans son récent rapport remis au premier Ministre, que les algorithmes ne remplaceront pas à l’avenir les médecins et croit davantage à une collaboration étroite avec une sorte d’intelligence augmentée.

Le débat est ouvert. L’avenir tranchera.

Ce qui est certain, c’est que de nombreuses tâches pourront être entreprises par des systèmes « intelligents » voir robotisés.

Médecin et radiologues remplacés ou « augmentés » ? Dans les deux scénarii, l’IA permettra de mieux faire face à la pénurie programmée de professionnels médicaux. Aux USA par exemple, on estime que le nombre de médecins manquants pour répondre aux besoins aura doublé dans 9 ans !

L’exemple de la recherche

Un des casse-têtes de la médecine est le nombre extraordinairement élevé des publications scientifiques, plus 700’000 par an. Il est aujourd’hui impossible à un spécialiste de tout lire, cela lui prendrait plusieurs vies ! L’IA pourrait à l’évidence être une aide déterminante en la matière. Il ne faut qu’une demi seconde à Watson pour lire et analyser un dossier médical de 300 pages. L’IA sera en ce sens une aide incontournable.

En général, l’impact global dans le domaine médical risque d’être très important, selon une étude de Terra Nova : « Le monde de la santé est sûrement l’un des secteurs où les enjeux de l’IA sont les plus importants …. car ce monde produit des données en masse que seule l’IA peut traiter. »

Terra Nova a listé dans son rapport (intitulé « La santé à l’heure de l’intelligence artificielle ») les débouchés probables.

Voici deux de leurs priorités :

D’abord, aider à mieux prévenir et prendre en charge les maladies : les données multidimensionnelles récoltées à long terme sur de larges populations permettent d’identifier des facteurs de risque pour certaines maladies comme le cancer, le diabète ou les maladies neurodégénératives. Avec l’IA, les chercheurs espèrent en tirer des systèmes d’aide au diagnostic et des outils permettant la personnalisation des traitements, comme avec le super-ordinateur Watson d’IBM qui séquence en quelques secondes, le génome de patients atteints de cancer.

L’autre point d’intérêt se situe dans la pharmacovigilance. « L’analyse des données issues de cohortes ou des bases médico-économiques sur le long terme, peut permettre d’observer beaucoup de phénomènes et notamment de faire des rapprochements entre des traitements et la survenue d’événements en santé », expliquent les experts de l’Inserm. Dans la lignée, l’IA devrait aussi permettre de mieux prédire les épidémies et leur dissémination probable en compilant des données provenant de sources multiples : notes de départements sanitaires et d’organismes publics, rapports officiels, données internet, données de transport aérien, etc.

On voit que d’une manière ou d’une autre, tout le monde médical sera impacté.

Les actes médicaux plutôt que les métiers

Si l’on aborde la question autrement par le biais des tâches ou des actes médicaux remplaçables par l’IA plutôt que désigner les professions à risque … alors on voit une substitution avantageuse en termes de qualité et de coûts. Prenons l’analyse des images en radiologie mais aussi en dermatologie, en oncologie, etc. Une aide « intelligente » pourrait être fort utile. Il en est de même dans le diagnostic, la prévention, le suivi médical, etc.

Aborder la question de l’IA par les actes médicaux plutôt que par spécialisation, semble beaucoup plus réaliste. Cela apporterait des gains globaux plus importants que simplement supprimer les radiologues (chose qui reste à prouver).

Chiffrer l’impact

En effet, les coûts de la radiologie ne représentent qu’environ 1,2% des coûts globaux (selon l’OFS en 2016). Cela paraît peu face à l’ampleur des coûts. Le cabinet de conseil Accenture estime que grâce à l’IA, l’on pourra économiser 3 milliards de dollars sur l’imagerie d’ici 2026 aux USA. Une approche globale par les actes médicaux permettrait des économies plus importantes. Ainsi juste par une simple extrapolation à partir des actes liés à l’analyse des images, on pourrait espérer des économies chiffrées en millions peut-être même en milliard si l’on inclut tous les actes médicaux qui seront impactés par l’IA.

 

 

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

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